Economie des canards : Picsou
Jean-Edouard — 17/06/2011 - 13:45
Une petite brève, ou billet du fainéant, essentiellement pour signaler un excellent billet de Denis Colombi sur "Picsou et la morale du capitalisme", sujet actuel s'il en est. Il s'agit d'une analyse d'un épisode où Donaldville organise sur les conseils de Donald une gigantesque pyramide de Ponzi, de nouvelles émissions de dette à des taux toujours plus élevés servant à payer la dette passée, avant un probable défaut qui conduit à une privatisation massive conduisant au meilleur des mondes possible : chacun est propriétaire du trottoir devant chez lui et l'astique avec le plus grand soin, les incitations privées rejoignent l'intérêt collectif, amen. N'hésitez pas à faire part à Denis Colombi de vos commentaires. Pour apporter ma petite pierre à ce travail nécessaire et titanesque qu'est l'analyse du monde économique de Picsou, quelques sujets récurrents dans la série qui me semblent dignes d'analyse :
- La thésaurisation : le but de Picsou semble être d'amasser toujours plus d'or dans son coffre. Il semble que cet or soit simplement thésaurisé, Picsou le retire de la circulation et ne l'investit pas. Ce n'est pas sûr néanmoins, car on peut imaginer que cet or serve de garantie ou de collatéral à des emprunts servant à financer les nombreuses opérations de Picsou. Dans le cas contraire, lorsque Picsou amasse plus de pièces et de billets il réduit fortement la masse monétaire en circulation. Deux effets possibles donc : soit les salaires et les prix des biens s'ajustent immédiatement à la baisse et on a de la déflation, soit ils ne s'ajustent pas et on a une baisse de la production et une hausse du chômage. Merci Picsou. Il faudrait donc ajuster la politique monétaire pour créer chaque année au moins autant de monnaie que Picsou n'en retire de la circulation.
- L'attitude de Piscou face à la richesse : il est très étonnant de constater qu'alors qu'il est immensément riche (en estimant le volume de son coffre et en supposant qu'il est entièrement rempli d'or on arrive apparemment à l'estimation de 27.000 milliards de dollars, Forbes estimait plus récemment cette fortune au montant plus raisonnable de 44,1 milliards, voir ici), Picsou continue de consacrer du temps et des efforts à l'arrondissement de son pécule. Autrement dit son utilité marginale de la richesse ne serait nullement décroissante. Plus étonnant encore, Picsou est capable de perdre du temps et de l'énergie à faire des économies de bouts de chandelle, alors que dans le même temps il pourrait probablement gagner beaucoup plus en achetant et vendant des actions par téléphone (activité récurrente dans la bande dessinée, et qui semble très rentable). Les canards auraient donc une aversion à la perte, ou au gaspillage en l'occurrence. Surtout les canards écossais. C'est un cas d'étude intéressant en tout cas pour la prospect theory, notamment en ce qui concerne la "fonction valeur".
- Risque et enrichissement : la chance joue un grand rôle dans l'univers de Picsou. Le canard le plus riche du monde l'est grâce à des efforts incessants et de multiples aventures risquées, mais de nombreux épisodes suggèrent que ses efforts sont voués à l'échec dès qu'on le prive de son sou fétiche (un nickel américain gagné dans son enfance en frottant les chaussures d'un voyageur dans les rues de Glasgow, si ma mémoire est bonne). Donald est couvert de dettes, peut-être parce qu'il prend un grand nombre de mauvaises décisions, mais souvent aussi il accomplit des exploits remarquables mais n'en tire aucun profit à cause de sa légendaire malchance. Inversement, son cousin Gontran passe le plus clair de son temps dans son hamac à attendre que des billets de loterie gagnants lui tombent dans le bec (littéralement). Autrement dit on décrit un monde où la chance est une condition suffisante à l'enrichissement, tandis que l'effort n'est ni suffisant (Picsou privé de son sou fétiche) ni nécessaire (Gontran). Il serait intéressant de voir si les personnes ayant beaucoup lu Picsou pendant leur enfance deviennent plus favorables à la redistribution à l'âge adulte, on a déjà vu des études empiriques plus étranges.
Ce ne sont que quelques sujets parmi bien d'autres. La plus belle analyse économique en bande dessinée reste quand même pour moi l'album Obélix & Compagnie, bien qu'il se termine pas une erreur fâcheuse. Panoramix déclare en effet que suite à la crise économique due à la surproduction de menhirs dans l'empire romain, "le sesterce y en a plus rien valoir du tout". Or c'est peu probable, puisque le sesterce était une monnaie d'argent qui n'avait de valeur qu'en tant que bout de métal. Cela me fait d'ailleurs penser que, dans l'un des rares épisodes où il s'enrichit, Donald découvre le trésor d'un général romain en Grande-Bretagne, et se révèle ainsi in fine gagner plus d'argent que Gontran, reparti après avoir trouvé par pure chance un trésor nettement moins important (ou quelque chose comme ça, mes souvenirs sont un peu vagues). Espérons qu'une revue spécialisée sur l'économie en bandes dessinées voie bientôt le jour et acquière rapidement une place au côté des top five de la science économique.
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Pour l'économie en BD
Gu Si Fang — 17/06/2011 - 15:12L'économie en BD, très bon sujet. Je n'avais pas pensé à Picsou mais il y a effectivement beaucoup de choses à dire. Obélix et Cie, je crois avoir eu un cours dessus en 1ère ou qqc comme ça.
Trois autres BD spécifiquement économiques à signaler :
- L'Economicon, de Jean-Pierre Petit, j'ai lu ça étant petit mais en le relisant c'est vraiment consternant
http://www.savoir-sans-frontieres.com/JPP/telechargeables/Francais/econo...
- Comment l'économie croît, et Le royaume de Moltz, d'Irwin Schiff que je préfère nettement bien sûr
http://economic-education.org/librairie_Moltz
http://economic-education.org/librairie_HEG
- Yoram Bauman a sorti un Cartoon introduction to economics, que je n'ai pas lu
http://www.standupeconomist.com/books/cartoon-introduction-to-economics/
A part ça, y en a-t-il d'autres ?
Je vote également pour qu'un éditeur lance une collection "L'économie en BD". L'économie se vend mal, la BD se vend très bien : ça fera une moyenne honorable. Peut-être un blog pourrait-il lancer un concours de dessin pour voir lesquels de nos PhD ont un bon coup de crayon ?
Deux de plus
elvin — 17/06/2011 - 16:39Coucou, c'est moi ! (vous voyez, je ne boude pas...)
http://www.amazon.fr/Achille-Talon-larchipel-Sanzunron-Greg/dp/2205031317
http://livre.fnac.com/a1046426/Les-Schtroumpfs-T16-Le-schtroumpf-financi...
L'attitude de Picsou face à
henriparisien — 17/06/2011 - 17:28L'attitude de Picsou face à la richesse, n'est peut-être pas spécifique.
Il y a une histoire qui court sur le fondateur d'une grande marque d'ameublement suédois : il avait pour habitude de remplacer les consommation réalisées dans les mini-bars par des produits achetés en grande surface.
Perso, et concernant leur
serenis cornelius — 17/06/2011 - 21:05Perso, et concernant leur rapport à la richesse, je préfère les Rapetous à Picsou. Désolé.
Remerciements
Moggio — 17/06/2011 - 22:33Merci d'avoir signalé ce billet dont l'objet est fascinant. Et merci pour vos éléments complémentaires.
Voilà un article aussi
JeanJo — 19/07/2011 - 16:55Voilà un article aussi amusant que passionnant. Merci !
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commentaire
Julien — 11/08/2011 - 15:20-Thesaurisation:
Tout dépend de l'auteur, en fait !
Chez le créateur, Barks, aucune notion d'économie n'existe vraiment, ce coffre rempli d'argent n'est là que pour fasciner l'enfant lecteur et servir de sujet à tout un tas de gags. On est dans le registre le plus fantaisiste et le plus imaginaire qui soit puisque Picsou y calcule généralement sa fortune en "umpticamillions".
Chez d'autres auteurs, italiens par exemple, le coffre sert souvent de réserve à liquidités, de l'argent entre et sort.
Le démiurge moderne, Don Rosa, cherche une approche "réaliste": le coffre ne renferme qu'un tas d'"argent liquide" souvenir, des trésors trouvés dans le monde ou de l'argent gagné de la main même de Picsou. Concernant sa valeur, je vous renvoie à cette fantastique histoire de Don Rosa, "the money pit":
http://disneycomics.free.fr/Ducks/Rosa/show.php?s=date&loc=KD0190
Et par ailleurs Picsou possède une "autre" fortune, en capitaux et autres investissements, qui tourne "pour de vrai" dans ses entreprises.
-Attitude de Picsou:
Là encore chez Barks, c'est essentiellement un prétexte à gags, où Picsou apparait pas si pingre, les gags étant basés sur sa façon de rogner sur des dépenses.
Et chez Don Rosa, c'est surtout un choix de vie, et une vie reliée à l'aventure et au romantisme...
Globalement ce n'est pas un comportement d'acteur économique rationnel qui pousse Picsou à se jeter sur le moindre centime, mais une passion déraisonnable qui confine à l'obsession.
-Riche et enrichissement
Le rôle de la chance me semble central et fondamental dans l'éthique de Carl Barks. Pas seulement sur le thème de l'argent. Une majorité de ses bandes dessinées joue leur dramatisation sur l'événement qui se produit exactement au moment où il doit être le moins susceptible de se produire, ruinant les efforts du personnage, selon un phénomène de justice (ou d'injustice) immanente à l'univers.
Pour ma part je suis favorable à la redistribution, mais ayant toujours considéré les BD picsou comme "américaines" dans l'esprit, je préférerais y voir une redistribution... de chance. Ce n'est pas sa chance qui rend le personnage de Gontran aussi haïssable: c'est son insupportable arrogance qui le pousse, sauf rarissime exception, à en garder égoïstement le produit pour lui. Et c'est aussi pour ça (étant le canard le plus impopulaire au monde) que certains auteurs offrent à leurs lecteurs la Schadenfreude de le voir se prendre une gamelle de temps en temps.
vraiment tres intéressant
jeux rami — 16/10/2011 - 10:11vraiment tres intéressant comme post et moi aussi je prefere les rapetout a picsou