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Le perteséchisme de Noël (1/2)

Jean-Edouard — 14/01/2010 - 00:00

C.H a eu la même idée que moi, et comme il est plus rapide il a publié son billet bien avant. Je vous invite donc à lire son point de vue (très proche du mien) chez lui.

Parmi les économistes, les fêtes de fin d’année sont l’occasion d’un rituel mieux établi encore que celui de la veillée de Noël ou de l’émission de Patrick Sébastien du nouvel An pour d’autres populations : rappeler que Noël est l’occasion d’une immense perte sèche. Cette perte est évaluée par Joel Waldfogel, qui a écrit un bouquin sur le sujet, à 85 milliards de dollars par an aux Etats-Unis.

Ce résultat ne m’a jamais vraiment convaincu, et à vrai dire je le vois maintenant comme assez typique d’un genre d’économie que j’apprécie de moins en moins : partir d’un résultat économique simple, en avoir une interprétation outrée, trouver une formulation choquant le sens commun et si possible la morale élémentaire, en faire une chronique puis un livre, dont le buzz est assuré par le caractère choquant de la thèse. C’est le ressort utilisé par Levitt (« quand l’avortement est autorisé, les Noirs font moins d’enfants et la criminalité baisse »), voire par Easterly (« donner aux pays pauvres ne sert à rien »), je caricature volontairement. On peut penser qu’au moins cela incite les gens à lire de l’économie, et que même si la thèse est un peu outrée cela ne peut que corriger le biais inverse, beaucoup plus répandu (voir une intéressante discussion chez Econoclaste). Je considère que le prix à payer est que les économistes passent pour des idéologues ou des fanatiques auprès des personnes qui n’ont pas de formation en économie mais un minimum de sens critique, et je ne suis pas sûr que le jeu en vaille la chandelle. Ceci dit il y a théoriquement un pour et un contre, c’est donc une question sans réponse empirique.

Pourquoi la thèse de la perte sèche de Noël est-elle exagérée ? Rappelons d’abord de quoi il s’agit (on peut aller voir chez Econoclaste) pour une explication plus claire. Il s’agit d’une illustration du principe dit de la « carte blanche » : si vous donnez 100 euros à un individu, comme il est rationnel il va les dépenser (ou les épargner) de manière à maximiser la satisfaction qu’il retirera de son achat. Si vous lui offrez un ou des biens pour la même somme, soit vous lui offrez ce qu’il aurait acheté lui-même - en quel cas pourquoi ne pas lui donner l’argent – soit vous lui offrez autre chose, qui par définition ne peut pas lui plaire autant que ce qu’il aurait choisi (puisque son choix aurait été optimal). Votre cadeau le rendra donc aussi heureux que si vous lui aviez donné 80 euros par exemple. Il y a donc une perte sèche de 20 euros par rapport à la situation ou vous auriez donné 100 euros en liquide : vous avez dépensé la même somme, et le receveur a « perdu » 20 euros.

Il serait intéressant de retracer l’histoire de la théorie de la perte sèche. Je suis prêt à parier qu’elle vient d’un professeur qui s’en servait comme exemple intelligent dans un cours de microéconomie, un de ses élèves aura repris cette thèse pour faire son intéressant, puis quelqu’un en aura parlé dans un journal en adoptant la posture de l’économiste politiquement incorrect, et finalement Joel Waldfogel en fait un livre en défendant sérieusement la thèse qu’il ne faut pas donner de cadeaux.

Cette thèse ne convainc en général guère les non économistes, mais souvent pour de mauvaises raisons. Elle a effectivement le mérite de mettre le doigt sur quelque chose de très simple et de très vrai : le liquide donne une liberté de choix, une option, qui a nécessairement de la valeur. Par exemple on va dire tout de suite que la thèse ne tient pas parce que les gens aiment faire et recevoir des cadeaux. Objection rejetée : s’ils aiment faire des cadeaux, ils peuvent très bien offrir de l’argent, il y aura autant de cadeaux et ce sera plus efficace (cela devrait peut-être apparaître davantage dans la formulation proposée par C.H, je crois que c’est le sens d’un des commentaires). On dira aussi que l’offreur veut montrer son affection, ou au contraire qu’il exerce une certaine violence sur le receveur, mais là encore il faudrait expliquer pourquoi il n’est pas plus simple d’offrir directement de l’argent. Si vous voulez étaler votre munificence, le plus simple est d’offrir des billets de banque. En revanche si vous voulez imposer vos préférences a celui qui reçoit le cadeau, par exemple si vous ne voulez pas qu’un enfant joue a un jeu trop violent, on comprend que vous préfériez ne pas offrir d’argent.

Il y a évidemment tout un tas de raisons pour lesquelles offrir des cadeaux de Noël sous forme non monétaire est justifiable, mais on peut déplorer que la plupart des explications concèdent aux perteséchistes un point important : offrir des cadeaux sous forme non monétaire serait économiquement inefficace. Il est possible que des conventions sociales forcent les gens à le faire, peut-être ces conventions sont-elles socialement utiles, mais il aurait été préférable d’un point de vue économique que tout en remplissant le même rôle elles autorisent les agents à s’offrir de la monnaie.

Voici donc un petit raisonnement très simple pour montrer qu’on peut très bien faire de l’économie tout ce qu’il y a de plus terre à terre, néoclassique et micro et critiquer des thèses qui sont vues comme les seules possibles sous les hypothèses standard.

Prenons d’abord un enfant qui a été gentil pendant toute l’année, que nous appellerons Abel, et sa gentille maman, que nous appellerons Babette. Ou, pour faire plus court, soient deux individus A et B.

L’histoire de la perte sèche est la suivante : Abel (6 ans) rêve de se voir offrir Grand Theft Auto IV, dont il a entendu Denis Colombi dire qu’il s’agissait d’une belle critique sociale (c’est un garçon très précoce cet Abel). Le jeu coûte 28$. Sa mère Babette, un peu naïve, après une longue hésitation entre différents cadeaux, choisit de lui offrir une petite voiture télécommandée, coûtant elle aussi 28$. Abel n’est pas très content, à vrai dire il aurait été indifférent entre la voiture et le moins récent GTA III, qui se trouve à 8$. Babette aurait donc pu économiser 20$ et faire tout autant plaisir à son cher Ubin.
Voici une autre histoire, un peu plus compliquée.

Il y a un certain nombre de façon bien identifiées de dépenser 28$, somme que nous appellerons maintenant p, et parmi les objets que l’on peut acheter avec cette somme A et B connaissent la liste complète de tout ce qui peut potentiellement faire plaisir à A.

Imaginons que nous disposions tous les objets en cercle, et qu’on les « numérote » de manière continue entre 0 et 1 (il y a l’objet 0,001 ; puis 0,002 etc. jusqu’à 1). D’aucuns auront reconnu un modèle à la Salop, dont nous avons déjà parlé il y a fort longtemps. Parmi ces objets se trouve l’objet numéro t, le préféré d’Abel. On suppose que les objets sont disposes de telle façon que, plus son numéro est éloigné de t, moins Abel aime l’objet.

Maintenant B cherche à acheter un cadeau pour A. B connaît un peu les goûts de A, mais imparfaitement. Plus précisément, B pense que le jouet préféré de A est le jouet numéro s, mais sait qu’elle peut se tromper : elle sait que s = t + e1, où e1 est un terme d’erreur aléatoire, que l’on supposera distribué uniformément sur [-h1, h1]. Par exemple t correspond a GTA IV, tandis que Babette pense que le jouet préféré de A est la voiture télécommandée, qui correspond donc a s. Etant rationnelle, B sait qu’il ne s’agit probablement pas du jouet préféré de A, mais elle ne sait pas si elle doit prendre un jouet au « numéro » plus élevé, ou plus faible. Enfin, elle sait qu’en moyenne la voiture télécommandée se situe sur le cercle à une distance h1/2 du jouet préféré d’Abel.

Une fois que l’on sait ce que l’on cherche comme cadeau, encore faut-il trouver la perle rare. Supposons que visiter un magasin coûte c (temps passé pour aller dans le magasin, faire la queue aux caisses, se faire bousculer par d’autres acheteurs frénétiques etc.). Ensuite il y a de fortes chances qu’on ne trouve pas dans le magasin ce qu’on était venu y chercher. Là encore on suppose que l’on trouve aléatoirement quelque chose autour du cadeau s cherché, le cadeau trouvé étant distribué uniformément dans un rayon h2 autour de s. Par exemple B va dans un magasin pour trouver une voiture télécommandée, mais elles ont toutes été vendues. Elle repart alors avec le jouet le plus proche qu’elle a trouve dans le magasin, par exemple un bateau télécommandé.

Etant donné tout ça, on peut calculer la « distance » moyenne entre le cadeau idéal et le cadeau finalement choisi, appelons cette distance espérée D(h1,h2). Pour les curieux elle est égale sauf erreur à h1/2-(2/3)(h22/h1). Enfin, le petit Abel va être d’autant plus heureux que cette distance est faible (donc que le cadeau final est proche de son cadeau idéal). Si v est le bonheur qu’il éprouve lorsqu’il reçoit le cadeau parfait, on peut considérer que sa mère s’attend si elle lui achète un cadeau à ce qu’il éprouve en moyenne v - D(h1,h2) .

La mère est supposée altruiste, c’est pour ça qu’elle offre un cadeau. Pour chaque unité de bonheur (ou utilon) éprouvé par son fils, elle éprouve elle-même a de bonheur. Son utilité en offrant un cadeau est donc égale à a fois le bonheur espéré de son fils, moins le coût du cadeau, moins le coût d’aller au magasin, soit

a (v - D(h1,h2)) - p - c

La thèse perteséchiste est qu’il est possible de rendre les deux agents plus heureux dans d’autres scénarios. Le premier scénario possible serait celui où B donne simplement la somme p à A. Mais pour nous rendre les choses plus difficiles nous allons étudier un scénario plus intelligent : supposons que B donne à A une somme telle que B est aussi heureux qu’avant. A quelle condition A est-il lui strictement plus heureux qu’avant, autrement dit a quelle condition avons-nous une amélioration au sens de Pareto ? ?

Le raisonnement standard est que dans ce cas B va acheter le cadeau qu’il préfère et que par définition il pourra donc acheter t et en retirera l’utilité v, moins le coût d’aller au magasin, tandis que la mère verra son fils plus heureux, dépensera la même somme, et n’ira pas au magasin elle-même. Mais c’est supposer que A sait exactement dans quel magasin aller, et sait exactement ce qu’il veut. Dans le cas contraire il effectue lui aussi un processus d’achat en partie aléatoire, mais les paramètres peuvent différer de ceux de B, on les note h1’, h2’ : il est tout à fait possible que A connaisse moins bien les magasins que B (h2’ > h2), il est même possible que B connaisse mieux ce qui est bon pour A que A lui-même (peut-être se lassera-t-il très vite de GTA IV, trop intellectuel pour lui, alors qu’il aurait adoré la voiture télécommandée), en quel cas (h1’ > h1), et enfin il est peut-être moins coûteux en temps pour la mère de faire les magasins que pour son fils. Il y a une question de coût d’opportunité du temps qui pourrait rendre le cout plus faible pour le fils, mais inversement comme le fait remarquer Emmeline les vendeurs servent en général plus vite les bonnes mères de famille que les enfants seuls.

Après quelques calculs on montre que offrir un cadeau en monnaie améliore la situation si et seulement si

D(h1,h2) + c > D(h1’,h2’) + c’

Autrement dit on n’améliore la situation que si l’achat de cadeau par A est moins coûteux, où les coûts sont mesurés par la somme du coût d’aller dans un magasin et de l’écart entre le cadeau trouvé et le cadeau idéal. L’idée est très intuitive : la seule chose qui change en effectuant ce transfert est que le cadeau sera acheté par A et non par B, c’est préférable si et seulement si B est « meilleur acheteur » que A. L’argument de la perte sèche de Noël repose en général implicitement sur les hypothèses c = c’ = D(h1’,h2’) = 0, D(h1,h2) > 0, en quel cas effectivement donner de l’argent est plus efficace. Plus généralement les perteséchistes font l’hypothèse que h1 > h1’, soit, mais il est fort possible que les deux autres paramètres compensent (d’ailleurs, si la recherche dans les magasins est très imprécise, il peut être préférable que l’acheteur se trompe un peu sur ses goûts, les deux biais pouvant se compenser au lieu de s’ajouter).

On pourrait d’ailleurs aller plus loin en modélisant un processus de recherche : si l’on n’est pas content du cadeau trouvé dans le premier magasin, on peut choisir d’en essayer un autre en repayant le coût c. Il est alors possible que B soit plus efficace parce qu’elle peut chercher beaucoup plus longtemps avant de trouver le cadeau par exemple.

A quoi aura servi tout cet exercice ? Il montre d’abord qu’on peut très bien faire des modèles mathématiques et microéconomiques sans nécessairement arriver à des conclusions provocatrices et absurdes (les hypothèses intéressantes font les modèles intéressants, comme disent Solow et Hahn). Il illustre ensuite à mon avis la difficulté qu’ont les économistes (théoriciens du moins) à faire comprendre leur méthode. Le « modèle » de la carte blanche est un résultat important en microéconomie parce qu’il est à la fois faux et trivial. Il est trivial parce qu’in fine il consiste à dire que sous l’hypothèse qu’il est plus efficace qu’une personne choisisse elle-même quel bien acheter, il vaut mieux que ce soit elle qui choisisse. En ce sens le résultat est vrai. Mais il est faux si comme certains on veut l’appliquer tel quel au monde réel en supposant qu’une hypothèse qui sert à rendre le modèle « idéal-typique » est ne serait-ce qu’approximativement vérifiée. La bonne interprétation du modèle me semble être celle que je défendais ici : ce modèle illustre un principe extrêmement important qu’il faut bien garder en tête, par exemple lorsqu’un programme public choisit d’aider les gens en nature plutôt qu’en cash, il est aussi extrêmement utile pour comprendre en négatif pourquoi la tradition de se faire des cadeaux se perpétue, ce que fait très bien C.H par exemple.

Enfin ce problème illustre assez bien l’histoire de la microéconomie : sous des hypothèses très épurées on a d’abord montré certains résultats assez forts, d’autres les ont ensuite appliqués tels quels à la réalité, souvent avec des propositions fracassantes sur ce qu’il fallait en déduire pour les politiques publiques. Arrivent ensuite la théorie des jeux, l’économie de l’information, l’économie des coûts de transaction etc. qui conduisent à mettre un grain de sel dans le modèle de départ et à montrer sa validité restreinte, souvent pour revenir à un résultat aussi intuitif que la proposition de départ était provocatrice. Souvent cela conduit à revenir à l’idée qu’on avait du problème avant toute analyse économique, mais on comprend nettement mieux qu’avant ses tenants et aboutissants. Ceux qui sont un peu familiers avec l’histoire de l’économie industrielle par exemple y verront une certaine parenté avec ce billet.

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Intéressant mais ...

Zo — 15/02/2010 - 18:49

A. Delaigue a raison: le postulat de base:
"A et B connaissent la liste complète de tout ce qui peut potentiellement faire plaisir à A."
est tout simplement contradictoire avec ce qui se passe à chaque fois que l’on fait un cadeau !
Quel A ne se pose pas la question "qu’est-ce que A préfèrera ?" et surtout, A ne se pose-t-il pas souvent la question "merde, qu’est-ce que je pourrais bien commander pour Noël ?"

1- A et B ne connaissent pas la liste de ce qui peut être acheté avec une somme donnée p
2- A ET B ne connaissent pas l’optimum "utilité/plaisir de A" pour un cadeau au prix p
3- A préfèrera parfois une surprise sous-optimale: un cadeau qu’il n’aurait pas trouvé tout seul, parce qu’il aurait utilisé p pour de l’utilité et non du plaisir. (mais là c’est peut-être trop subtil pour de la micro)
4- La solution adopté est souvent la suivante: A fait une liste qu’il propose a B. B achète dans la liste pour la somme p.
5- Une autre solution extrême, adoptée par une connaissance: A et B font les courses ensembles, A choisit ses cadeaux, B fixe la limite p sans que A ait une connaissance claire de p.

Enfin, les contraintes sociales:
- on peut considérer offrir de l’argent comme "vulgaire"
- on peut, tels les natifs-Américains, utiliser le cadeau comme une arme: A et B s’offre mutuellement des cadeaux de coût p croissant, si l’un n’arrive pas à surenchérir, il est humilié. D’ailleurs, je voudrais bien savoir si un "économiste politiquement incorrect" a analysé cette façon de faire la guerre pour voir si elle est plus efficace que de casser la gueule à B à l’américaine (non-natif).

PS: est-ce vraiment possible d’être économise ‘politiquement incorrect’ ? finalement, ces économistes font ça pour le marketing de leurs bouquins, ce qui est la forme ultime de démagogie et donc de politiquement correct.
Un peu comme les journalistes qui montrent les cadavres à Haïti, et font de la surenchère ...1000 10000 100000 morts... tout ça pour capter l’attention des badauds et vendre des pages de publicité.

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Quand on veut, on peut

J-E — 15/02/2010 - 18:50

Oui, en fait ça ne doit pas être très clair dans ce que je raconte mais lorsque h1’ est supérieur à 0 on est bien dans le cas où le receveur du cadeau ne connaît pas exactement ses préférences. Ca se fait certainement en éco comportementale mais je ne suis pas un spécialiste de ce champ non plus. Ce qui doit se faire plus souvent c’est supposer que le consommateur connaît ses préférences mais n’a qu’une information imparfaite sur les caractéristiques des biens disponibles, formellement ça doit être à peu près équivalent.

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Supposer que le receveur ne

henriparisien — 15/02/2010 - 18:50

Supposer que le receveur ne connait pas exactement ses préférences, n’est-ce pas faire une croix sur la théorie de la préférence révélée ?

Mais plus fondamentalement, même si le receveur ne connaît pas exactement ses préférences, il ne peut évaluer l’utilité du cadeau reçu que par rapport à l’utilité du cadeau rêvé. Si deux Abel avaient reçus, l’un GTA IV, l’autre la voiture télécommandée, il est possible que des deux, ce serait celui de la voiture télécommandée qui serait le plus heureux. Mais dans la mesure où les deux objets s’excluent mutuellement, Abel ne peut savoir que Babette a fait le bon en choix en décevant ses attentes.

Cela n’invalide pas votre thèse, Babette voulant le bonheur de son fils, la satisfaction qu’elle retire de le voir jouer avec la télécommande, peut-être supérieur à insatisfaction d’Abel quand il a ouvert son paquet. C’est simplement dire qu’Abel avec GTA IV se serait pensé plus heureux et donc l’aurait été.

Votre approche a un grand intérêt en mettant l’accent sur la recherche des préférences des acteurs. C’est ce travail, préalable à l’achat et au don, qui est source de plaisir pour les participants. Le don d’un objet s’est révélé ses propres centres d’intérêts et ceux que l’on prête à l’autre.

Une autre façon de combattre la théorie de la perte sèche, c’est d’imaginer une soirée de noël où tout les participants s’échangent des chèques. A l’évidence une grande partie de ces dons s’annulent entre eux et la soirée devient sans objet. Pourtant, cette soirée en tant que telle, à un intérêt en terme de relation sociale.

Et puis, dernier argument, c’est l’emballage des cadeaux. La pour le coup, on réalise une action qui à un coût non nul et dont le seul intérêt et d’être défaite quelques jours après. Pourtant, on emballe quand même ses cadeaux, même quand on donne de l’argent ou une carte pré-payé.

En tout état de cause, merci pour ce billet. J’aime bien le coté briseur de briseur d’idée reçues.

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Périphérie du sujet

melaine — 15/02/2010 - 18:51

'Merci pour ce billet !
Mais vous parlez en introduction de Levitt et de sa théorie "choquante" sur la légalisation de l’avortement et sa conséquence sur la baisse de la criminalité. Autant pour Waldfogel on sent la provocation pour ce qu’elle est, autant en lisant freakonomics, cela m’a paru une analyse pertinente du sujet.
Donc question (pour un prochain billet ou un autre déjà écrit ?) :

L’analyse de Levitt vous parait elle aussi absurde que celle de Waldfogel ? Pourquoi ? Et en quoi est elle choquante ?

Je me rend bien compte que je m’écarte du sujet. Désolé. Trop intéressé par votre point de vue dessus.'

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Pourquoi écarter les hypothèses "sociales" ?

Cimon — 15/02/2010 - 18:51

En début de billet, les objections "non économistes" sont rejetées au motif qu’elles marchent aussi avec de l’argent. Mais il me semble que le modèle proposé néglige un facteur important : l’utilité de la personne qui offre.

Ou alors on le présente comme un coût, d’une autre nature que le coût de déplacement, mais tout de même chiffrable...

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'J’avais écrit un billet sur

Citoyen — 15/02/2010 - 18:52

'J’avais écrit un billet sur mon blog a l’époque (en Espagnol, malheureusement) où j’apportais des justifications possible pour les cadeaux en Espèce. Je résume:

1. C’est une façon de "signaliser" quelque chose de façon crédible, notamment un sentiment. Il existe a Noël une "norme" qui rend "normal" le fait de faire des cadeaux. Il y a, par ailleurs, une structure pour cette norme; certains cadeaux sont attendus pour certaines personnes et d’autre non (votre maman attend sans doute un cadeau, votre copine prospective peut être pas). Le fait de se dévier de cette norme- soit en faisant signalise quelque chose qu’on ne pourrait pas signaliser autrement. Par exemple, offrir un livre peut vouloir dire quelque de ce que vous penser de l’autre personne (tu es grosse, si c’est un livre pour maigrir, tu dois améliorer tes maths, si c’est un livre de calcul). Ça peut aussi signaliser que vous connaissez l’autre personne très bien ("ce pull, c’est juste ce que je voulais!") ou très mal, ou que vous êtes quelqu’un de très sensible ("toi aussi tu aimes Rimbaud! c’est incroyable!") ou de très idiot (offrir un reveil-matin).

En gros, dans un monde où les relations sociales son guidées par des problèmes d’info imparfaite et assymmétrique, faire des cadeaux en espèce est une bonne façon de révèler l’information de façon crédible.

Ça explique aussi pourquoi on n’offre pas de l’argent, Par exemple, on vouloir que le signal perdure dans le temps. Si vous offrez, disons, 40 euros, l’autre personne oubliera le cadeaux plus ou moins vite; si vous offrez un article de sex shop c’est moins probable et il se souviendra de vous chaque fois. Ce n’est pas seulement un cadeau, c’est aussi un souvenir qeu vous offrez.

2. Des préférences externes. Imaginez que vous avez des gouts un peu exotique. Vous aimez, pas exemple, les pantalon mauves qui se terminent en cloches. En revanche, votre copine est plus traditionnelle; elle préfère vous voir habillé avec des jeans comme ceux vous pouvez acheter chez gap (retrace ici une idée de Cosmopolitan que mes amies avait essayé de mettre en pratique avec son copain, je sais de quoi je parle). Maintenant imaginez que votre ancienne pair de pantalon est très vieille et vous avez besoin d’unenouvelle. Vous envisagez donc d’aller sur amazon pour commander votre pair de pantalon. Mais votre copine est plus futée que vous; elle décide donc de s’anticiper et de vous offrir un pair de jeans. Une fois que vous avez la pair de jeans, vous auriez préféré avoir eue la pair de pantalon mauve, mais l’utilité marginale ne compense plus le prix. L’effet est que votre copine a augmenté son utilité, et vous aussi. Vous avez donc une amélioration a la pareto.

3. Transfert d’information. Certains biens sont difficiles a trouver ou a choisir. Imaginez que vous vous levez un jour avec le désir irréfrénable d’apprendre le plus vite possible les détails de la banques libres et de la foi liquidationiste. En revanche, vous ne savez pas très bien quoi lire ou où chercher. Votre ami Elvin, en revanche, est au courant d’un certain nombre d’ouvrages. Il décide donc de vous offrir pour noël le dernier livre de Huerta de Soto que vous ne connaissiez guère avant. Il est possible que vous n’ayez pas peu le choisir vous même puisque le livre est substantiellement gros, même s’il vous avait donné l’argent et l’information. En revanche, une fois que vous le lisez, c’est exactement ce que vous cherchiez. Vous avez encore une fois une amélioration a la Pareto.

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'Merci pour tous ces

J-E — 15/02/2010 - 18:53

'Merci pour tous ces commentaires intéressants.

@henriparisien (à qui je n’ai jamais eu le temps de répondre sur la 2e guerre mondiale, honte à moi) : je ne sais pas si ça condamne nécessairement la théorie des préférences révélées (qui me semble plus invoquée quand on élève des doutes quant à l’usage des fonctions d’utilité que réellement utilisées), les choix dépendent des préférences que l’agent croit avoir et si on observe les choix on peut en déduire les préférences qu’il croit avoir. En revanche on ne peut pas s’en servir pour faire une analyse de bien-être.

@Melaine : je n’ai pas regardé le sujet depuis longtemps mais si je me souviens bien Levitt à ses débuts s’est fait connaître en se servant du caractère provoquant de cette thèse et, toujours si je me souviens bien, quelqu’un d’autre a montré qu’économétriquement ça ne tenait pas debout. Ce qui ne l’a pas empêché d’écrire un livre. Enfin c’est ce que m’ont dit des gens plus versés que moi dans l’économie empirique, ma propre nullité dans ce champ devrait vous inciter à la prudence quant à tout ce que je pourrais dire sur Levitt.
Ah oui, et dire qu’en empêchant les Noirs de naître on diminue les problèmes sociaux, je trouve ça un peu choquant comme formulation. Dans le même genre Becker et Posner avaient expliqué (en gros, et plus implicitement) que la crise des subprimes était due aux Hispaniques qui voulaient des maisons à leur tour et ne savaient pas rester à leur place de larbins. Mais bon Becker c’est un habitué.
Evidemment une thèse "choquante" peut parfaitement être vraie. Mais je pense que si son auteur est vraiment motivé par une perspective scientifique il serait amené à prendre des gants en l’exprimant, c’est un jeu de signal si on veut.

@Cimon : oulà non, loin de moi l’idée d’écarter les hypothèses sociales. D’ailleurs le billet 2 en parlera. Je prends même en considération le cas que vous évoquez (suite au conseil d’Emmeline) : "En revanche si vous voulez imposer vos préférences a celui qui reçoit le cadeau, par exemple si vous ne voulez pas qu’un enfant joue a un jeu trop violent, on comprend que vous préfériez ne pas offrir d’argent." Ce que je veux dire c’est que beaucoup de justifications "sociales" marcheraient aussi avec de l’argent, évidemment pas toutes. Et que pour d’autres justifications encore on comprend qu’il soit impossible d’offrir de l’argent, mais que d’un certain point de vue il aurait été préférable qu’il soit possible d’en offrir. Par exemple on peut imaginer que par convention quelqu’un qui offre de l’argent soit mal vu, du coup effectivement il est rationnel pour chacun d’offrir autre chose que de l’argent. Mais l’argument de Waldfogel tient toujours si on n’explique pas pourquoi il n’aurait pas été possible d’avoir pour convention d’offrir de l’argent. Beaucoup d’arguments montrent qu’on ne peut pas offrir de cadeaux en argent, mais concèdent à Waldfogel que c’est sous-optimal, c’est cette dernière idée qu’il me semble intéressant de combattre.

@Citoyen : le commentaire 1 est exactement ce que je voulais raconter dans le second billet. Zut. Je suis d’accord avec le commentaire 3 mais je doute qu’Elvin puisse être la source d’une amélioration au sens de Pareto, et lui même vous dira que ça ne veut rien dire. Le commentaire 2 est extrêmement intéressant, au lieu de voir un cadeau comme un don on peut effectivement le voir comme un échange : soit un livre qui coûte 20 euros, il se peut que B le reçoive mais ne lui accorde qu’une valeur de 15 euros, ce sera tout de même efficace si A accorde 6 euros au fait que B lise le livre parce qu’elle aime bien l’auteur ou pense que cela aura une bonne influence sur B ou je ne sais quoi. Ca fait un peu penser à Sen et à Lady Chatterley.

@Zo : oulà, que voilà un commentaire agressif en ce début d’année. Comme tous les commentateurs qui n’aiment pas la microéconomie et la formalisation en général le problème vient du fait que nous sommes pas d’accord sur ce à quoi sert un modèle et comment on doit l’interpréter (mon propre point de vue est là : http://mafeco.fr/?q=node/202 et http://mafeco.fr/?q=node/203 ). "A et B connaissent la liste complète de tout ce qui peut potentiellement faire plaisir à A." est évidemment une hypothèse simplificatrice, si vous préférez vous pouvez faire la liste de ce à quoi vous pouvez penser et qui fera plaisir à A, ou commencer par vous balader dans des magasins et noter ce qui pourrait faire plaisir à A, peu importe, l’analyse n’en sera pas modifiée. Il n’est pas nécessaire non plus que A et B pensent aux mêmes biens, ni que tous deux connaissent l’ensemble du cercle, il suffit qu’ils connaissent plusieurs bien dessus.
Donc l’analyse marche très bien avec votre remarque 1. Remarque 2 : je l’accorde bien volontiers, il n’empêche que pour choisir quelque chose il faut bien qu’ils aient une idée des goûts de A, même imparfaite, une façon de le modéliser simplement est justement ce que je propose. Remarque 3 : c’est également très facile à intégrer dans le problème, et ça n’y change rien. L’analyse conduite est toutes choses égales par ailleurs, si vous voulez intégrer l’élément de surprise vous pouvez considérer que quand on offre un cadeau le receveur a en plus une utilité dérivée Us de la surprise, et vous ajoutez ce terme dans la plupart des équations. En général les économistes n’aiment pas s’encombrer avec des paramètres dont l’effet est trivial, mais on peut très bien le faire. Remarque 4 : pourquoi pas. Le problème est alors de choisir une liste et non un cadeau unique. On pourrait modéliser le choix d’une liste de manière similaire, il y aurait même des choses intéressantes à étudier : par exemple est-ce que je peux avoir intérêt à mettre dans la liste des cadeaux qui à mon avis ne plairont pas du tout à B juste au cas où je me plante complètement sur ses goûts ? En tout cas l’intuition simple du modèle de base reste certainement valide : si je suis un acheteur plus efficace il vaut mieux que ce soit moi qui achète le cadeau, toutes choses égales par ailleurs. 5 : pourquoi pas aussi. Mais ça fait deux après-midi de perdues au lieu d’une, et en ce cas pourquoi ne pas offrir directement de l’argent (sur le plan de l’efficacité s’entend ?). Pour les contraintes sociales voir ma réponse à Cimon. Pour vos deux dernières remarques oui ce genre de combat a été modélisé dans la théorie des jeux (en fait ça s’appelle une enchère où tout le monde paie), quoi que pas directement dans ce contexte. Sans plus de précision la question "est-ce plus efficace que de se casser la gueule?" a à peu près autant de sens que "vaut-il mieux construire des pyramides ou des cathédrales" tant les sociétés concernées sont diffférentes donc je ne pense pas qu’il y ait une réponse. Enfin tout dépend de votre définition du politiquement correct, si ça vous plait de croire que les économistes sont nécessairement des valets du grand capital, libre à vous, mais alors merci d’aller en discuter (EDIT: ailleurs).

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Trop de science ?...

Vernon S. — 15/02/2010 - 23:18

Je ne suis pas économiste; ma femme non plus d’ailleurs. Et pourtant, parce que j’ai fait des maths et que je sais que c’est souvent une élégante facade de rigueur pour quelques approximations, je préfère la poésie aux modèles:

"Un homme a 200 euros. Il donne 100 euros à ce garcon et 100 euros à cette fille, qui se connaissent et s’apprécient. Le garçon décide d’aller s’acheter un pantalon; la jeune fille cette robe dont elle rêvait. Imaginons maintenant que le garçon achète la robe et la fille le pantalon; et qu’ils se l’offrent mutuellement. L’économiste dira que le résultat est le même. Mais nous savons tous que ce n’est pas vrai. Et notre époque l’a un peu oublié."

Il me semble que le problème fondamental est que l’économiste prétend évaluer et valoriser la satisfaction, subjective par essence, de celui qui donne et de celle qui reçoit. Mais l’économiste ne peut se mettre à la place du garcon ou de la fille (comme le physicien n’est pas dans la matière; il ne fait que l’observer).

Nous confondons aussi le prix d’échange avec la valeur subjective. Ce pantalon que j’achète 100 euros vaut pour moi plus que ces 100 euros puisque je l’échange contre ces 100 euros dont je ne peux m’habiller. En revanche, ces 100 euros sont plus intéressants pour le marchand qui dispose d’un large stock de pantalons. Pourtant le discours économique ambiant continue de valoriser le pantalon à 100 euros pour l’acheteur comme pour le vendeur.

Pour en revenir au livre que vous évoquiez, la règle en physique est que l’expérience est reine. Si la théorie n’est pas validée par l’expérience, c’est la théorie qu’il faut mettre en cause, et non l’expérience. Si donc la théorie de l’économiste n’explique pas pourquoi les gens se font des cadeaux, c’est la théorie qui est fausse.

N’est-ce pas?

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Merci de ces infos

Melaine — 15/02/2010 - 23:18

Ah voila qui changer la donne. Avez vous la reference de ce ou ces economistes ayant démontré l’erreur dans la théorie ?

Cordialement,

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Il me semble que votre

alexandre delaigue — 15/02/2010 - 23:19

Il me semble que votre premier commentaire met le doigt sur un phénomène qu’effectivement les économistes ont du mal à prendre en compte : le fait que les processus par lesquels les allocations des biens s’effectuent ont aussi de l’importance, pas seulement les allocations elles-mêmes. On peut noter que ce que fait JE, c’est montrer que lorsqu’on s’intéresse au processus, tous ne se valent pas pour les individus, donc adresse précisément ce problème. Pour les économistes, il faut toujours faire un "effort" pour prendre cela en compte, et le plus souvent sans capturer beaucoup de choses au passage.

Effectivement, le fait que vous offriez un bouquet de fleurs à la saint-valentin à votre épouse donne un résultat différent pour elle que si elle achetait elle-même des fleurs pour les mettre dans un vase (et le fait d’acheter des fleurs un autre jour que celui-là donne encore un résultat différent); pourtant l’issue est la même, des fleurs dans la maison. La théorie du choix en incertitude montre que seuls les résultats comptent pour évaluer une loterie, et toute personne passant une soirée au casino sait que ce n’est pas vrai. Les "randomistas", ces gens qui font des expériences "contrôlées" en sciences sociales tendent à considérer que leurs résultats sont valables universellement, oubliant que nos comportements ne sont pas les mêmes en participant à une expérience et dans la vie réelle.

(votre second commentaire sur les prix et les valeurs est faux par contre).

Enfin sur l’expérimentation, vous oubliez un peu vite que d’une part les leçons de l’expérimentation sont toujours limitées (en physique, mais surtout dans les sciences sociales ou l’on ne fait pas souvent des expériences sur les gens et où les causalités sont extrêmement nombreuses). Dans le cas de Levitt/avortement son "résultat" repose précisément sur "l’expérience" mais si l’on en croit ses critiques, sur une façon de l’étudier qui ressemble un peu à "torturez les données suffisamment longtemps, elles finiront par vous dire ce que vous voulez".'

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Pas ma spécialité mais...

J-E — 15/02/2010 - 23:20

Y a pas mal de choses sur cette page, et la référence cherchée : http://www.isteve.com/abortion.htm
Bon après il ne faut pas forcément y voir de malveillance, les éditeurs du Journal of Money Credit and Banking avaient essayé de regarder combien des articles empiriques qu’ils avaient publié étaient répliquables, et ils n’ont pas été déçus... Là encore il faudrait que je retrouve la référence.
Levitt est un habitué, il a aussi un article sur l’estimation des pénaltys au foot qui est faux apparemment. Et enfin le meilleur c’est le nobélisé George Stigler, qui a bâti toute sa théorie de la capture de la régulation sur un article empirique qui s’est avéré complètement faux (erreur de codage dans les dummys).

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'Euh, non'

J-E — 15/02/2010 - 23:21

"N’est-ce pas?"

Non, pas du tout. Si j’étais suffisamment prétentieux pour prétendre critiquer des sciences que je ne connais pas comme la physique ou la biologie, j’irais d’abord me renseigner sur leurs méthodologies respectives au lieu de me plaindre que ça ne ressemble pas à ce qu’on fait en économie. Merci de faire le même effort, je suis un peu lassé des multiples informaticiens/mathématiciens/physiciens qui se permettent ce genre de commentaires, où s’étalent une grande méconnaissance de l’économie, une suffisance assez désagréable, et en l’occurrence surtout le fait que vous n’avez absolument pas lu ce billet (je n’ai jamais dit que le prix d’échange était la valeur subjective, bien au contraire, pas plus que je ne soutiens la théorie "anti-cadeaux"). Ce blog s’adresse évidemment aussi à ceux qui n’ont pas fait d’économie et nous sommes toujours prêts à leur expliquer tout ce qu’il faudra, à condition qu’ils viennent avec de vraies questions et pas avec de pseudo attaques auxquelles des générations d’économistes ont déjà répondu. Merci de ne pas cracher sur leurs tombes.

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Désolé...

Vernon S. — 15/02/2010 - 23:21

Je vous pris de m’excuser si mes propos vous ont offensé. Là n’était pas mon intention.

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Message personnel de Bobonne

Emmeline — 15/02/2010 - 23:22

Je me permets de rappeler à l’auteur du billet qu’il a intérêt à aller (enfin) m’acheter mon cadeau de Noël plutôt qu’à troller sur le forum d’Econoclaste s’il ne veut pas se prendre des coups de rouleau à pâtisserie sur le crâne. Et qu’en faisant publiquement ledit rappel, je m’engage crédiblement à les lui asséner le cas échéant.

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Aaaargh, moi qui ait professé

Melaine — 15/02/2010 - 23:22

Aaaargh, moi qui ait professé cette intéressante théorie à tours de repas de familles et diners entre amis...
Il va falloir faire mea culpa (même si l’article tres "acide" du wall street journal me semble contenir autant de fiel que de contre analyse, ce qui m’amène à de la prudence)

Merci beaucoup pour ce lien !

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Ca ne veut pas dire que c’est complètement faux

J-E — 15/02/2010 - 23:23

L’effet théorique reste intéressant (encore que assez trivial finalement), empiriquement si on refait les trucs de Levitt bien apparemment on trouve que cet effet soit est très petit soit est contré par d’autres effets de sens contraire. Ca ne rend pas la théorie forcément moins intéressante, au contraire quand on a un résultat empirique qui montre clairement qu’un seul effet domine tout il vaut mieux se méfier.

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M’dame, M’dame, Jean-Edouard ...

Sincère Nain — 15/02/2010 - 23:23

... il a encore trollé : http://forum.econoclaste.free.fr/read.php?2,10221,10225#msg-10225

Merci mon petit Sincère Nain, on fera quelque chose de vous quand vous serez un Menteur Géant si les petits cochons ne vous ont pas mangé...

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Je n’avais pas l’intention

Zo — 15/02/2010 - 23:24

Je n’avais pas l’intention d’être aggressif, désolé ^^ et je suis loin d’être réfractaire à la modélisation (physicien). Je veux bien croire que les différentes alternatives que j’ai proposé soit des modifications triviales des équations. Je doute que des modifications paraissant triviales ne conduisent pas parfois à des résultats très différents. Votre modification triviale du problème conduit bien à une conclusion beaucoup plus subtile que le "perteséchisme de noël" basique.
En fait votre conclusion revient à peu près à ce que je disais: quel différence entre dire que A préfère les surprises ou que B est meilleur acheteur ? A ne peut pas se faire de surprise à lui-même. Idem si B a une liste plus large de choix, il devient aussi meilleur acheteur etc. Au final, nous sommes d’accord...

Pour mon avant dernière remarque: vous avez sans doute raison, faire la guerre ne remplit pas le même objectif que d’offrir un cadeau. Cela dit, 1) la substitution sociale en est intéressante 2) cathédrales et pyramides ne sont pas des substituts
1) Offrir un cadeau à l’ennemi c’est le renforcer ? En pratique, il perd son aura au sein de sa propre tribu, il s’agit donc de saper l’autorité de l’adversaire.
2) Pourquoi offrir un cadeau plutôt que faire la guerre ? Sans doute que le coût de la guerre (un peu comme le coût du protectionisme) aura conduit à chercher d’autres solutions plus viables.

Pour ce qui est de ma dernière remarque, c’était juste de la provocation, et je ne pensais pas au grand capital mais simplement au consommateur, et pas à tous les économistes mais aux auteurs (tous domaines confondus) qui vont un peu trop loin dans l’anti-conformisme (exemples: livres "superfreakonomics" ou "ma vérité sur la planète" qui prétendent faire du politiquement incorrect, et font en réalité du scientifiquement incorrect) puisque fondamentalement écrire qu’on fait des trucs révolutionaires, anti-conformistes etc, ça fait vendre.

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@Vernon S. et Zo

J-E — 15/02/2010 - 23:25

Désolé si j’ai mal interprété ou mal pris vos propos dans ce cas. Il faut se rendre compte que les économistes sont très souvent pris à parti notamment par des spécialistes des sciences dures qui expliquent d’un ton docte que nous faisons forcément n’importe quoi puisque nous ne faisons pas comme eux. Et évidemment en général ça nous énerve beaucoup, donc il faut faire preuve de diplomatie avec nous : lorsque je vois une petite provocation ou une petite pique en fait bien intentionnée j’en déduis bayésiennement qu’il y a de fortes chances que cela vienne de quelqu’un de mal intentionné simplement parce que beaucoup d’internautes adorent dire du mal des économistes. Evidemment on peut être bayésien et se tromper, je suis donc ravi que ce soit le cas. Sur le fond je ne dirais pas mieux qu’Alexandre en réponse à Vernon, et suis assez d’accord avec le deuxième commentaire de Zo. Surtout sur Freakonomics, dont je n’aime pas vraiment le marketing, mais il ne faut pas croire non plus qu’il s’agisse d’un échantillon représentatif de ce qu’on fait en économie ou de ce qu’aiment les économistes.

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'Moi aussi, je vais défendre

henriparisien — 15/02/2010 - 23:25

'Moi aussi, je vais défendre l’économie ou en tout cas ce blog. Pourtant, ni ma femme, ni moi n’en sommes (des économistes).

Les sciences dures ne sont pas non plus exempte de paradoxe. L’un des plus célèbres, c’est celui d’Achille et de la torture qui prouve que le mouvement est impossible.

Pourtant, pendant les deux mille ans qui ont été nécessaire à la résolution de ce paradoxe, les hommes ont continué à marcher, tout comme ils offrent des cadeaux à Noël et les mathématiques et la physique ont continué à évoluer un peu – aussi – grâce à ce paradoxe.

Il y a encore pas mal de question sans réponse en mathématique et en physique, par exemple la température de la couronne solaire. Mais comprendre ces questions nécessite des années d’apprentissages et ces interrogations ne sont connues que d’une poignée de spécialistes. Ce qui permet d’entretenir l’illusion d’une cohérence absolue des sciences dures.

L’économie est une science jeune, elle produit des résultats et aussi beaucoup de questions. Si ces résultats sont refusés part une majorité de la population, ces questions peuvent-être comprises par tout le monde. Il est tout à fait regrettable qu’elles soient utilisées pour discréditer l’économie.

Ce blog a le mérite de poser les limites de l’économie et de s’interroger sur les mécanismes de production de la « vérité » en économie. Si vous ne l’avez pas encore fait, aller lire les deux billets « questions de méthodologie ».

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'On doit pouvoir arriver au

alexandre delaigue — 15/02/2010 - 23:34

'On doit pouvoir arriver au même genre de résultat en remplaçant la découverte d’objet par la découverte de ses préférences. Je suis trop loin de la micro actuelle pour savoir si ça se fait, mais il me semble que l’hypothèse forte de la perte séche de noel (et de façon générale de la carte blanche) est que les gens connaissent par avance leurs préférences. Or on a plein d’éléments pour montrer que souvent, on ne peut prévoir que très imparfaitement la satisfaction que procurera un bien. Il y a l’incertitude sur les propriétés du bien, le fait que nos préférences peuvent ne pas être constantes dans le temps avec le conflit interne entre immediate self et future self tendance Schelling.

en bref il ne me semble pas absurde d’envisager qu’en présence d’incertitude a priori sur la capacité des biens à nous apporter de la satisfaction, de méconnaissance de l’ensemble des biens existants, d’incertitude sur ses propres préférences, on puisse comprendre que la "perte sèche de noel" ne marche pas. Parce que l’information, la découverte, constitue une grosse part de la satisfaction retirée d’un "bon cadeau".

Si on m’offre un rouleau de papier-toilettes à noel, on respecte la règle perteséchiste : l’objet a plus de valeur que son coût pour moi, et on me rend service en me permettant de ne pas avoir à l’acheter moi-même. Peu de gens apprécient pourtant un cadeau de ce genre. Si on m’offre un disque d’un artiste que je ne connaissais pas, il y a un risque significatif que le disque ne me plaise pas; mais s’il me plaît, j’ai non seulement un disque agréable mais surtout découvert une information, un artiste dont la production correspond à mes goûts. Ce hasard en lui-même peut être aussi source de satisfaction d’ailleurs.

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