Keynes vs. Hayek, le match… de quel siècle, au juste ? (2/2)

Mise à jour avec un peu de retard, mais il n'y a qu'à dire que ce long billet compte double.

III. Le match était truqué. Une nouvelle théorie du complot

J’en viens à l’aspect qui me dérange vraiment dans la vidéo, qui est le recours à des ressorts démagogiques grossiers. J’en vois au moins trois :

David contre Goliath : la vidéo s’ouvre sur une scène où un agent de sécurité reconnaît Keynes et le laisse passer en sonnant un portique de détection sans même le fouiller, tandis que Hayek n’est pas reconnu, doit épeler son nom et subir une fouille en raison d’un malentendu. Keynes fait ensuite plusieurs fois référence à sa propre célébrité et à son influence (Lord Keynes, here I come, line up for the procession, puis That’s why I’m the master, that’s why I’m the hero). La première vidéo jouait exactement le même jeu : une réceptionniste cette fois reconnaissait Keynes et non Hayek, et Keynes rappait Sing it loud, sing it proud, we’re all Keynesians now !.

On met donc en scène le David Hayek, inconnu du grand public et que sa réputation ne précède pas, face à un Goliath Keynes ayant la faveur des médias, des professeurs et de l’opinion publique en général. David Hayek gagne, et le spectateur est censé se rendre compte de la terrible injustice faite à Hayek, si peu influent, et du complot destiné à étouffer ses idées.

Hayek est-il vraiment David et Keynes Goliath dans l’opinion publique américaine ? On peut s’amuser à étudier la question avec les (très imparfaits) outils que nous fournit Google pour estimer la popularité de l’un et de l’autre. Commençons avec le plus simple en comparant le nombre de pages trouvées par Google contenant les mots « Hayek » et « Keynes » (on appelle ça un google fight). On trouve 3.900.000 pour Hayek et 4.740.000 pour Keynes. Sauf que parmi les « Hayek » il se trouve en fait beaucoup de Salma Hayek, qui ne nous intéresse pas ici. En enlevant 1.800.000 « Salma Hayek » on tombe donc sur 2.100.000 références à Hayek non Salma. A de multiples erreurs possibles près on aurait donc un ratio de 4,74/2,1 soit à peu près 2,25 en faveur de Keynes [en fait un peu moins, puisque quelques Keynes doivent être des John Neville, mais passons]. Ce dernier serait donc plus connu, cité et étudié que Hayek, mais quand même dans des proportions moindres que la vidéo ne le suggère. Plus intrigant, si on cherche « Austrian economics » contre « Keynesian economics » on trouve 533.000 résultats pour le premier contre 311.000 pour le second !

Au lieu de regarder le nombre de pages, qui reflète plutôt le nombre de gens prêts à rédiger quelque chose impliquant Keynes ou Hayek, on peut regarder le nombre de recherches avec Google Trends, qui reflète le nombre de gens cherchant à se renseigner sur l’un ou sur l’autre. Je me restreins aux Etats-Unis, le dessin suivant montre le nombre de recherches « Hayek », « Salma Hayek » et « Keynes ». Il faut faire la différence entre la courbe bleue et la courbe jaune pour avoir « Hayek » sans Salma.

Difficile de trancher, et on voit en plus que les pics bleus dépassent largement les pics jaunes, ce qui a l’air de suggérer qu’on parle beaucoup de Salma Hayek sans donner son prénom (à moins qu’il y ait une corrélation importante entre l’intérêt des internautes pour Salma et Friedrich Hayek, mais ça paraîtrait étrange). Cela jette aussi quelque doute sur notre Google fight précédent. Recommençons l’expérience avec « Keynesian economics » et « Austrian economics » :

L’économie autrichienne apparaît moins populaire que l’économie keynésienne, mais là encore pas dans des proportions démesurées (4,5 pour 1 en moyenne si j’interprète correctement les chiffres en haut). L’intérêt pour l’économie autrichienne a l’air aussi beaucoup plus volatil (probablement en raison de l’intervention de la banque centrale).

On peut ensuite utiliser Google Ngram Viewer, qui montre le nombre d’occurrences de « Keynes » et « Hayek » dans les ouvrages numérisés depuis 1800 (il n’y a pas grand-chose avant 1930). La mesure pose encore plus de problèmes méthodologiques que la précédente, mais regardons quand même le résultat en langue anglaise et en langue française :

Il est amusant de constater une grande différence entre les deux langues. De plus on retrouve en anglais en 2000 un ratio de 2,5, proche du 2,25 du Google fight.

Que déduit-on de ces premiers graphes ? D’abord que si Hayek semble moins populaire que Keynes, c’est dans un ratio peut-être de 2 pour 1, mais pas de 1000 pour 1. Qu’au-delà des figures totémiques des deux courants, il semble qu’on parle plus sur Internet d’économie autrichienne que d’économie keynésienne. Enfin, si on en juge par les derniers graphiques, Hayek a l’air de beaucoup décoller en popularité dans les livres publiés depuis les années 1980 (mais les livres semblent assez biaisés, par exemple Marx écrase totalement Keynes aussi bien que Hayek dans toutes les périodes).

Pourquoi alors cette frustration des auteurs du clip que Hayek ne compte pas plus ? Passons à un dernier outil Google, Google Scholar. On trouve 424.000 articles scientifiques où apparaît le nom « Keynes », contre 160.000 pour Hayek. Ratio là encore pas tellement énorme, ni très différent de ce qu’on avait plus tôt. J’avais espéré pouvoir étudier l’évolution dans le temps : en comparant le nombre d’articles depuis 1992 et depuis 1993 on peut déduire ceux parus dans l’intervalle, sauf qu’on trouve souvent des nombres négatifs, d’où je déduis que cette fonctionnalité ne vaut pas grand-chose. On peut chercher une fois de plus « Austrian economics » et « Keynesian economics », on trouve 11.700 articles contre 30.600. C’est peu comparé aux chiffres précédents. Pour voir, on peut chercher « DSGE OR Dynamic Stochastic General Equilibrium », 13.600 résultats, et « Real Business Cycles », 16.300, ou encore « Taylor Rule », 12.300. J’ai tendance à croire qu’un article « autrichien » va forcément parler de « Austrian economics » à un moment, probablement aussi de « Keynesian economics » d’ailleurs, il faudrait en déduire que le nombre d’articles de tous les « Autrichiens » réunis est à peu près égal à celui des articles parlant de la règle de Taylor, ce qui n’est déjà pas mal, mais n’est pas énorme non plus. De plus, même si on ne peut pas vraiment se fier aux chiffres sur les dates, ils semblent suggérer que la moitié des articles parlant de « Austrian economics », « Keynesian economics, » « Keynes » ou « Hayek » sont parus avant 1992, alors que pour les autres termes bien plus des trois quarts sont parus après, ce qui explique la faiblesse relative des chiffres sur DSGE et RBC.

On fait là une importante découverte (redécouverte, voir la première partie du billet) : presque tout le monde aujourd’hui parmi les économistes se fiche de « l’économie autrichienne » comme de « l’économie keynésienne », vues comme des étapes révolues de l’histoire de la pensée économique parmi les économistes qui savent encore de quoi il s’agit (ceux qui ne le savent pas ont tort, mais c’est ainsi). On peut remercier Keynes ou Hayek dans un article, faire référence à leurs travaux « séminaux », mais il n’y a plus vraiment d’ « économie keynésienne » ni d’ « économie autrichienne », même si certains économistes pas toujours très jeunes s’accrochent encore aux branches.

Enfin, le défaut de Google Scholar c’est qu’il nous donne tous les articles parus, sans distinguer des articles parus dans des revues avec un taux de rejet de 95% et les actes d’une obscure conférence. On peut alors regarder des classements comme celui d’Ideas pour estimer l’impact de l’économie autrichienne. Exercice qui a encore tout un tas de limites, on pourrait notamment imaginer qu’un très bon économiste autrichien publie à dessein dans des revues mainstream, et plus simplement que des articles excellents ne soient pas cités, ou qu’une recherche importante ne soit pas publiée sous forme d’articles etc. Mais bon, juste pour voir, cherchons une revue autrichienne dans le classement. Je ne les connais pas toutes, mais la seule que j’arrive à trouver est la Review of Austrian Economics, 448e. Ce n’est pas franchement incroyable. De manière amusante on trouve le Journal of Post Keynesian Economics pas très loin, en 424e position (NB : personnellement j’aime bien l’économie post-keynésienne et je trouve que le mainstream a encore des choses intéressantes à y piocher, mais comme je suis cohérent avec moi-même je reproche tout autant aux économistes de ce courant qu’à ceux de l’école autrichienne de ne pas chercher à exprimer leurs idées dans le cadre commun).

Voilà mon interprétation, un peu provocatrice je l’admets, de tous ces chiffres : l’économie autrichienne n’existe plus vraiment dans le champ académique, et ce depuis longtemps, de même que l’économie « keynésienne » au sens du keynésianisme des années 1950. L’économie contemporaine doit énormément aux deux courants, a intégré beaucoup d’idées de Keynes comme de Hayek, et en intégrera sans doute encore d’autres, mais la recherche ne se situe plus au niveau de ces deux courants. Bien sûr, parmi les économistes qui travaillaient dans l’un ou l’autre courant au moment où ceux-ci étaient actifs, certains continuent leurs recherches et approfondissent le paradigme qu’ils connaissent, voire forment des étudiants. C’est en soi parfaitement louable, mais c’est une activité en grande partie coupée du reste de la communauté scientifique et qui fonctionne en circuit fermé, ce dont témoigne le peu d’impact de la Review of Austrian Economics comme du Journal of Post Keynesian Economics, dont les articles sont surtout cités… par des articles dans les mêmes journaux.

L’absence d’influence des idées autrichiennes dans le monde académique contraste fortement à mon avis avec l’influence dans un public cultivé, politisé mais non spécialiste. C’est ce qu’on voit avec les premiers graphes. Dans un registre plus anecdotique on peut aussi remarquer qu’une bonne moitié des messages sur le forum d’éconoclaste doit être écrite par des « sympathisants » autrichiens (qui sont au nombre de 2, mais très actifs). Autrement dit, l’école autrichienne est aussi absente du champ académique qu’elle est présente dans le champ politique et sur Internet, domaines largement abandonnés par les économistes mainstream incités à se focaliser sur la course à la publication. La vidéo me semble alors parfaitement mensongère sur ce point : à vue de nez une réceptionniste américaine prise au hasard a probablement 95% de chances de ne se dire ni keynésienne ni hayékienne, 4% de chances de se dire hayékienne, 1% keynésienne. Et ce notamment parce qu’on trouve des militants prêts à tourner des vidéos de rap « pro-hayékiennes », mais pas d’économistes mainstream pour évoquer leur position de manière aussi accessible (quelques exceptions).

Contre les « sachants » : deuxième ressort sur lequel on peut passer plus vite, certains hommes politiques nous y ayant passablement habitués en France. Le keynésianisme, ce serait la position de l’académie, des professeurs, des « sachants » donneurs de leçons qui mépriseraient le bon peuple du haut de leurs chaires et de leurs tours éburnéennes. On a d’abord le passage déjà cité où Hayek balaie d’un revers de manche les estimations empiriques, dans la vidéo on voit brièvement un chimiste verser une substance dans un tube à essai et un physicien écrire des équations compliquées vers 2 min 28s, on recommence vers 5 min 17s. Pour le texte on a le couplet de Hayek : The lesson I’ve learned? It’s how little we know, / the world is complex, not some circular flow / the economy’s not a class you can master in college / to think otherwise is the pretense of knowledge.

Bref les économistes diplômés sont simplement de faux scientifiques, qui probablement utilisent un langage et des équations compliqués pour masquer qu’ils servent certains intérêts économiques. On lie ça très bien à ce que dit Hayek : I want plans by the many, not by the few.

Il n’est pas besoin d’insister sur l’efficacité de ce genre de procédés. Il est très facile d’accuser les experts, qui peuvent difficilement se défendre, et c’est de plus flatteur pour le spectateur qui aime bien penser qu’en fait il en sait autant sinon plus que de prétendus experts. Non seulement c’est facile, mais c’est très dommageable. Un système politique qui repose sur la spécialisation ne peut fonctionner sans une certaine confiance dans les experts et les preneurs de décision, sans qu’ils aient une certaine autorité, au sens premier de ce mot. Cette confiance peut évidemment être souvent mal placée, mais c’est probablement jouer avec le feu que de chercher à l’entamer à tort (je n’hésite pas à lier la montée du FN à ce genre de jeu).

La théorie du complot : la vidéo va encore plus loin. Manifestement les économistes non seulement sont de faux scientifiques, mais en plus ils sont achetés par l’élite financière et politique américaine, et peut-être même par les extra-terrestres. Habilement d’ailleurs, rien ne le dit explicitement dans le texte, c’est la vidéo qui le laisse entendre. Hayek accuse le gouvernement et les régulateurs de collusion avec les « Wall Street execs », petit monde que l’on voit joyeusement fumer des cigares et s’échanger des liasses de billet dans la plus pure tradition des films noirs. On reconnaît d’ailleurs un sosie de Ben Bernanke parmi les protagonistes, on le voit très bien vers 7 min 32s, et on le revoit à la fin qui vient féliciter Keynes. Ensuite, il y a évidemment le fait que sur le ring Keynes est à terre mais est néanmoins déclaré vainqueur par l’arbitre, probablement acheté par les mystérieux intérêts des « Wall Street execs ». Enfin, à la fin de la vidéo on peut avoir le sentiment que journalistes et gros bonnets autour de Bernanke viennent féliciter Keynes, tandis que de plus petites gens viennent remercier Hayek d’avoir fait son possible pour les sauver du complot (en tout cas c’est le sentiment de plusieurs des commentateurs de la vidéo sur Youtube).

Nous voilà donc avertis : si le keynésianisme est si dominant, c’est parce qu’il sert les intérêts des puissants, et que ceux-ci achètent l’Université, le gouvernement et les médias pour que la vérité hayékienne n’éclate pas au grand jour. Bref, le match du siècle est truqué, heureusement les producteurs de la vidéo sont là pour éduquer les masses.

Conclusion : c’est fatal qu’on l’cite

Avec toutes mes excuses pour le premier jeu de mots hayékien de mon existence, il n’y en aura probablement pas beaucoup d’autres. La dernière partie de cette analyse explique pourquoi ce type de vidéo a tout pour faire un « buzz », elle ne fait que trop caresser dans le sens du poil des citoyens qui cherchent une explication simple de la crise économique, des coupables, et si possible qu’on les conforte dans l’idée qu’ils en savent autant que les experts (moi si j’étais au gouvernement…).

Malgré tous ses défauts, cette vidéo est-elle mauvaise une fois dressé un bilan coûts-avantages ? Certains veulent y voir un effort remarquable de popularisation de la discipline économique, ça rend « fun » celle qu’on appelait la « dismal science ». On pourrait même remarquer l’apparition des personnages de Say, von Mises et Malthus comme « soigneurs » de Hayek et Keynes (je n’ai pas vu le nom du deuxième soigneur de Keynes, si quelqu’un l’a vu…). Autant de gens que certains spectateurs iront peut-être googler. Voici d’ailleurs un dernier graphique :

La vidéo ayant été mise en ligne le 27 avril, il semble bien y avoir un impact (avec toutes les réserves que l’on peut émettre sur Google Trends), même sur Mises, et je ne peux que me réjouir si davantage d’internautes cherchent à se renseigner sur des personnages importants de l’histoire de la pensée économique. Mais est-ce qu’un internaute sans formation préalable qui va googler Hayek, Mises ou Keynes sur Internet va vraiment acquérir un intérêt pour l’économie et aller accumuler lentement de l’information auprès de bonnes sources, ou rejoindre les rangs des partisans de la théorie du complot, ce qui est quand même plus romantique ? S’il choisit la première solution, ce ne sera sans doute pas parce que la vidéo l’y a encouragé.

A la rigueur notre internaute naïf pourrait aller chercher plusieurs sources d’information et se faire une idée indépendante si la vidéo soit était plus neutre, soit se présentait clairement comme une caricature très orientée. Un site comme Leftycartoons par exemple ne cache pas son orientation politique. Ici non seulement le site ne s’appelle pas Libertarianvideos mais econstories, mais les vidéos sont présentées comme pédagogiques, d’ailleurs le site propose des petits cours rappés sur la théorie autrichienne du cycle.

Vous aussi vous aimeriez comprendre la crise ? Alors regardez deux vidéos, écoutez deux raps sur la théorie autrichienne, lisez “Economics in One Lesson” de Henry Hazlitt et comme le producteur de la vidéo John Papola vous pourrez vous aussi en savoir assez pour ouvrir votre blog sur l’économie et la philosophie. C’est sûr que ça donne plus envie que de suivre de longues études sur les bancs de l’université, surtout avec des maths dedans. Mieux vaut se dire que ce qu’on apprend à l’université n’a aucune valeur (le monde académique étant vendu à Wall Street).

Bref, premier problème, un affichage pédagogique qui ne correspond pas du tout au contenu de la vidéo. Ca fait penser à la vidéo de la BCE sur l’inflation à destination des petites classes (il faut croire qu’il n’y a pas que des keynésiens dans les banques centrales…).

Second problème : qui est derrière ? Réaliser une telle vidéo demande des moyens, la société de production « Emergent order » (véridique…) doit bien vivre d’une manière ou d’une autre. J’aimerais penser qu’il y a beaucoup d’associations prêtes à soutenir des initiatives pour populariser l’économie de manière non biaisée, mais il est probable que les généreux donateurs soient prêts à débourser davantage quand on les caresse dans le sens du poil. Le site ne donne que le nom du Mercatus Center, un think-tank un peu orienté, comme tout think-tank, mais lié à la George Mason University et avec de vrais chercheurs aussi, soyons justes, et dirigé par Tyler Cowen. Think-tank qui étrangement n’a pas tenu à se mettre trop en évidence. Comme le faisait remarquer Kinouk dans un commentaire au dernier billet, l’un des auteurs du clip est en revanche affilié à la Hoover Institution. On perd déjà pas mal en qualité. Impossible de savoir s’il y a d’autres généreux sponsors, en tout cas la vidéo a plu à la Heritage Foundation (voir ici), au Cato Institute (voir là). Au Mises Institute on a vraiment de grands fans, qui donnent toute les actualités liées à la vidéo (ici, ici aussi, et ). Il est amusant d’ailleurs de constater que le Mises Institute traduit bien souvent l’implicite de la vidéo exactement de la même manière que moi (mais en approuve le contenu, évidemment).

Ce qui nous amène au dernier problème : quel est le but de la vidéo ? Dans le contexte politique américain, il paraît difficile d’imaginer qu’il n’y a aucune arrière-pensée électorale, et que les auteurs de la vidéo ainsi que les mécènes ne se sont pas imaginés qu’il s’agissait d’une façon indirecte de critiquer la politique économique d’Obama et la façon dont la crise a été gérée, pour réclamer au contraire moins d’intervention de l’Etat, l’arrêt du sauvetage des banques etc. Sous couvert de promouvoir l’economic literacy (un sujet à la mode), on fait de la simple propagande électorale. Pourquoi choisir spécialement les figures de Keynes et Hayek ? Peut-être pour attirer les sympathies de généreux mécènes du Mercatus Center, qui regrettent le temps où on pouvait parler d’économie entre gentlemen entre une discussion sur les dernières sorties au théâtre et un débat philosophique, sans être interrompu par un impertinent chercheur qui viendrait sortir des chiffres ou prouver une incohérence logique dans le raisonnement. Bref c’est aussi une tentative de résurrection à l’heure d’Internet du « club des fumeurs de pipes » qu’était selon Solow l’économie avant Samuelson. A tout prendre, c’est l’aspect le plus sympathique du clip.

"c’est fatal qu’on

"c’est fatal qu’on l’cite"
Alors là, chapeau bas !

C'est aussi fort que "Hank you very much et Bercy beaucoup"
http://www.ecopublix.eu/2008/10/hanks-you-very-much-et-bercy-beaucoup.html

Mais pourquoi penser que les auteurs de la vidéo veulent être - ou devraient être - des pédagogues objectifs, sans préjugés normatifs, etc. ? Il semble assez clair qu'ils en ont et qu'ils les assument. C'est d'ailleurs ce qu'ils expliquent dans leur dialogue sur Econtalk, dommage que vous n'en parliez pas. Enfin, dans le doute, le mieux serait encore de leur demander directement :
http://www.mafeco.fr/?q=node/253#comment-4338

Excellent billet (si, si

Excellent billet (si, si ...), à un détail près : je ne vois pas dans les statistiques de Google ce qui vous fait dire "il semble qu’on parle plus sur Internet d’économie autrichienne que d’économie keynésienne", à moins qu'il y ait quelque part un lapsus ou que vous ayez compté Salma Hayek comme économiste autrichienne (ou que j'aie mal lu).

Sur "l’économie autrichienne n’existe plus vraiment dans le champ académique, et ce depuis longtemps, de même que l’économie « keynésienne » au sens du keynésianisme des années 1950. " vous allez être surpris, mais ça rejoint ma propre analyse (http://gdrean.blogspot.com/2010/11/orthodoxie-et-heterodoxies-sur-un.html). Je vois quand même une différence importante : le mouvement d'assimilation des idées "hétérodoxes" par l'orthodoxie a commencé très tôt et est pratiquement terminé pour Keynes, alors qu'il a commencé difficilement pour les autrichiens, et est loin d'être terminé, pour autant qu'il se termine un jour. Je pense que ça s'explique par le fait que le keynésianisme respectait le schéma kuhnien (des idées nouvelles qui venaient compléter les idées walrasiennes), alors que l'austrianisme maintenait les idées classiques contre lesquelles le "néoclassicisme" s'était construit (quoi que suggère le vocabulaire).

@

@Gu Si Fang : c'est probablement une question quelque peu subjective, mais je n'ai pas du tout l'impression que les auteurs de la vidéo la mettent en avant comme quelque chose d'orienté. Plusieurs étudiants qui m'ont parlé de la vidéo ont été très surpris quand je leur ai dit que le message de la vidéo ne correspondait pas franchement au consensus académique sur la question, ils pensaient vraiment qu'il s'agissait de pure vulgarisation scientifique. Après que les auteurs de la vidéo aient raconté quelque part qu'ils voulaient seulement faire de la propagande c'est bien possible, mais ça n'enlève rien à l'effet de la vidéo et à la façon dont les gens semblent le percevoir. Par ailleurs même si c'était de la propagande assumée ça ne me plairait que modérément. Quant à leur demander directement, franchement je ne peux pas passer ma vie à me prendre la tête avec des austrianisants.

@Elvin : pour votre première question ça vient du Google Fight ( http://www.googlefight.com/ ) entre "Keynesian economics" et "Austrian economics" qui donnait vainqueur la seconde école, tendant à montrer qu'on trouvait plus de pages parlant d'économie autrichienne que de pages parlant d'économie keynésienne. Sinon je suis à peu près d'accord avec votre second paragraphe, bien que je sois moins sûr qu'il reste beaucoup d'éléments autrichiens à intégrer dans le courant principal.

Merci pour cette analyse du

Merci pour cette analyse du match du siècle... De quel siècle, au juste ? Il me semble qu'en fait c'est du Match des Millénaires qu'il est question, et que le match Hayek-Keynes n'en est qu'un round parmi d'autres. Voyez Hayek en effet. Que nous dit-il ? Je résume. Au commencement il y eut quelques lumières présocratiques éclairant l'ordre spontané. Puis vint Platon et les ténèbres du constructivisme s'abatit sur la Terre, en gros jusqu'au XVIème siècle où quelques scolastiques espagnols reprirent le flambeau, très vite éteint par Descartes et ses disciples, jusqu'à ce que quelques moralistes écossais, au XVIIIème, en rescussitent la flamme, trop vite étouffée à son tour par les Lumières françaises (la faute à Rousseau...), puis Marx, puis Keynes...mais face à Keynes, et donc face à tous ces "illustres" prédécesseurs, il y eut Hayek et ses maîtres autrichiens. Fin de l'Histoire, en quelque sorte...

Je n'ai pas encore eu le

Je n'ai pas encore eu le temps de lire la totalité de votre billet, je me permets juste de répondre à une de vos questions :

"(je n’ai pas vu le nom du deuxième soigneur de Keynes, si quelqu’un l’a vu…)"

Il s'agit de Hicks.

Mercatus

...Le Mercatus center, unite de recherche certes, est largement finance par les freres Koch, grands patrons du petrole et de la finance, et mecenes du mouvement "Tea Party" entre autres:

http://www.newyorker.com/reporting/2010/08/30/100830fa_fact_mayer?curren...

Bref, pour moi qui habite aux US (d'ou l'absence d'accents, desole) et suis un peu tout ca, ce truc est a 100% de l'agit-prop. Merci, quand meme, d'avoir pris la peine.

OK, mais...

@J-E

sur le premier point, mea culpa. Je n'avais pas retenu la dernière phrase de votre quatrième paragraphe.

sur "je sois moins sûr qu'il reste beaucoup d'éléments autrichiens à intégrer dans le courant principal.", vu comme ça je ne suis pas loin de penser comme vous. Mais je pense que la différence fondamentale entre les deux courants est méthodologique (c'est pour ça que tous les débats remontent nécessairement tôt ou tard à ce niveau), et que si le courant principal intègre un jour vraiment les éléments méthodologiques autrichiens, il faudra pour ça passer par pertes et profits pas mal d'éléments du courant principal, d'où en partie sa résistance. Ça explique aussi pourquoi le courant autrichien est perçu comme plus critique que constructif, en grande partie à juste titre (voir certains de nos échanges).

Ralance

Bonjour,

Est-ce que vous savez s'il existe des études "scientifiques " - ou au moins "sérieuses" - qui ont examiné la question de savoir si les relances "Keynésiennes" ont un effet favorable sur l'activité ? Et si le multiplicateur Keynésien existe vraiment ?
Il est tout de même légitime de se poser la question, au vu des résultats peu probants du New Deal, du gouvernement Mauroy, des décennies perdues au Japon...
Y a-t-il une recherche permettant de dépasser le caractère anecdotique de ces exemples, d'écarter les autres variables, ... pour en tirer une conclusion ?

Cordialement,

râlance

Oui, cette idée de relance mérite bien une ralance.

Mais le New Deal a eu des

Mais le New Deal a eu des résultats tout à fait probants, la croissance US est reparte à la hausse dès 1933.

Seulement, en 1937, les pouvoirs publics ont effectué un virage à 180°, à coups de politiques d'austérité. Le résultat ne s'est pas fait attendre (nouvelle dépression - donc double dip). En 1938, retour des politiques expansionnistes, avec un résultat tout à fait probant. Au contraire de vous, selon moi, les années 1930 aux US sont un cas d'école pour justifier une politique de "relance keynésienne" dans un contexte déflationniste.

Plus de détails ici :

http://libertystreeteconomics.newyorkfed.org/2011/06/commodity-prices-an...

Ou jetez un oeil à cette courbe :

http://libertystreeteconomics.typepad.com/.a/6a01348793456c970c014e88ccf...

@

@Serenis Cornelius : j'ai horreur de Platon, alors il doit y avoir quelque chose qui cloche dans cette histoire philosophique de l'ordre spontané. Je ne doute pas que certains austrianisants ne voient la chose sous cet angle, et c'est à mon avis un problème. On peut très bien être constructiviste sur un plan méthodologique ou philosophique sans être interventionniste sur le plan politique, et inversement. Il faut lutter pour que des questions de méthode ne soient pas confondues avec des questions politiques, même si certaines méthodes peuvent probablement favoriser l'obtention de résultats politiquement orientés.

@Mat : merci, vous avez de bons yeux. Je ne sais pas si Keynes se considèrerait comme un disciple de Hicks, mais bon.

@Visiteur discret mais bienvenu : tout à fait d'accord avec le fait qu'il s'agit de propagande, je n'ai rien en faveur du Mercatus Center mais qu'ils fassent l'effort de faire semblant d'avoir un rapport quelconque avec un vrai centre de recherches les place déjà un peu au-dessus des autres think tanks et lobbys du même genre dans mon esprit. Je n'ai pas dit que ça les faisait monter très haut non plus.

@elvin : en fait je pense que a différence n'est même pas méthodologique, elle repose sur les buts mêmes de l'analyse économique, même pas sur les moyens d'y parvenir.

@Olivier : il en existe des milliers, sur tous les pays et toutes les périodes. Après je ne suis ni macroéconomiste ni empiriste, donc ce n'est pas vraiment moi qui pourrai vous indiquer les meilleures études. Je me souviens qu'il y a un article classique mais je n'arrive pas à me souvenir des auteurs. Vous avez par exemple ça sur données françaises :

http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=ECOP_169_0001

Cet article qui est je crois assez connu :

http://ideas.repec.org/p/nbr/nberwo/7269.html

Mais d'autres pourront mieux vous conseiller. D'une manière générale vous pouvez chercher "vector auto-regressive" + fiscal policy, monetary policy, deficit spending et autres sur Google, vous trouverez plein de résultats. Il est difficile d'analyser des exemples historiques comme le New Deal ou la relance Mauroy (si vous regardez la croissance de l'époque par rapport aux voisins ce n'est pas si inefficace, même si ça a surtout été efficace pour relancer l'économie... en Allemagne). La plupart des travaux de recherche à ma connaissance utilisent des modèles VAR qui vous permettent de calculer empiriquement l'effet causal sur différentes variables d'un changement non anticipé du déficit budgétaire ou des taux d'intérêt de la BC. Il me semble qu'il y a quelques années au moins il y avait un consensus absolument total sur un effet de relance à court terme, plus ou moins fort selon les pays mais suffisamment fort pour rendre la politique budgétaire intéressante, qui disparaît à long terme, et également un effet inflationniste.

Bref en tout cas rassurez-vous toute une recherche empirique existe sur le sujet, le problème étant que le multiplicateur keynésien n'est stable ni dans le temps ni dans l'espace.

@Kinouk : merci pour les courbes, même si effectivement ce n'est pas une preuve suffisante du bien fondé d'une politique keynésienne, en tout cas il y en a de plus récentes et de meilleures à mon avis. Mais c'est vrai que c'est spécialement parlant.

Merci beaucoup de vos

Merci beaucoup de vos réponses, qui apportent un éclairage particulièrement intéressant sur le sujet.

Concernant l'effet du stimulus fiscal (et monétaire) dans les années 1930, ne pensez-vous pas que les arguments développés par ce papier semblent assez convaincants ?

http://www.voxeu.org/index.php?q=node/4227

sur votre réponse à Serenis

sur votre réponse à Serenis Cornelius

J'ai la flemme de retourner chez Hayek vérifier si le résumé qu'il en donne est correct, mais:
- accuser Platon de constructivisme me paraît correct. C'est notamment pour ça que comme vous, j'ai horreur de Platon.
- Hayek est connu pour être très injuste avec les Français. A côté de Rousseau, il y a des gens (Turgot, Constant, Say, Bastiat par exemple) qui étaient au moins aussi libéraux et partisans de l'ordre spontané que leurs cousins anglo-saxons
- Je n'ai jamais eu l'impression que Hayek se considérait comme la fin de l'Histoire de la pensée
- Je vois quand même mal comment on pourrait être constructiviste sans être interventionniste

sur "la différence n'est même pas méthodologique, elle repose sur les buts mêmes de l'analyse économique"

Largement d'accord. Les différences méthodologiques en découlent, et les différences substantielles en découlent à leur tour.

@elvin

Si on entend par constructivisme que la connaissance des phénomènes résulte d'une construction effectuée par le sujet, comme le cite si bien Wikipédia, je ne vois pas comment on en est directement amené à prôner l'intervention de l'Etat. Dans ce sens (constructivisme épistémologique) je vois mal en quoi Platon est constructiviste, puisque le monde des idées préexiste à notre pensée qui ne fait que retrouver une vérité éternelle.

Inversement si on imagine qu'il existe un ordre des choses indépendant de nos représentations et de nos constructions ça n'amène pas nécessairement à être non-interventionniste, il faudrait encore considérer que cet ordre des choses est souhaitable et qu'on ne peut pas le modifier en mieux.

Mais ça n'a probablement pas grand-chose à voir avec le schmilblick.

j'ai été un peu rapide (et un

j'ai été un peu rapide (et un peu trop conciliant) en me déclarant d'accord sur "la différence n'est même pas méthodologique, elle repose sur les buts mêmes de l'analyse économique"

C'est un peu plus subtil que ça. Au départ, il y a bien identité d'objectifs : expliquer une certaine classe de phénomènes sociaux (dont la définition exacte n'est pas si simple que ça, mais c'est une autre histoire).

Ensuite, il y a d'un côté une réflexion épistémologique et ontologique sur la nature même de ces phénomènes, qui conduit à des conclusions méthodologiques (en gros le dualisme méthodologique) et à des conclusions sur les objectifs que peut raisonnablement se fixer l'analyse (en gros, découvrir des lois causales qualitatives).

De l'autre côté, il y a une pétition de principe : il n'existe qu'une seule méthode scientifique, celle des sciences physiques, et l'économie doit l'utiliser pour arriver à des prédictions quantitatives.

Les différences sont à la fois dans les buts et dans les méthodes, mais les deux découlent d'une réflexion épistémologique et ontologique déjà explicite chez les Classiques et très développée ensuite par les Autrichiens, dont je ne trouve pas la contrepartie chez les économistes orthodoxes contemporains.

constructivisme

Je prenais ça au sens politique (comme Hayek) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Constructivisme_%28politique%29

Question...

Bonjour,

Tout d'abord, pour répondre à Kinouk, un peu d'histoire économique (basique) nous rappelle que les fameux "coups de massues" de 1937 sont complexes et pas le fait d'une politique uniquement de rigueur. En ce qui concerne la reprise de l'activité en 1933 : oui MAIS il n'y a aucune preuve empirique que cela soit due à une politique keynésienne (d'ailleurs à la fin de l'année 1932, l'activité commençait à repartir doucement). Bien sur la politique de Roosevelt a eut ses réussites, et ses défauts, qui ont éclaté en 1937. Mais encore est-il nécessaire de rappeler que comme le match Hayek VS Keynes, que c'est un débat des années 1930 qui a dépassé la date de péremption depuis belle lurette. Et bien sur Jean-Edouard a plus que raison quand il cite l'exemple de la relance raté de 1981-1982, et on pourrait multiplier les exemples à l'envi. Tout est une question de timing pour reprendre votre expression qui résume bien l'article (numéro 1 de ce dossier)

Pour entrer légèrement dans le hors-sujet -même si nous somme néanmoins dans les sujets plus politiques- et ainsi trancher avec les débats -intéressants au demeurant- que vous avez pu avoir, j'aurais souhaité vous poser une simple question, mais qui me taraude depuis quelques années du fait d'une certaine neutralité de vos jugements, comme je vous l'avais exprimé précédemment (ce qui m'impressionnait). Seriez-vous plutôt keynésien (au sens où nous l'entendons actuellement, c'est-à-dire nouveau keynésianisme ou post-kéynésianisme etc...ou plutôt NEC, RBC -bien que ce que j'ai pu lire me semblait a contrario de ses pensées. Peut-être préférez vous le mainstream...? Je ne fais aucune conjecture. C'est simplement par curiosité, et j'ose espérer que ma question -plus ou moins audacieuse- ne vous donne pas envie de me répondre : "qui es-tu freluquet pour me demander mes opinions ?". Une petite curiosité vaut sans doute une petite confidence, du reste. Cordialement.

@Sébastien

Bonjour,

Non pas de problème pour répondre à cette question, d'autant que je me la pose parfois moi-même.

J'ai la grande chance d'être microéconomiste plutôt que macroéconomiste, et ne de pas avoir la même pression pour répondre à des questions pressantes du type "oui mais alors qu'est-ce qu'il faut faire comme politique économique, mais qu'est-ce qu'il faut faire ?????". J'ai donc le luxe de pouvoir regarder plusieurs familles de modèles concurrentes en en retenant les intuitions intéressantes. Des RBC je retiens l'idée qu'une partie des fluctuations économiques peut être une réaction optimale à des chocs extérieurs et que la volatilité de l'activité n'est pas nécessairement le symptôme d'un problème économique. Des NEK je retiens que pour tout un tas de raisons liées à des échecs du marché bien identifiés les fluctuations économiques sont probablement supérieures à leur niveau "optimal", ce qui justifie que l'Etat intervienne. Bref j'interprète ça exactement comme théorie de l'équilibre général vs. théorie de la concurrence imparfaite, c'est la comparaison des deux qui est théoriquement fructueuse. Comme dit plus haut j'ai aussi une petite faiblesse pour les post-keynésiens, dont je retiens un certain nombre d'idées originales mais un peu confuses, que j'aurais aimé voir exprimées dans le langage commun des économistes.

A noter d'ailleurs que les chercheurs à la base de ces deux courants seraient probablement en désaccord total avec cette interprétation, de même que Miller ne voyait à la base pas du tout dans son théorème avec Modigliani un simple benchmark théorique.

Bien sûr c'est un peu facile de dire que deux modèles concurrents sont tous deux intéressants théoriquement. Après si une Banque centrale vous demande ce qu'elle doit faire il faut se demander si in fine on est plus proche d'un monde nouveau classique ou d'un monde nouveau keynésien, faire le trade-off entre échecs du marché et échecs de l'Etat. C'est une question empirique, et il me semble que dans la position plus ou moins consensuelle actuelle la position nouveau keynésienne est assez nettement dominante.

Enfin sur un dernier point je me sens quand même plus proche des nouveaux keynésiens : les premiers modèles RBC étaient beaucoup construits dans l'idée qu'il fallait arriver à simuler un monde artificiel pour analyser l'effet des politiques de la Banque centrale ou de l'Etat. Les chercheurs eux-mêmes ne croyaient pas trop que cette simulation était une bonne description du monde réel (même une description simplifiée), c'était juste un monde artificiel qui semblait réagir à la politique monétaire comme le monde réel. Enfin j'espère qu'ils n'y croyaient pas, parce que voir sérieusement le chômage comme une prise de loisir de l'individu représentatif serait assez consternant.

En tout cas cette position "monde artificiel" est la position originale de Lucas. Pour intellectuellement intéressante qu'elle soit, j'ai vraiment du mal avec cette posture méthodologique et je préfère l'effort nouveau keynésien d'essayer d'étudier l'effet de frictions réalistes. Mais ce n'est pas tellement surprenant, les nouveaux keynésiens sont en fait des microéconomistes à l'origine (par exemple Stiglitz et Akerlof). Ils ont d'ailleurs pas mal infléchi la méthodologie basée sur les RBC, même des modèles insistant très peu sur les échecs de marché peuvent maintenant être interprétés comme montrant une nouvelle force du marché, une nouvelle contrainte qui s'exerce sur l'action publique, une nouvelle réaction intéressante des agents, ie. beaucoup de modèles me semblent maintenant avoir aussi bien un aspect quantitatif ("mon article matche mieux les données que ceux d'avant et montre que telle politique fait ceci ou cela") et une interprétation qualitative intéressante ("cela vient du fait que la prise en compte du marché X ou de la friction Z amplifie les réactions des agents à tel type de choc, ce qui augmente/réduit l'efficacité de telle politique").

Mais par ailleurs si je devais vraiment décider de la politique monétaire je préfèrerais probablement moi aussi m'appuyer sur un modèle très quantitatif et "artificiel" pour guider ma décision, en me fichant complètement de l'aspect qualitatif. C'est un luxe de pouvoir réfléchir aux mécanismes régissant les interactions économiques plutôt que de devoir produire directement des modèles "opérationnels". Mais il faut probablement améliorer les deux types de modèles de front pour que les deux familles progressent, il y a juste un type de modèle qui personnellement m'intéresse plus intellectuellement.

Ca ne répond probablement pas vraiment à votre question, et mon indétermination montre aussi probablement que je ne suis pas totalement à jour en macro (c'est devenu sacrément difficile à lire comme champ). En tout cas plus je lis d'articles et plus je réfléchis un peu sur l'histoire de la discipline, plus je suis frappé de constater qu'il y a des choses intéressantes à glaner partout, et que l'évolution de la discipline semble avoir un sens plus logique que ce que ceux qui ont contribué à la faire évoluer ont pu entrevoir au moment d'écrire leurs articles. Il y a aussi beaucoup d'articles sans intérêt, d'impasses qu'on ne pouvait pas prévoir, d'allocations inefficaces du temps de recherche sur des sujets peut-être moins importants que d'autre etc. Mais il y a un peu d'ordre spontané quand même sur le long terme, c'est plutôt rassurant.

Bonjour, merci pour votre

Bonjour, merci pour votre réponse, je vois quand même à peu près la position de ce blog. D'autant plus, que la (très grande) majorité des blogs prennent une "position économique" et même politique souvent très forte.

Sébastien :vous dites " Mais

Sébastien :vous dites " Mais encore est-il nécessaire de rappeler que comme le match Hayek VS Keynes, que c'est un débat des années 1930 qui a dépassé la date de péremption depuis belle lurette" .
Je ne suis qu'étudiant en L1, il est donc fort possible que vous disposer de faits et théorie que je n'ai pas pour répondre à cette question, mais en ce qui me concerne je n'ai pas l'impression qu'une réponse claire ai été donnée sur un certain nombre de ces sujets: le muliplicateur il marche ou pas? Dans quelle mesure l'état doit intervenir?

Ce n'est pas par ce que ces débats sont vieux comme l'économie qu'il ne faut pas y apporter de réponse si? Si une réponse à été trouver, quelle est elle?

@Demandred

Oui, ces débats sont vieux comme l'économie, et même plus. Et s'il n'y a pas de réponse unanime ferme et définitive, c'est qu'il y a de bonnes raisons pour ça, la principale étant qu'il n'y a pas que les considérations économiques qui jouent. Les considérations philosophiques et éthiques sont dominantes.

Il faut donc vous résoudre à ce que la réponse soit une affaire de choix politique personnel, que vous pouvez éclairer par le recours à telle ou telle théorie, mais qui vous engage vous et vous seul et dont vous ne pouvez pas vous décharger qur une quelconque "autorité", scientifique ou autre..

Notez au passage le caractère éminemment libéral de ma position : sur ce sujet, vous avez tout autant le droit d'avoir une position différente de la mienne que moi d'avoir une position différente de la vôtre, et il n'existe pas de "juge de paix" qui peut imposer à l'un de nous deux de se plier à l'opinion de l'autre. Ce qui n'empêche pas d'en débattre, bien au contraire.

Dispositif Alerte Enlèvement

Vous n'allez pas recommencer à vicier les petites têtes blondes qui font l'effort de suivre des cours d'économie (elles).

Surtout qu'en l'occurrence vous mélangez tout. La question "le multiplicateur il marche ou pas ?" n'est pas une question politique ou philosophique, c'est une question purement scientifique, du type "si A se produit alors est-ce que B se produit". La réponse, donnée par les multiples articles empiriques auxquels je faisais allusion au-dessus, est que oui le multiplicateur keynésien existe. Là où il n'y a pas de réponse unanime c'est sur l'ampleur du multiplicateur, pas parce qu'il s'agirait d'une question éthique ou je ne sais quoi, mais simplement parce que la valeur du multiplicateur n'est pas constante dans le temps et l'espace.

Ensuite ce qui est une question politique ou éthique si on veut, c'est sachant qu'un effet multiplicateur existe et qu'il se situe dans telle fourchette, ie connaissant les effets probables d'une politique économique donnée, que veut-on mener comme politique économique.

Il est fondamental de séparer les deux problèmes, le savant et le politique tout ça tout ça. Surtout que quand comme vous on ne les sépare pas on ne peut pas répondre aux problèmes scientifiques les plus simples avec plus de clarté qu'aux questions philosophiques les plus absconses (qui sont aussi, à mon avis, souvent sans grand intérêt).

Par ailleurs votre position "libérale" est la négation même d'une approche scientifique des problèmes, ce qui n'est pas surprenant venant d'un autodidacte. "Il y en a qui disent A, d'autres disent B, tout le monde a raison". C'est comme ça qu'on finit par autoriser l'enseignement du créationnisme.

Donc pour résumer :

- Question scientifique : le multiplicateur keynésien existe-t-il ? Réponse empirique établie par la communauté scientifique : oui. Vous avez le droit de penser que la communauté scientifique a tort, chacun a le droit de préférer être ignorant, mais à moins que vous n'ayez de bons arguments (ie. une étude empirique au moins aussi sérieuse allant dans le sens contraire) l'hôte de ces lieux vous demandera néanmoins de la fermer, parce qu'on ne peut pas passer ses journées à redémontrer que la Terre tourne autour du Soleil.

- Question politique : voulons-nous des politiques de relance, avec les effets redistributifs qu'elles impliquent, identifiés aussi bien par la théorie que par les études empiriques ? Là c'est une question politique. A mon humble avis il n'y a pas plus de discussion à avoir que sur le choix entre glace au chocolat et glace à la vanille, c'est une question de préférence individuelle, et chacun vote pour la solution qu'il préfère.

On peut être libéral sans être obscurantiste, et réciproquement.

du calme !

J'aurais du préciser que je ne répondais qu'à la question "Dans quelle mesure l'état doit intervenir?"

Sur le multiplicateur, pas de problème. Je suis bien d'accord avec vous.

Cela fait quelques temps que

Cela fait quelques temps que je ne me suis pas plongé dans la macro, je crois avoir (quasiment) tout perdu en théories pures, mais ce dont je suis certain c'est que empiriquement, c'est-à-dire à l'appui des études sur l'activité, les plans de relance ont des effets sur des périodes déterminés. Il est surtout question de savoir cibler les secteurs qui en ont besoin ou de revitaliser la demande, mais cela ne peut pas durer éternellement. Dans le temps, le modèle AS-AD expliquait implicitement le rôle de l'inflation dans le retour à un niveau d'équilibre Yn. Aujourd'hui, l'hypothèse des anticipations rationnelles de Lucas, les travaux empirique d'un économiste comme Alesina tendent aux mêmes conclusions...et les faits aussi. On ne conteste pas les politiques de relances, mais celles-ci ne sont pas la panacée sur le moyen-terme (je caricaturerais par une année).

J'ai comme l'impression les

J'ai comme l'impression les travaux d'Alesina sont quand même très contestés et comportent apparemment de très nombreuses lacunes :

Aussi bien pour Krugman (ce qui n'est pas très étonnant)..

http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/02/06/alesina-on-stimulus/

Que pour le FMI.

http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/10/05/the-imf-on-fiscal-austerity/

Et la Méthodologie d'Alesina sur un sujet transversal (le bien fondé des politiques d'austérités) semble assez brinquebalante :

http://rortybomb.wordpress.com/2011/03/28/the-broken-mousetrap-board-gam...

Quand à Lucas...

Mais je suis sûrement victime d'un biais pro Krugman dans ce domaine.

Elvin : "le résumé qu'il en

Elvin : "le résumé qu'il en donne est correct". Je n'ai pas pour habitude de raconter n'importer n'importe quoi. Merci.

Houlà !

@Serenis Cornellus

Houlà ! Quelle susceptibilité !
Moi non plus je n'ai pas pour habitude de raconter n'importe quoi. Mais j'admets quand même qu'il peut m'arriver quelquefois de me tromper (un peu...)

Vous l'avez un peu cherché...

Parfois vous donnez l'impression d'enchaîner les contributions consistant à apposer un cachet "Approved by Von Mises" ou "Contended by Von Mises" sur les déclarations des autres. Ce n'est pas très cohérent avec votre position libérale et contre les avis autorisés, en plus.

un oubli sans doute ...

Curieuse réaction : je n'ai pas mentionné une seule fois Mises dans ce fil (et d'une façon générale il me semble qu'il y a longtemps que je n'en ai pas parlé)

Ca marche aussi en remplaçant

Ca marche aussi en remplaçant "Mises" par "Hayek" ou "les Autrichiens", voire "ma position personnelle austro-libéralo-elvinesque, que je n'impose pas aux autres mais qu'est-ce qu'ils ont tort de ne pas la partager". En l'occurrence, c'était Hayek.

Et vous n'avez effectivement pas à accorder à qui que ce soit, et en particulier pas à Serenis Cornelius, le droit d'émettre un avis autorisé sur Hayek, ou qui que ce soit d'autre. Il était donc parfaitement inutile, et légèrement impoli, de préciser que vous ne saviez pas si son résumé était correct (personne ne vous le demandait). Et on dit que les jeunes de maintenant manquent d'éducation...

Point final.

Une fois de plus, je n'arrive

Une fois de plus, je n'arrive pas à comprendre votre susceptibilité, que perso je considère comme tout à fait excessive, et qu'en tous cas je ne partage pas.
Si vous voulez dire qu'il est "impoli" d'exprimer une position personnelle (ou non-conventionnelle) ou de contester celle d'un autre, alors en effet je n'ai pas grand'chose à faire sur ce blog
Tant pis...

Suite et fin

Contester en donnant des arguments très bien, dire à serenis cornelius "je n'ai pas le temps de vérifier mais sachez que je n'ai pas validé que ce que vous dites est correct" d'une part n'a aucun intérêt et d'autre part est d'une rare condescendance. Et vous ne vous en rendez peut-être pas compte mais beaucoup de vos interventions sont de cette forme, comme si vous vous faisiez un devoir d'évaluer si chaque argument est conforme ou non à vos idées si particulières, ce qui d'ailleurs n'intéresse pas grand-monde.

Incroyable ce que vous êtes

Incroyable ce que vous êtes chatouilleux ! Je vous promets de faire très attention à la façon dont je m'exprime. Fin en effet (jusqu'à la prochaine fois hélas)

Bon, maintenant qu'on a fini

Bon, maintenant qu'on a fini de se chicaner sur des broutilles, si on revenait au sujet ?
Par exemple, j’aimerais bien avoir des réactions (critiques, évidemment) à mon post du 4 à 10h08.

Oui mais l'influence réelle ?

Intéressante comparaison mais moi j'ai surtout tilté parce que partageant votre analyse du film qui fait subtilement la part belle à Hayek, j'y vois une contrevérité manifeste : Hayek et l'école autrichienne ont largement occupé le terrain depuis plusieurs décénnies et c'est la crise récente qui a redonné des couleurs aux Keynesiens, non au fond parce qu'ils auraient une vraie réponse à la crise, mais parce qu'ils sont juste l'alternative connue du système.

Pour se faire une idée, le mieux est probablement de ne pas trop se casser la tête... et de lire wikipendia english :

http://en.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Hayek#Influence_and_recognition

Ou l'on voit bien le topo : le libéralisme absolu, c'est lui. Et le libéralisme absolu, c'est ce qui n'a cessé de monter depuis Reagan et Thatcher. Donc Hayek, bien sûr qu'il est jusqu'au cou dans la crise. C'est avant tout sa chose. Est ce que ça veut dire que Keynes, s'il était là, pronerait le keynesianisme qu'on connait et qui s'appliquait à une autre époque ? Probablement pas.

Tant qu'on définit l'alternative entre ces deux là, on n'est pas en prise avec le réel, à mon avis. Il faut du plus frais.

petits rectificatifs

@Grégory

"Hayek et l'école autrichienne ont largement occupé le terrain depuis plusieurs décennies"
n'importe quel économiste vous dira que l'école autrichienne est ultra-minoritaire, ce qui est exact (mais ne dit rien de la vérité ou de la fausseté de ses thèses).

"le libéralisme absolu, c'est lui"
Hayek est un peu moins libéral que Mises et la plupart des autres membres de l'école autrichienne, et nettement moins que les libertariens comme Rothbard ou Hoppe

"c'est ce qui n'a cessé de monter depuis Reagan et Thatcher"
Reagan et Thatcher ont été un bref épisode de libéralisme tout relatif, mais les gouvernements sont à peu près tous redevenus rapidement keynésiens. L'analyse autrichienne est un peu revenue en grâce chez certains économistes après l'éclatement de la bulle internet, mais ça n'a pas duré bien longtemps.

"Est ce que ça veut dire que Keynes, s'il était là, pronerait le keynesianisme qu'on connait?"
Probablement pas en effet. Il avait déjà répondu à son copain Hayek qui lui disait qu'il allait publier une critique sévère de la Théorie Générale : "ça ne fait rien, je ne crois plus à tout ça"

rectificatif du rectificatif

erratum : c'était en 1930, et il s'agissait du Treatise on Money. C'est d'ailleurs pour ça que Hayek n'a jamais écrit une critique de la Théorie Générale (dont il pensait le plus grand mal), pensant que Keynes aurait encore changé d'avis avant que cette critique soit publiée.

Des économistes ?

Au fond, Keynes et Hayek n'étaient économistes ni l'un ni l'autre. Hayek était un philosophe qui a appliqué ses thèses sur la connaissance au droit, à la politique et à l'économie. Keynes était un politique qui a cherché à étayer (tant bien que mal...) ses positions politiques par des considérations économiques.

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