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Accueil › Blog › Le blog de Jean-Edouard

Encadrer les prix de l’immobilier, que dit vraiment la théorie ? (1/2)

Jean-Edouard — 12/06/2012 - 22:38


Une petite annonce liminaire : Elinor Ostrom est décédée aujourd’hui mardi 12 juin à l’âge de 78 ans. Il n’y a à nouveau plus de nobelle d’économie, tout est à refaire (note : ce blog n’a pas nécessairement vocation à servir de rubrique nécrologique pour les prix Nobel, rassurez-vous). Les paris sont ouverts pour la prochaine lauréate, vraisemblablement à choisir dans cette liste.

Tant que j'y suis en annonces liminaires, j'ai mis à jour la section « A propos » (trois ans qu'Emmeline devait obtenir son M2 « prochainement »), et constaté qu'il y avait du boulot pour le nettoyage et la mise à jour des autres pages. Et il faut bien se rendre à l’évidence, la barrière « provisoire » ne l’est plus tant que ça.

L’immobilier est un marché très intéressant pour appliquer un peu de microéconomie de base, et même de la microéconomie plus avancée - c’est d’ailleurs un de mes exemples favoris quand j’enseigne (avec les APL comme bel exemple d’une subvention au côté demande captée par les offreurs quand l’offre est rigide).

Lorsque j’étais en licence, c’est-à-dire il y a quelque temps maintenant, l’un de mes professeurs avait utilisé cette belle et élégante image : « si un ministre appelle n’importe quel économiste à 3h du matin, même complètement bourré il devrait répondre « laissez les prix ajuster l’offre et la demande » ». Ce qui ne mène pas nécessairement à ne pas intervenir du tout, mais à l’idée qu’il vaut mieux utiliser des taxes et des subventions et laisser les prix s’ajuster plutôt que d’imposer des plafonds ou des planchers aux prix.

Mais les habitués du blog auront reconnu dans cette position une croyance de macroéconomiste : si c’est un microéconomiste que le ministre a au bout du fil, il s’entendra en fait répondre que, comme d’habitude en micro, eh bien ça dépend des cas, donc ptêt ben qu’encadrer les prix peut être bénéfique, mais ptêt ben que non.

Là en principe je devrais sortir un feutre et faire de jolis graphiques au tableau tout en étant filmé par une webcam, et je mettrais le tout sur youtube. Heureusement le site Economists do it with models est là pour ça, et a justement fait une vidéo sur le sujet. Ouf.

Je vais donc m’autoriser à prendre un exemple beaucoup plus simple qui ne nécessitera pas de graphe, ce qui sera moins fatigant. Imaginez un marché immobilier avec côté offre P propriétaires, tous prêts à louer un appartement si on leur donne un loyer d’au moins l0 par mois. On peut imaginer que si le loyer est inférieur à l0 un propriétaire préfère encore garder l’appartement libre au cas où ses enfants voudraient s’y installer, ou bien y entreposer sa garde-robe ou y installer une bibliothèque. Côté demande, imaginons NH locataires potentiels prêts à verser au maximum un loyer élevé de lH, et NL locataires prêts à verser un loyer plus faible égal à lL. Supposons néanmoins que lL est plus élevé que l0, et enfin appelons le premier type de locataires les « riches », et le second type de locataires les « pauvres ».

I. Le cas parfaitement concurrentiel

Mettons d’abord toutes les chances du côté du marché en regardant le cas concurrentiel, c’est-à-dire cherchons un loyer de marché l* tel que offreurs comme demandeurs ne vendent ou achètent que si ils en ont envie étant donné ce loyer, et tel que néanmoins l’offre est égale à la demande. Il y a plusieurs sous-cas :

La ville en déclin démographique (insérez le nom de votre ville en déclin favorite) : prenons le cas où P est supérieur à NH+NL. Dans ce cas le loyer de marché l* est égal à l0 : en effet à ce prix tous les locataires sont prêts à louer un appartement, les propriétaires sont indifférents entre mettre en location ou non et donc si il y a juste autant d’appartements mis en location que de locataires on a bien un équilibre.

Dans ce cas, mettre un plafond sur les loyers est inutile ou néfaste : si le plafond est supérieur à l0 alors il ne jouera pas, le loyer de marché étant en-dessous du plafond, et s’il est inférieur à l0 alors aucun propriétaire ne voudra mettre d’appartement en location, ce qui n’est pas l’objectif visé.

La ville trop hype dont la jeunesse dorée koweïtienne est trop in love parce que c’est so romantic (insérez ici le nom de la capitale française dont le nom commence par P qui vous semble le mieux correspondre à la description) : imaginons que dans ce cas P soit inférieur à NH, il y a plus de locataires prêts à payer une somme élevée qu’il n’y a de propriétaires. Le loyer de marché est alors l* = lH : à ce prix tous les propriétaires mettent en location, les locataires prêts à payer beaucoup sont indifférents entre louer ou non et on a un équilibre si exactement P parmi ces locataires indifférents choisissent d’emménager.

Là encore, un plafond supérieur au prix de marché est inutile, et un plafond inférieur à l0 néfaste pour tout le monde. Mais il y a maintenant d’autres cas intéressants : si le plafond est entre lL et lH tous les appartements seront loués aux « riches », mais ils paieront un loyer plus faible, car plafonné. On a alors un pur transfert des propriétaires vers les locataires riches. Si le plafond est entre l0 et lL, le loyer d’équilibre sera là encore le plafond, et les appartements seront loués à la fois à des « riches » et à des « pauvres ». On a donc à la fois un transfert et un changement dans l’allocation des appartements.

Notons au passage que dans la présentation microéconomique de base, il est inefficace dans ce cas que les « pauvres » soient logés à la place des « riches ». Le raisonnement est le suivant : comme P est inférieur à NH, chaque « pauvre » logé en plus est un « riche » de logé en moins. Mettons que le loyer soit un certain l < lL, et considérons un « pauvre » logé. Un « riche » devrait venir le voir, lui offrir lL-l plus un euro s’il libère l’appartement. Si le « pauvre » accepte, il obtient lL-l plus un euro, tandis que s’il refuse il obtient lL mais doit payer le loyer l , donc il accepte. Quant au « riche », lorsque son offre est acceptée il obtient lH mais doit verser lL-l plus un euro au pauvre, et payer l de loyer, c’est-à-dire qu’il obtient au final lH-lL moins un euro, ce qui est positif. Les deux parties ayant intérêt à ce que la situation soit modifiée, celle-ci était inefficace (au sens de Pareto). Néanmoins dans la réalité ce type de raisonnement tient surtout si l’on considère qu’on peut caser tous les « riches » dans les appartements disponibles, puis les taxer d’une certaine somme qui permette de compenser les « pauvres ». C’était sans doute très bien dans les années 1930 (encore que), mais alors que taxer les riches devient de plus en plus difficile, ce type d’argument devient nettement moins convaincant.

On voit donc que même dans le cas concurrentiel il peut éventuellement y avoir un argument pour le plafond (ce qui ne veut pas dire que ce soit le meilleur outil à utiliser !), avec peut-être un arbitrage à effectuer entre équité et efficacité, ou simplement entre les intérêts de groupes différents.

La deuxième partie du billet étudiera le cas « moins concurrentiel », et surtout se demandera si, à supposer que l’encadrement des loyers puisse être bénéfique, il n’y a pas de meilleures solutions à adopter.

  • Economie et débat politique
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(désolé de commenter sans

Jeremy_G — 13/06/2012 - 11:16

(désolé de commenter sans même attendre la seconde partie du billet...)

Juste une remarque sur le cas concurrentiel, où P

"Si le plafond est entre l0 et lL, le loyer d’équilibre sera là encore le plafond, et les appartements seront loués à la fois à des « riches » et à des « pauvres »."

Dans ce modèle simple, on peut facilement introduire l'hypothèse supplémentaire qu'un propriétaire n'est pas indifférent entre un locataire "pauvre" et un "riche" : s'il a le choix, il préférera louer à un "riche" (présentant de meilleures garanties).
Avec cette hypothèse supplémentaire, aucun "pauvre" ne sera servi, tout le parc est saturé par des riches.

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Bonne remarque

Jean-Edouard — 13/06/2012 - 11:34

Clairement dans ce cas supposer que l'allocation est aléatoire n'a rien d'évident (dans un modèle offre/demande standard ce n'est d'ailleurs pas ce qu'on fait en général, ainsi typiquement quand il y a un plafond sur les prix on suppose que ce sont les demandeurs avec les plus fortes valuations pour le bien qui achètent), il faut préciser davantage ce qu'on entend par "riches" et "pauvres" et comment le marché fonctionne dans le détail. L'idée est juste de montrer que c'est une possibilité.

Je laisse à Emmeline le soin de répondre plus en détail ce soir, elle avait plein de choses à dire sur cette hypothèse et même une nouvelle courbe de Laffer à introduire.

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C'est vrai que c'est un sujet

serenis cornelius — 13/06/2012 - 11:23

C'est vrai que c'est un sujet pédagogiquement fort riche à tous points de vue.
Je regrette pour la vidéo : j'eusse fort apprécié que vous en mitassiez une, et m'est avis que je ne suis pas le seul.

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raisonnement global et a priori de Rothbard

gidmoz — 20/06/2012 - 00:38

Je ne vois pas l’intérêt d'un tel raisonnement analytique. Un plafonnement des loyers interdit certains échanges. Or tout échange crée deux richesses. L'une pour le vendeur, l'autre pour l’acheteur. Une loi de plafonnement des loyers détruit ces occasions de création de richesses dans le pays. Une loi de plafonnement des loyers appauvrit donc le pays. Du moins, si on considère que la richesse du pays serait la somme des patrimoines de ses habitants.

En parlant d'équité, vous posez le vrai débat. Existerait-il un norme de Justice qui serait cohérente et qui permettrait à l'Etat de plafonner les loyers? Toute norme de Justice inclue nécessairement le droit de propriété. C'est à dire le droit du propriétaire de disposer librement de son bien. Une contrainte de l'Etat viole nécessairement ce droit de propriété du propriétaire. Il ne peut donc pas exister d'équité dans un plafonnement des loyers.

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A priori ou raisonnement ?

Jean-Edouard — 20/06/2012 - 08:46

"Un plafonnement des loyers interdit certains échanges."

Le but de ces deux billets est de montrer que cette prémisse est fausse dans un certain nombre de cas, notamment lorsque l'offre est inélastique (première partie du billet), ou lorsque des imperfections de marché donnent du pouvoir de marché au côté offre (deuxième partie du billet). Par ailleurs même dans le cas où le plafonnement interdit certains échanges, il en permet d'autres à la place, donc il faut une règle pour savoir quels échanges on préfère.

Pour la suite si vous considérez la "richesse" d'un pays comme la somme des patrimoines de ses habitants, ce qui est assez absurde, un échange ne crée aucune richesse puisque la somme des patrimoines du vendeur et de l'acheteur reste constante. Un échange ne crée pas de la richesse mais de l'utilité, le bien va de celui qui en veut le moins à celui qui en veut le plus (enfin, dans un monde idéal sans asymétries d'informations).

C'est pourquoi ce billet était intitulé "ce que dit vraiment la théorie", et pourquoi de mon point de vue sur certains sujets au moins il vaut mieux réfléchir deux minutes comme un microéconomiste que passer sa vie à lire Rothbard.

Pour l'équité vous dites "Toute norme de Justice inclue nécessairement le droit de propriété.", je ne vois pas pourquoi, et d'ailleurs je ne pense pas que des "normes de justice" existent. J'essaie d'avoir une approche positive des phénomènes sociaux et d'évaluer l'impact de telle ou telle mesure sur différents individus ou différents groupes d'individus, le reste c'est de l'idéologie sous des oripeaux philosophiques.

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l'interdiction légale d'un certain bail interdit ce bail.

gidmoz — 20/06/2012 - 14:09

@Jean-Edouard
Une loi interdit de louer tel logement à plus de 1000 euros. Un locataire "riche" aurait accepté de payer 1500 euros. A cause de cette loi, ce bail n'a pas eu lieu. Le propriétaire aurait été satisfait. le locataire aurait préféré ce bien pour des raisons qui le regardent. Ce bail, cet échange, entre ce locataire et ce propriétaire n'a donc pas eu lieu à cause de la loi.

Vous soutenez qu'il existerait des contextes économiques où la loi n'interdirait pas un tel échange. Votre affirmation ne tient pas. Quelque soit le contexte économique, ce bail à 1500 euros sera interdit. Vous ne pouvez pas valablement affirmer qu'un tel échange, un tel bail n'aurait pas été interdit. Et cette interdiction légale ne dépend pas du contexte économique.

Et pourtant ce bail aurait enrichit le propriétaire. C'est une évidence arithmétique. Et ce même bail aurait aussi donné une utilité au locataire. Je maintiens qu'il est nécessaire de dire que cette utilité ainsi créée est une richesse nouvelle pour le locataire. C'est un point de désaccord majeur entre nous. La valeur est un acte de la pensée, un acte de préférence. Cette utilité ainsi créée est une création de valeur pour le locataire. Le locataire s'est donc enrichit. Nous ne sommes pas d'accord sur ce point. Pourtant, on pourrait le prouver par une expérience intellectuelle simple.

Vous me répondez sur le Droit. Dans une affaire judiciaire, le droit de propriété des justiciables est souvent en cause. Le droit de propriété est donc inclut dans le Droit. Sinon, aucun juge ne pourrait juger équitablement. Tout jugement judiciaire serait arbitraire. Il dépendrait de l'humeur du juge. Une question centrale de la science économique est de savoir dans quelle mesure l’État peut disposer des biens des habitants.

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Merci de lire ce que je raconte...

Jean-Edouard — 20/06/2012 - 14:23

et de ne pas me prendre pour un imbécile.

"Une loi interdit de louer tel logement à plus de 1000 euros. Un locataire "riche" aurait accepté de payer 1500 euros. A cause de cette loi, ce bail n'a pas eu lieu."

Non, pas du tout. Peut-être que le bail a lieu quand même, mais à 1000 euros au lieu de 1500. Peut-être que du coup ce n'est pas nécessairement le locataire "riche" qui obtient le bail, mais le "pauvre". Je ne dis pas que c'est nécessairement une bonne chose, en fait plutôt le contraire, mais il y a des gagnants et des perdants, donc a priori rien ne dit que ce soit une mauvaise chose.

"La valeur est un acte de la pensée, un acte de préférence. Cette utilité ainsi créée est une création de valeur pour le locataire. Le locataire s'est donc enrichit. Nous ne sommes pas d'accord sur ce point. Pourtant, on pourrait le prouver par une expérience intellectuelle simple. "

Beaucoup de blabla pour dire que là où vous avez écrit "richesse" et "patrimoine" vous vouliez dire utilité / bonheur / satisfaction. A part que vous n'utilisez pas un vocabulaire précis nous sommes d'accord pour dire qu'un échange volontaire est nécessairement mutuellement avantageux, merci là encore de ne pas me prendre pour un imbécile.

"Vous me répondez sur le Droit. Dans une affaire judiciaire, le droit de propriété des justiciables est souvent en cause. Le droit de propriété est donc inclut dans le Droit. Sinon, aucun juge ne pourrait juger équitablement. Tout jugement judiciaire serait arbitraire. Il dépendrait de l'humeur du juge. Une question centrale de la science économique est de savoir dans quelle mesure l’État peut disposer des biens des habitants."

Je ne vois même pas le début d'un raisonnement dans cette tautologie. On pourrait tout aussi bien dire "Dans les affaires de meurtre, le droit de l'accusé de tuer son voisin est souvent mis en cause. Le droit de tuer son voisin est donc inclus dans le Droit. Sinon, aucun juge ne pourrait juger équitablement." Pour votre petit sophisme vous confondez simplement "droit de propriété" au sens de "ensemble des règles qui définissent l'étendue du la propriété" et au sens de "droit de posséder quelque chose sans que l'Etat ne me le prenne".

En fait je n'arrive pas à penser que vous avez écrit ceci de bonne foi. Si c'est pour raconter des conneries je vous suggère comme aux autres Autrichiens en mousse qui je ne sais pas pourquoi viennent voir ce blog de rester sur le vôtre et de ne pas venir ici, j'ai autre chose à faire de mes journées que de vous servir de psychanalyste.

"Une question centrale de la science économique est de savoir dans quelle mesure l’État peut disposer des biens des habitants." Non, ça c'est la question qui vous obsède, elle n'a pas grand chose à voir avec la science économique.

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locataire ou propriétaire

Visiteur discret mais bienvenu — 23/07/2012 - 10:28

Il est étonnant au final de constater qu'une loi qui a pour but de redonner du pouvoir aux locataires n'est construite que pour enlever de la liberté aux propriétaires.

Le mot est grand et même disproportionné par rapport à la réalité. Un peu comme les prix de l'essence, anticiper de plafonner les loyers une fois qu'ils ont monté et que le marché de l'immobilier est en train de s'équilibrer perd de son sens.

En attendant, les propriétaires ne sont pas aimés, et ceux qui réfléchissaient à le devenir vont encore réfléchir.

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Vous me dites "Non, pas du

gidmoz — 20/06/2012 - 14:45

Vous me dites "Non, pas du tout. Peut-être que le bail a lieu quand même, mais à 1000 euros au lieu de 1500". Mais non! ce n'est pas le même bail. Si une loi vous force à vendre 1000 au lieu de 1500, ce n'est pas la même vente, même si vous vendez la même marchandise. Il s'ensuit que la loi a bien interdit le bail à 1500, contrairement à ce que vous soutenez.

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Non

Jean-Edouard — 20/06/2012 - 14:48

Ok ma langue a fourché. Evidemment ce n'est pas le même bail. Ce que je veux dire c'est que le même bien est échangé, à un prix différent. L'Etat interdit un certain prix, du coup c'est un autre qui se réalisé. Scandale.

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le vocabulaire est souvent l'origine caché d'un débat

gidmoz — 20/06/2012 - 15:42

@Jean-Edouard
Vous dites "nous sommes d'accord pour dire qu'un échange volontaire est nécessairement mutuellement avantageux". Oui, nous sommes d'accord. Dans mes propos, j'aime inclure le rappel de qq évidences afin qu'un lecteur non économiste puisse suivre. Ne le prenez pas mal.

Une loi interdisant ce loyer de 1500 interdit donc au propriétaire de toucher 1500 mensuels pour la location de son bien. Cette loi détruit donc de la valeur, du patrimoine pour ce propriétaire là. Pour un économiste de l'école autrichienne d'économie, toute intervention de l'Etat ne peut que détruire, sans jamais produire de richesse nette. Cet exemple le montre. L'économiste autrichien Von Mises nommait "destructionnisme" les interventions de l'Etat.

Vous évoquiez l'efficacité au sens de Pareto. C'est une référence à l'optimum de Pareto. Une loi interdisant le loyer de 1500 réduit le bien-être du propriétaire. Elle est donc contraire à l'optimum de Pareto.

Vous dites que ce logement pourra profiter à un "pauvre". Mais je conteste qu'il soit légitime de comparer l'utilité du riche et l'utilité du pauvre. Une comparaison interpersonnelle est, a priori, erronée. Là encore, ce sera surement un autre point de désaccord avec vous.

Vous me contestiez le terme de "somme des patrimoines des habitants". Certes, cette agrégation est critiquable. Mais, le but de l'Etat doit être, a priori, suffisamment bien définie pour savoir si l'action de l'Etat est bonne ou mauvaise. Dire qu'une action de l'Etat est bonne lorsqu'elle augmente la richesse totale des habitants eut été un critère raisonnable. On pourrait aussi proposer que l'Etat aille vers un optimum de Pareto, donc sans nuire à quiconque. Comment formuleriez-vous un critère de bonne action de l'Etat?

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Commentaires

Jean-Edouard — 20/06/2012 - 16:09

Paragraphe 1 : ok.

Paragraphe 2 : tout ce que cet exemple montre c'est que l'Etat "détruit de la valeur" pour le propriétaire et peut en même temps créer une valeur équivalente pour le locataire. Ce que le propriétaire perd dans cet exemple, le locataire le gagne. En fait on peut même penser que l'utilité marginale de l'argent est plus élevée pour le locataire que pour le propriétaire si ce dernier est en moyenne plus riche, si bien que si vous voulez parler de valeur "subjective" il est assez probable que l'Etat "crée" plus de valeur qu'il n'en détruit. Je me refuse à mener ce genre de raisonnement, cf sur le paragraphe 4, mais si vous voulez être entièrement cohérent avec vous-même il faudrait aller dans cette direction.

Paragraphe 3 : oui c'est une référence à Pareto. Sauf que presque tout est un optimum de Pareto. Tout ce qu'on sait c'est qu'une situation qui n'est pas un optimum de Pareto est mauvaise, puisqu'on pourrait améliorer la situation pour tout le monde. En revanche rien ne dit que s'éloigner d'un optimum de Pareto soit mauvais. Dans l'exemple dont nous parlons on passe d'un optimum de Pareto favorable aux propriétaires à un optimum de Pareto favorable aux locataires, Pareto est muet sur lequel est le meilleur.

Paragraphe 4 : mais je conteste également qu'il est légitime de comparer les utilités des deux individus (et d'ailleurs la totalité de l'économie "mainstream" est derrière moi, contrairement à ce que vous semblez penser). Mais comme cette comparaison est illégitime, je me refuse justement à dire qu'il vaut mieux que le logement soit attribué au riche plutôt qu'au pauvre, de même que je ne dis pas non plus qu'il vaut mieux que le logement soit attribué au pauvre plutôt qu'au riche. Relisez ce que j'ai écrit.

Paragraphe 5 : dire que l'Etat doit maximiser la somme des patrimoines de ses habitants est en complète contradiction avec votre refus de faire des comparaisons interpersonnelles et votre insistance sur le critère de Pareto. Ce n'est pas l'objet de l'économie de savoir quel doit être le but de l'Etat, c'est celui de la philosophie politique. Mon point est de dire qu'imposer un plafond sur les loyers ne conduit pas nécessairement à une situation Pareto dominée, mais à une redistribution des ressources de certains groupes vers d'autres. Dans ce cas il n'y a pas d'argument économique a priori pour rejeter une telle mesure. Il est tout à fait légitime d'être contre cette mesure en raison de ses préférences personnelles (si l'on est propriétaire par exemple) ou de ses conceptions politiques. C'est le rôle du vote d'arriver à une décision collective sur la question, pas celui de l'économiste. Les raisons purement économiques de rejeter le contrôle des loyers ne sont en revanche pas claires dans certaines configurations (pour l'instant il n'y a pas non plus de raisons économiques de l'adopter, j'en donne dans la deuxième partie du billet).

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destruction totale de la valeur au dessus du plafond

gidmoz — 21/06/2012 - 01:24

@Jean-Edouard
Lorsque la loi interdit au propriétaire de louer son bien 1500 euros, cette loi détruit de la valeur pour ce propriétaire. Nous sommes d'accord sur ce point. Vous poursuivez en proposant que cette loi "peut en même temps créer une valeur équivalente pour le locataire". Je réfute ce point dans tous les cas.

Explorons le cas hypothétique d'un locataire occupant pour 1000 euros mensuel un logement qui en vaudrait 1500. Qui profite de cette aubaine? C'est celui qui court le plus vite vers l'aubaine qui en profite. Ou bien c'est celui qui se trouve, par hasard, à coté de la fenêtre qui distribue les avantages. En d'autres termes, il existe des milliers de conditions spécifiques de chaque transaction qui interdisent de déterminer, a priori, l'efficacité d'un plafonnement des loyers.

Les bénéficiaires de logements à loyer plafonné auront donc obtenu ce logement, soit par hasard, soit parce qu'ils ont trouvé une ruse pour être en situation de l'obtenir. Cette mise en oeuvre de la ruse n'est pas gratuite. Elle aura couté au bénéficiaire. Et nombreux sont ceux qui auront dépensé vainement des efforts pour obtenir un tel loyer plafonné. Il s'en suivra une déperdition d'énergie des candidats-locataires. C'est le pseudo-investissement de Buchanan. L'économiste sait que la valeur de cette dépense d'énergie tendra vers le montant du profit à obtenir. La destruction de valeur sera donc égale, en tendance, au montant du plafonnement des loyers.

Il est, a priori, impossible de dire quel sera le niveau de revenu de celui qui profitera de l'aubaine d'un loyer plafonné. Il existe une incertitude sur la fortune des loueurs. Dans quelle mesure seraient-ils plus fortunés que les locataires? De plus, le loueur a loyer plafonné inventera des procédés pour tenter de mieux valoriser son bien déprécié. Ou bien il vendra son bien, lequel sortira du marché des biens à louer.

Si le but de l’État est de répartir les richesses entre riches et pauvres, le procédé de plafonnement des loyers est inepte. L’État serait moins incohérent en taxant le loueur à 100% au delà du plafond. L’État pourraient alors mieux choisir à qui verser ces sommes. Néanmoins cette fiscalité stupide serait moins inepte que le plafonnement des loyers.

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Lisez le billet...

Jean-Edouard — 21/06/2012 - 11:18

ça m'évitera d'avoir à le répéter entièrement pour vous, avec le temps que vous me pompez j'aurais pu écrire un autre billet, ce qui aurait probablement plus intéressé les autres lecteurs du blog que de me voir constamment répondre à un excité de service en mode "write only". C'est un comportement qui m'agace passablement, c'est mon dernier avertissement avant que je ne publie tout simplement plus vos commentaires (je paie l'hébergement pour être maître chez moi, c'est aussi ça le marché et le droit de propriété).

Je ne dis certainement pas que le plafonnement des loyers est une bonne chose en soi. Si vous aviez vraiment lu le billet vous vous en seriez rendu compte, surtout si vous aviez lu la deuxième partie. Tout ce que je dis c'est que dans certains cas il n'y a pas de perte agrégée mais simplement un transfert, ou une perte peut-être plus faible qu'on ne le croit. Il y a donc le classique arbitrage entre équité et efficacité. Ensuite qu'il y ait de meilleurs outils comme la fiscalité je suis bien d'accord, et je le dis explicitement dans les deux billets. Cependant il faut toujours prendre en compte la faisabilité politique d'une mesure. S'il devient de plus en plus dur de redistribuer les richesses via la fiscalité, il peut devenir nécessaire de recourir à des mesures moins efficaces a priori.

Ceci dit je vous remercie d'apporter des arguments, mais j'ai peur qu'ils soient beaucoup moins évidents que vous ne faites mine de le croire.

Lorsque il y a un plafond sur les prix et qu'il agit, il y a rationnement de la demande. Nous sommes d'accord. Du coup il faut se demander comment exactement la quantité vendue est allouée. je ne dis pas autre chose. Dans votre deuxième paragraphe vous suggérez que le rationnement est aléatoire. Dans ce cas certains locataires "riches" profitent de l'aubaine, certains "pauvres" en profitent aussi, et d'une façon générale il y a redistribution des propriétaires vers les locataires. Encore une fois je ne dis pas que c'est une bonne chose, je constate que c'est le cas et que pour le moment il n'y a pas d'argument économique pour s'opposer à ce choix redistributif (il n'y en a pas pour non plus d'ailleurs).

Dans votre troisième paragraphe vous faites l'hypothèse différente et intéressante que les locataires se battent pour avoir les logements. Je note d'abord que dans mon exemple c'est déjà le cas même sans plafonnement : il y a plus de ménages "riches" que d'appartements disponibles, ils ont la même disposition à payer et doivent faire "des efforts" pour arriver les premiers (c'est d'ailleurs ce qu'on observe sur les marchés en tension, même quand il n'y a pas de plafonnement).

Ensuite vous dites "L'économiste sait que la valeur de cette dépense d'énergie tendra vers le montant du profit à obtenir". Je ne sais pas où vous avez lu ça, mais l'économiste sait exactement le contraire. Si au lieu de suivre seulement les intuitions qui vont dans le sens de ses préjugés on réfléchit au problème, on voit que la situation que vous décrivez correspond à une "all pay auction" (tous les locataires investissent de l'effort pour obtenir les appartements, et seuls ceux qui font le plus d'effort l'obtiennent). Dans ce type de situation il est exact que les individus vont faire des efforts en soi inutiles pour arriver avant les autres, mais ceux-ci sont toujours inférieurs à ce qu'ils sont disposés à payer (sauf lorsque le ratio locataires / logements tend vers plus l'infini, pour être parfaitement précis). La "destruction de valeur" n'est donc certainement pas totale.

Vous ajoutez qu' "il est, a priori, impossible de dire quel sera le niveau de revenu de celui qui profitera de l'aubaine d'un loyer plafonné". Il faudrait savoir. Soit l'allocation est aléatoire comme dans votre premier paragraphe et alors c'est vrai mais ce n'est pas grave puisqu'il n'y a pas de perte agrégée. Soit l'allocation se fait en fonction de l'effort comme au deuxième paragraphe, et on sait en fait que les personnes avec la plus forte disposition à payer feront aussi le plus d'effort (à condition que l'effort ait le même coût pour tout le monde). En fait si il faut réaliser un effort pour obtenir un appartement c'est un excellent moyen de révéler l'information privée des locataires, similaire à une enchère. Je reconnais que dans ce cas-là a priori ce ne sont pas les ménages avec une faible disposition à payer qui récupèrent les appartements, mais on a redistribution des propriétaires vers les locataires avec une forte propension à payer.

Les loueurs sont-ils plus fortunés que les locataires ? C'est incertain pour vous mais je pense qu'il n'est pas très difficile de s'en convaincre en allant chercher quelques chiffres, c'est de la mauvaise foi caractérisée. Quant au fait que le loueur pourrait vendre son bien, certes mais soit il le vendra à un autre loueur et donc on s'en fiche, soit il le vendra à quelqu'un qui l'habitera et on s'en fiche aussi. Il serait plus pertinent de remarquer que si le plafond est trop bas les propriétaires pourraient préférer garder leurs appartements vides, il suffit de lire le billet pour voir que j'ai évoqué cette possibilité. Je ne comprends pas trop la phrase "le loueur a loyer plafonné inventera des procédés pour tenter de mieux valoriser son bien déprécié", s'il s'agit de moyens légaux visant par exemple à réduire les frais d'agence et d'intermédiation ou les charges, c'est formidable, vive le plafonnement dans ce cas. D'ailleurs on se demande pourquoi le propriétaire ne mettait pas en oeuvre ces moyens avant. Si vous avez raison j'en déduis que les propriétaires sont irrationnels et gèrent mal leur propriété tant qu'ils ont l'impression d'en retirer suffisamment, dans ce cas on peut facilement justifier un ISF important pour forcer les propriétaires à rentabiliser leur patrimoine plutôt qu'à rester assis dessus. Je ne suis pas sûr que ce soit la conclusion à laquelle vous voulez aboutir.

Pour votre dernier paragraphe une fois de plus je suis d'accord qu'à supposer qu'on veuille se servir du plafonnement des loyers pour redistribuer (ce que je n'ai pas nécessairement envie de faire moi-même, je suis économiste et pas dictateur), il y a a priori de meilleurs outils (encore une fois quiconque aurait lu le billet aurait été au clair sur ma position). Mais lorsque ces outils, notamment fiscaux, sont de plus en plus compliqués à mettre en oeuvre, paradoxalement des outils moins efficaces deviennent peut-être davantage justifiés. Ce qu'il faut regretter c'est la situation qui fait que les outils efficaces soient indisponibles, et travailler à résoudre ce problème, mais en attendant on peut trouver justifié de recourir aux outils encore disponibles.

Si vous voulez continuer à commenter ici je vous suggère de faire comme moi et d'adopter la démarche hypothético-déductive qui est celle de l'économiste et plus généralement du discours scientifique : je pars d'hypothèses, j'arrive à des conclusions (par exemple supposons que les logements soient alloués à ceux qui font le plus d'effort pour les obtenir, que se passe-t-il). Je ne tolèrerai plus en revanche le discours idéologique : je pars des conclusions que je veux obtenir, je trouve des arguments, pouvant si possible passer pour "de bon sens", pour les justifier (par exemple je veux montrer que l'Etat c'est mal, j'avance à tort comme une évidence que le plafonnement implique que tout le surplus des locataires est dilapidé en efforts pour obtenir les logements).

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pseudo-investissements des loueurs et des locataires

gidmoz — 21/06/2012 - 14:32

@Jean-Edouard
vous me citez en disant "Ensuite vous dites "L'économiste sait que la valeur de cette dépense d'énergie tendra vers le montant du profit à obtenir". Je ne sais pas où vous avez lu ça, mais l'économiste sait exactement le contraire".

Je vais le dire sous une forme équivalente et que vous connaissez surement. "toute source de profit aura tendance à être exploitée tant que l'investissement est rentable". On investira jusqu’à 80 pour gagner 100. Si le profit était certain, l'investissement irait même jusqu'à investir 99 pour gagner 100. C'est une loi de l'économie. Voire même une tautologie.

Les locataires pseudo-investissent pour obtenir les biens représentant une aubaine. Et les propriétaires pseudo-investissent, eux aussi, pour trouver des moyens de gagner en sécurité ou en avantage, ce que la loi leur interdit de percevoir en loyer. Le montant de ces pseudo-investissements tendra vers le montant total du profit espéré. En principe sans l'atteindre. Ce profit espéré est la perte subie par les loueurs, c'est à dire la différence entre 1500 en vrai prix et 1000 en prix plafonnés, soit 500.

Il suffit d'appliquer ici cette loi de l'économie sur la tendance à l'égalité entre les investissement et les profits au cas des loyers plafonnés. Vous comprendrez alors pourquoi j'avais écris "L'économiste sait que la valeur de cette dépense d'énergie tendra vers le montant du profit à obtenir". Le pseudo-investissement tend à être égal au profit espéré. Ce pseudo-investissement est une destruction de valeur, une vraie valeur qui aurait pu être produite pour le pays.

Nous étions d'accord sur le fait que la perte pour les propriétaires-loueurs était ce montant de 1500-1000=500. C'est ce montant là qui est le profit espéré par les locataires qui pseudo-investissent. Vous soutenez que ce pseudo-investissement serait toujours inférieur à ce profit espéré. C'est vrai dans le principe. La perte n'est donc pas totale. Nous sommes d'accord sur ce point. Mais la perte tend vers une destruction totale. C'est une loi essentielle de la théorie des choix publics. Et de toute intervention étatique.

A mon avis, vous avez vu l'argument essentiel de mon analyse. Il est fondé sur le pseudo-investissement de chacun pour gagner plus d'argent dans cette affaire. Le Nobel d'économie Buchanan a inventé ce concept essentiel de pseudo-investissement. Le pseudo investissement consiste à investir pour gagner plus, mais sans créer de vraies richesses nouvelles.

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Une loi de l'économie, une tautologie, ou une erreur ?

Jean-Edouard — 21/06/2012 - 15:00

Le problème c'est que si on suit votre raisonnement on est dans une situation d'asymétrie d'information et pas seulement d'incertitude, les locataires ont de l'information privée sur le montant qu'ils sont prêts à payer. Encore une fois la situation est similaire à une enchère où tout le monde paie, et les enchérisseurs ont une rente informationnelle (ie la somme des investissements de tout le monde est inférieure au gain total qu'ils peuvent espérer). Buchanan ne pouvait pas prendre ça en compte car l'économie de l'information n'avait pas encore été développée. Ce dernier développement a d'ailleurs rendu caduc à peu près tout ce qu'a pu raconter l'école de Chicago grande époque "le marché c'est super et l'Etat c'est mal", mais comme d'habitude quand on est dominé dans le champ scientifique on peut compenser en créant des think tanks.

Par ailleurs je trouve votre sens logique toujours assez étonnant. Vous dites "La perte n'est donc pas totale. Nous sommes d'accord sur ce point. Mais la perte tend vers une destruction totale. C'est une loi essentielle de la théorie des choix publics." Quelle est la différence entre une destruction totale et une destruction qui tend vers une destruction totale ? Et quel est l'argument avancé, à part qu'étant arrivé à une conclusion contraire à "une loi essentielle de la théorie des choix publics" vous la rejetez ? Et vous êtes vous demandé quel était le crédit accordé par les économistes contemporains à ce type de "loi essentielle des choix publics" ?

J'ai en effet vu l'argument essentiel de votre analyse. On opère un transfert des propriétaires vers les locataires, mais peut-être qu'une partie du surplus est perdue à cause de l'effet pseudo investissement. Ok, c'est un paramètre intéressant à prendre en compte, parmi des milliers d'autres. Jusque là je suis d'accord. Ce n'est pas très original d'ailleurs, plus généralement toute opération de redistribution a tendance à réduire le surplus total, ça s'appelle l'arbitrage équité/efficacité, ça s'apprend en L1 d'économie et je ne dis pas autre chose dans le billet. Je note d'ailleurs juste pour vous embêter que le marché donne lieu à plein de pseudo investissements aussi dès qu'il n'est pas parfait.

Rien ne vous permet en revanche de dire comme vous l'affirmez que cette perte est totale, donc il y a bien un arbitrage à faire. Vous le dites d'ailleurs vous-même dans les passages où vous faites un effort pour faire de l'économie au lieu de faire de l'idéologie. Encore une fois ça ne sert à rien de faire de l'idéologie ici, sinon allez plutôt sur les blogs du Cato Institute avec votre cher Buchanan.

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un synthèse de l'analyse du plafonnement des loyers

gidmoz — 22/06/2012 - 00:35

@Jean-Edouard
Des dizaines de vos remarques mériteraient que j'y réponde. Pour éviter une explosion exponentielle du débat, je circonscris mon propos à l'analyse du plafonnement des loyers.

Ma thèse est que toute intervention étatique a tendance à détruire la totalité de ce qu'elle prétend redistribuer. L’État détruit une partie du transfert des richesses à transférer. Cette idée est ancienne et bien banale. On parle de 20%, parfois de 40%, selon les pays. Mais la tendance essentielle est la destruction totale des richesses transférées. Cela est une idée neuve en théorie des choix publics.

**************

Pour éviter l'explosion exponentielle du débat le mieux est encore que je vous coupe ici. Vous n'avancez aucun argument à l'appui de votre "idée neuve", présentez comme une évidence une "tendance essentielle" simplement délirante, et vous contentez de répéter exactement ce que vous avez déjà dit plus haut, et à quoi j'ai déjà répondu. Peut-être qu'à force de répéter les mêmes idées fausses on finit par convaincre son interlocuteur, mais ça ne m'intéresse pas et ce n'est l'objet de ce blog. Ne dites pas que je ne vous avais pas prévenu.
Jean-Edouard

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le plafonnement des loyers échoue à diminuer la pauvreté

gidmoz — 23/06/2012 - 17:56

***

Vous vous enfoncez dans votre délire. J'ai hésité à publier votre message, qui avait le bon goût de vous décrédibiliser encore plus que les précédents, mais j'ai peur que cela ne fasse que vous encourager. N'insistez pas.
Jean-Edouard

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Utilité vs. préférences

Gu Si Fang — 24/06/2012 - 16:43

Pas tout lu mais je pense que le cœur du désaccord réside dans l'utilité et la méthode de l'économie du bien-être. Sur ce sujet, un article de Rothbard résume sa position :
http://mises.org/rothbard/toward.pdf

En revanche, je ne sais pas ce qu'il a écrit - ni s'il a écrit - sur l'asymétrie d'information. Il faut cependant avoir à l'esprit que le choix du contrefactuel est déterminant sur ce sujet. Si le modèle de marché à l'aune duquel on juge le marché réel est l'E.G. alors toute différence d'information est une imperfection, source de rente et d'inefficacité. Si le modèle contrefactuel est celui d'acteurs ignorants qui ne disposent d'aucune information au départ, alors les asymétries d'information ne sont pas une pathologie du marché. L'information n'est pas donnée au départ, et celui qui la possède ou la produit en retire un profit. Ce sont deux vocabulaires pour décrire la même chose. Jusque là, ça n'a pas trop de conséquences hormis qu'il est difficile de se comprendre.

Là où ça se corse, c'est lorsqu'on commence à parler de causalité, par exemple : telle politique ou tel changement de préférences aura tel(s) effet(s). Les liens de causalité ne sont pas entièrement donnés par la nature : ils dépendent aussi du contrefactuel que l'on choisit. "SI la situation habituelle est celle-ci ALORS tel changement aura tels effets CETERIS PARIBUS". Selon le modèle choisi, le ceteris paribus varie, et la conclusion avec. Pensez au modèle d'affirmation économique : SI l'on instaure un plafond sur les prix ALORS l'état du marché sera différent de CE QU'IL AURAIT été sinon. Mais justement : qu'aurait-il été sinon ? Quel est le point de référence qui sert à évaluer les effets de la mesure étudiée ?

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@Gu Si Fang

Jean-Edouard — 24/06/2012 - 22:39

Si vous avez suffisamment de temps à perdre pour tout lire vous verrez que le coeur du désaccord est beaucoup plus simple : Monsieur Gidmoz n'aime pas ma conclusion, conclusion hyper extrémiste qui est qu'un plafond sur les prix peut, dans certaines circonstances, être favorable aux demandeurs et défavorable aux offreurs. Lui veut absolument que toute intervention de l'Etat ne fasse que détruire tout pour tout le monde tout le temps, et essaie avec un acharnement ridicule à trouver argument idiot sur stupidité pour essayer enfin d'arriver à la conclusion qu'il souhaite depuis le début, et ce sans aucun respect pour une position différente, les arguments opposés, ni même la simple politesse qui devrait le conduire à ne pas me courir sur les haricots aussi longtemps.

Pour le lien de Rothbard je n'ai pas tout lu mais je suis quand même surpris. Depuis 1950 au moins l'économie du bien-être reposait fondamentalement sur le concept de préférences révélées, qui ne m'a pas l'air très différent dans l'esprit des "préférences démontrées" de Rothbard, si ce n'est que le concept date de 1938 et n'a donc pas attendu cet article de 1956. D'où ma suspicion que comme d'habitude la position autrichienne se résume à attaquer un homme de paille qu'est la théorie économique mainstream telle qu'elle est mal comprise par les Autrichiens.

Il n'y a pas d'asymétrie d'information dans cette partie du billet de toute façon. Sur le fait qu'il est difficile de se comprendre à cause de l'utilisation de deux vocabulaires différents, vous m'excuserez de vous faire remarquer que quand une communauté scientifique entière utilise au niveau mondial un même langage unifié depuis 50 ans, c'est peut-être à la poignée d'Autrichiens encore en vie de s'adapter au langage dominant plutôt qu'à tout le reste de la profession de parler autrichien. Enfin, à supposer que les Autrichiens cherchent vraiment à faire progresser la connaissance et pas seulement à perpétuer la tradition des discussions autour d'une bonne pipe et d'un bon feu telles qu'on les avait au mont Pélerin.

Pour votre dernier paragraphe, si vous aviez lu le billet vous vous seriez rendu compte que justement je considère tout un tas d'hypothèses sur ce que serait le marché sans plafond et ce qu'il devient avec plafond, donc plusieurs hypothèses différentes sur le point de référence. Bien sûr que les résultats varient, ce pourquoi le deuxième billet conclut sur la nécessité d'un travail empirique détaillé. Il est clair que selon les villes et selon les périodes un plafond sur les prix peut avoir des effets très différents, aussi bien en termes de redistribution que d'efficacité. Ca ne me semble ni très renversant ni très irraisonnable comme conclusion. A l'inverse la théorie de Gidmoz selon lequel l'intervention étatique détruira en toutes circonstances tout le surplus ne fait pas dans la nuance, Gidmoz n'a que faire d'un point de comparaison pour son analyse ni d'aucune donnée empirique, puisqu'il sait que l'Etat c'est le mal absolu, toujours, et pour tout le monde.

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@ JE Je cherche mais n'ai pas

Gu Si Fang — 25/06/2012 - 08:37

@ JE

Je cherche mais n'ai pas encore trouvé un exemple réel où un plafond existe, non au niveau d'un pays, mais dans une grande institution, pour les raisons décrites dans l'article (1/1). Dans ce cas on disposerait d'un critère pour juger si le plafond est efficace. S'il s'agit d'une entreprise, le calcul économique et le profit permet de répondre. Sinon, l'institution en question est-elle pérenne ? ou bien est-elle menacée par des concurrentes avec des règles plus efficaces ? En principe, on devrait pouvoir en trouver.

Mais lorsque le plafond est appliqué d'autorité par un législateur, comment savoir si la mesure est efficace ex post ? Un calcul théorique basé sur des préférences hypothétiques ? C'est à la racine de ce problème que s'adresse Rothbard dans l'article que j'ai cité : il définit les préférences de telle manière que, pour connaître les préférences d'un individu, il faut le voir agir. C'est ce qu'il appelle "préférences démontrées" pour se distinguer des "préférences révélées" de type Samuelson. Autrement dit, dans le premier cas les préférences correspondent à des actions réelles, à des choix concrets ; dans le second, à une fonction d'utilité ou à des préférences théoriques supposées.

Un premier exemple de plancher sur les prix me vient à l'esprit : les coupe-circuits sur les marchés boursiers (baisse > 20% par ex.). Je ne sais pas si ça correspond à votre exemple, mais ça illustre ce que je veux dire. Il s'agit d'une grande institution qui fonctionne avec des règles internes. Sa rationalité ou son efficacité économique peut s'apprécier en la comparant à des marchés concurrents.

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Un petite note positive.

Pascal — 25/06/2012 - 09:54

J ai qd meme appris des choses en lisant vos reponses au commentateur autrichien ci dessus. Peut etre moins que si vous aviez ecrit autre billet, mais pas rien non plus. Tout ceci m evoque "How to be good - Ethic a short introduction", petit livre de Simon Blackburn ds la collection d Oxford, "A short introduction to", qui se propose d aider l homme de la rue a refuter 10 attaques courantes de l utilite / le bien etre / la moralite / etc d (essayer d) etre bon, et le besoin que je ressend d un manuel similaire sur les idees courantes les plus nefastes en economie, dont ces billets ou ceux d econoclaste pourraient constituer un premice en francais.
Encore merci.

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@Gu Si Fang, @Pascal

Jean-Edouard — 25/06/2012 - 13:40

@Gu Si Fang :

Sur votre premier paragraphe je ne comprends pas du tout ce que vous appelez un plafond dans une grande institution. Des quasi-prix administrés au sein d'une entreprise il y en a des tonnes, pour répartir les coûts entre différentes branches de l'entreprise, ou permettre aux chefs de projet de prendre en compte le coût du capital. Mais honnêtement je ne vois pas très bien le rapport avec le schmilblick.

Pour le deuxième paragraphe c'est vraiment de la découpe de cheveux en 4. Quand on met un plafond soit le prix reste le même soit il baisse. S'il baisse il n'y a pas besoin de faire des hypothèses incroyablement sophistiquées sur les préférences des individus pour conclure que les acheteurs qui achètent encore sont plus contents, les acheteurs qui ne trouvent plus de bien à vendre moins contents, et les vendeurs moins contents.

Pour Rothbard je ne vais pas lire l'article parce qu'honnêtement je n'ai pas le temps de lire tout ce qui sort sur la crise bancaire, alors ce n'est pas pour perdre une demi-heure avec préférences révélées vs. démontrées, sujet dont tout le monde se fiche. Surtout que ça n'a vraiment pas grand rapport avec le schmilblick. En tout cas si ce que vous dites correspond à ce que raconte Rothbard, je confirme qu'il n'a rien compris à Samuelson (qui n'écrivait de toute façon pas vraiment dans le but d'être compris, il faut le reconnaître). Dans les préférences révélées il faut bien voir la personne agir pour connaître ses préférences, il y a même plein de gens qui se sont livré à ce type d'exercice depuis les années 30 et s'y livrent encore. Autrement dit le but des préférences révélées est justement de fournir un moyen pour estimer empiriquement les préférences des individus. Donc je suis désolé mais je ne vois vraiment pas la différence. Le seul contenu "théorique" dans les préférences révélées c'est que l'hypothèse de rationalité impose un tout petit peu de structure sur les choix observés. Au passage ça fournit potentiellement un test de la théorie, et si on refuse les hypothèses de rationalité ça pose des problèmes autrement plus sérieux que ceux que les premières pages de Rothbard semblent envisager.

@Pascal :

Si des Autrichiens, ou (bien pire) des tenants de l'école du Public Choice version 0.0, permettent indirectement aux lecteurs d'apprendre quelque chose, c'est vraiment un beau cas de main invisible du marché des blogs.

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Sorry pour la réponse

Gu Si Fang — 27/06/2012 - 09:06

Sorry pour la réponse tardive.

Je parlais des prix réglementés à l'intérieur d'une entreprise comme vous le dites, mais aussi dans un syndicat (fourchette de salaires), une association professionnelle (prix conseillé), un label, un marché organisé (coupe-circuit). Dans ces différents cas, le pudding a sa preuve puisqu'on peut comparer les bénéfices de l'entreprise à ses concurrentes, on peut choisir d'adhérer ou non à un syndicat, etc.

Cela permet de comparer les avantages et inconvénients du contrôle des prix en les internalisant dans une organisation ou un ensemble de règles. On peut alors comparer d'une organisation à une autre, évaluer un jeu de règles, puisque les acteurs peuvent choisir d'adhérer... ou non. De plus, en cas de problème ou de changement des conditions économiques, les acteurs ont un feedback négatif et donc une incitation à corriger leurs erreurs.

Lorsque le plafond est imposé par le législateur, on perd à la fois les incitations (feedback) et la faculté d'observer le comportement des acteurs (préférences).

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@Gu Si Fang

Jean-Edouard — 27/06/2012 - 16:30

Je vois l'idée, mais il n'y a pas grand chose à faire. Pour pousser l'argument jusqu'au bout, on pourrait dire que si tout le monde adopte un comportement optimal, on ne se rendra pas compte qu'il est optimal parce qu'on aurait besoin aussi de voir des gens se planter et s'en sortir moins bien. C'est triste mais c'est comme ça, et je ne pense pas que cela recoupe un débat marché/régulation. Le législateur pourrait très bien expérimenter pendant une période transitoire par exemple, inversement il se peut que tous les acteurs d'un même marché adoptent un comportement moutonnier et fassent tous la même bêtise, il sera alors difficile de voir empiriquement si c'est une bêtise ou non.

Par ailleurs si vous avez deux "institutions" avec des "règles" différentes en concurrence et que les "acteurs" adhèrent à la première, ça ne veut pas dire que la deuxième est moins efficace. Un exemple simple et moins abstrait : supposons qu'une grand marque d'ordinateurs vende plusieurs modèles différents, adaptés à des besoins différents. Les clients vont aller dans leur magasin d'informatique favori et demander conseil à un vendeur. Imaginons deux revendeurs A et B, A sera un magasin avec des vendeurs, B vendra le bien directement sur internet. Si A était en monopole, supposons qu'il investirait dans la formation des vendeurs afin de bien conseiller les clients, de leur donner un ordinateur qui correspond bien à leurs besoins et de pouvoir ainsi leur vendre plus cher. Supposons même que son comportement soit carrément socialement optimal. Introduisons maintenant le magasin B, qui n'a pas de vendeurs. B peut afficher qu'il vend tous les modèles d'ordinateur 5% moins cher que A (il peut se le permettre car A subit des coûts liés à la formation et à la rémunération des vendeurs, que B n'a pas), si bien que les clients peuvent maintenant obtenir conseil chez A, puis acheter chez B. A Londres j'ai d'ailleurs vu un site de vente en ligne faire sa pub exactement sur ce thème. Résultat des courses : tous les acteurs désertent A, qui avait pourtant une politique socialement optimale et vont vers B. A l'équilibre B réagit par une guerre des prix, ne forme plus ses vendeurs et ne fournit plus aucun conseil (toute ressemblance avec l'évolution de la FNAC serait purement fortuite), et la situation est in fine pire qu'avant. En suivant votre critère on aurait pourtant l'impression qu'elle est préférable.

Notons d'ailleurs que ce type de problème est une des raisons pour lesquelles le vendeur du produit (ie le fabricant d'ordinateurs dans ce cas) veut une forme de contrôle des prix, appelée en anglais resale price maintenance, c'est-à-dire qu'il interdit à B de vendre l'ordinateur en-dessous d'un certain prix, pour permettre à A de bien conseiller. C'est une pratique parfois permise, mais qui nécessite aussi l'encadrement de l'Etat, parce que c'est aussi un moyen de faire de la collusion entre les différents fabricants d'ordinateurs.

On s'éloigne un peu du sujet. Bref, un équilibre peut être sous-optimal (en fait de manière générale un équilibre n'est presque jamais optimal), donc observer le choix des acteurs entre des mécanismes à prix rigides ou flexibles ne nous renseigne de toute façon pas tellement sur lequel est préférable.

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