Encadrer les prix de l’immobilier, que dit vraiment la théorie ? (2/2)
Jean-Edouard — 16/06/2012 - 12:35
II. Le cas moins concurrentiel
Passons au deuxième cas. Pour fêter l’acceptation d’un de mes articles par la Review of Financial Studies (disponible ici pour les plus courageux), je vais utiliser le cadre théorique développé avec mon co-auteur pour étudier les marchés financiers à ordre limite et l’adapter au marché de l’immobilier, parce qu’au fond ça s’y prête très bien. Ce sera sans doute un peu technique pour les lecteurs sans formation en microéconomie, mais la dernière partie du billet revient à la (quasi) normale.
Le marché de l’immobilier n’est pas un marché concurrentiel parfait, c’est notamment un marché dit de search, dans la langue de Peter Diamond : le locataire doit visiter chaque appartement, voir s’il correspond à ses préférences personnelles, négocier un peu le prix etc. Ce type de problèmes peut facilement être source de pouvoir de marché, et justifier différentes régulations (il y a évidemment tout un tas de problèmes liés à différentes asymétries d’information et au pullulement d’escrocs sur ce marché, mais comme c’est vraiment trop facile de justifier la régulation avec des asymétries d’information j’ignorerai ces problèmes).
Imaginons que le premier jour d’un mois donné un propriétaire tiré au hasard met une annonce pour son appartement dans une agence immobilière, et demande un loyer l1. Le deuxième jour, un locataire est tiré au hasard, et est donc soit « riche » soit « pauvre », et voit l’annonce. Il peut soit faire affaire avec le propriétaire précédent, soit dire à l’agence qu’il trouve le prix trop élevé mais serait prêt à payer jusqu’à un certain l2. S’il ne fait pas affaire avec le propriétaire de la période 1, on suppose que celui-ci a toujours l’option de passer par une autre agence immobilière qui lui trouve tout de suite un locataire(1), mais pour un loyer très bas égal à linf < l1. A la période 3 survient un nouveau propriétaire. Si à la période 2 le locataire a refusé l’offre du propriétaire 1, l’agence dit au propriétaire 3 que quelqu’un est prêt à accepter un loyer de l2. Le propriétaire peut faire affaire directement, ou trouver que ce loyer est trop faible et proposer à son tour un certain l3 au locataire qui arrivera le jour suivant. Si l’offre du locataire 2 n’est pas acceptée par le propriétaire de la période 3, il se tourne lui aussi vers une autre agence immobilière qui lui trouve immédiatement un appartement, mais très cher, avec un loyer de lmax. Et le jeu se répète ainsi de période en période. Enfin supposons que tous les agents soient impatients, c’est-à-dire qu’un gain v réalisé aujourd’hui leur rapporte v, contre d v s’il est réalisé le jour suivant, avec d < 1.
On pourrait considérer que le marché modélisé ici est un marché de particulier à particulier, peut-être par le biais d’une plateforme en ligne, et que les participants qui ne trouvent pas leur bonheur sur cette plateforme peuvent passer par une agence immobilière qui leur trouvera quelque chose mais prélèvera des frais importants.
Considérons d’abord le choix d’un propriétaire. Il peut laisser une offre avec un loyer suffisamment faible pour être accepté aussi bien par des locataires « riches » que pauvres, ou bien augmenter le loyer de sorte que seuls les « riches » accepteront cette offre. Dans le second cas le propriétaire gagne plus lorsque l’offre est acceptée, mais il est aussi moins probable qu’elle le soit. Le choix entre les deux solutions dépend de deux choses : les probabilités que le prochain locataire soit « riche » ou « pauvre » (respectivement NH / (NH+NL) et NL / (NH+NL) ), et le loyer maximal que l’on peut demander à chaque type de locataire.
De plus, le loyer maximal que l’on peut demander à un locataire dépend de son « option de sortie », c’est-à-dire de ce qu’il obtient s’il refuse l’offre. Il peut alors soit aller voir l’autre agence immobilière et obtenir un appartement immédiatement avec un loyer de lmax, ou bien laisser une offre pour le propriétaire suivant, l’inconvénient étant qu’il doit attendre davantage avant d’emménager.
Le modèle peut paraître a priori assez compliqué à résoudre. Pas tant que ça en fait si on se sert du concept d’équilibre Markov parfait (concept introduit par Eric Maskin et Jean Tirole), qui implique ici que si deux locataires ou deux propriétaires sont dans la même situation mais à des périodes différentes ils doivent agir de la même façon. Tous les propriétaires à l’équilibre vont donc faire la même offre, les locataires « pauvres » vont toujours l’accepter ou toujours la refuser, idem pour les locataires « riches », et si un type de locataires refusent ils choisiront tous la même contre-offre à faire au propriétaire suivant. Ceci donne lieu à plusieurs types d’équilibres.
Un équilibre où tous les appartements sont loués : on peut imaginer un premier type d’équilibre où tous les propriétaires font une offre acceptable même par les locataires « pauvres », si bien que tous les locataires acceptent tout le temps. Dans ce cas à l’équilibre tous les propriétaires trouvent preneur pour leur appartement après une période, et il y a une transaction une période sur deux. Pour que cette situation soit possible, il faut qu’aucun propriétaire n’ait intérêt à demander un loyer plus élevé que seuls les « riches » seraient prêts à payer. Intuitivement, il faut notamment qu’il y ait relativement peu de locataires « riches », pour que viser seulement ces derniers ne soit pas profitable. Le graphique suivant montre comment le jeu passe d’une période à l’autre, les nombres figurant sur les flèches sont les probabilités de transition.

Un équilibre où certains appartements ne sont pas loués : on peut imaginer d’autres types d’équilibre, et notamment celui-ci. Imaginons que les propriétaires demandent un loyer élevé, qui n’est accepté que par les ménages « riches ». Si les ménages « riches » refusent une offre, ils ne peuvent pas faire mieux qu’aller voir l’autre agence et obtenir un loyer de lmax. Le loyer à l’équilibre est donc égal à lmax. Enfin, les ménages « pauvres » refusent l’offre, mais font une contre-offre au propriétaire suivant, qui dans ce type d'équilibre accepte. Dans ce cas il arrive qu’un propriétaire passe une annonce, tombe sur un locataire « pauvre » qui refuse, et se retrouve donc sans locataire pour cette période. L’allocation des appartements est donc plus lente que dans le cas précédent, et moins efficace. En fait, on peut même calculer explicitement le pourcentage de périodes au cours desquelles il y a une transaction, et il est précisément égal à (1/2)*(1-NH / (NH+NL)*NL / (NH+NL)), il est donc d’autant plus faible que le nombre de locataires « pauvres » est proche du nombre de locataires « riches » (mais toujours compris entre 3/8 et 1/2).

Selon les paramètres du modèle, c’est le premier ou le second type d’équilibre qui est obtenu, ou d’autres encore que je ne détaille pas. Si le deuxième type d’équilibre est obtenu, l’intervention publique peut se justifier : on est dans un cas où des échanges mutuellement avantageux n’ont pas lieu à cause du comportement stratégique des propriétaires, qui essaient d’exploiter leur pouvoir de marché temporaire pour extraire davantage de surplus des locataires.
Ce type de comportement pourrait justement être évité en imposant un plafond sur le loyer demandé : si les propriétaires ne peuvent plus demander un loyer très élevé qui extrait tout le surplus des locataires « riches », il deviendra plus intéressant de proposer un loyer plus faible, également acceptable par les locataires pauvres. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’en imposant un tel plafond le loyer d’équilibre va changer, mais ne sera pas égal au plafond. En d’autres termes on ne se rendra pas compte à l’observation que le plafond a un effet.
Plus généralement si le marché immobilier présente ce type de caractéristiques (pouvoir de marché temporaire, nécessité de chercher…), de nombreuses choses peuvent arriver qui seraient impossibles dans le cadre concurrentiel standard. Ainsi lorsque les coûts de transaction sont plus élevés, par exemple l’agence immobilière augmente sa commission, il est possible que cela incite également les propriétaires à un comportement plus concurrentiel. En d’autres termes des coûts de transaction élevés peuvent être bénéfiques au marché.
III. Quelles solutions ?
Qu’un encadrement des prix puisse parfois avoir des effets positifs n’a rien de surprenant. Dès lors que le marché présente des imperfections, le prix de marché ne conduit pas à une allocation efficace, et l’augmenter ou le réduire peut être désirable.
Mais il faut se poser d’abord deux questions : est-il clair que la puissance publique soit toujours capable d’identifier dans quel sens le marché est « incorrect » et de se rapprocher du « bon » prix, et d’autre part l’instrument choisi (ici un encadrement des loyers) est-il le meilleur possible ?
Pour le première problème tout dépend de qui se voit confier la responsabilité de décider un éventuel encadrement, avec quelle extension géographique, pour quelle durée et sur quels critères. Par ailleurs la première partie a montré qu’un encadrement des loyers pouvait aussi avoir pour conséquence une simple redistribution de richesses entre propriétaires et locataires. Il faudrait donc éviter que, sous couvert de répondre à une inefficacité du marché, ce type de décisions soit prise pour redistribuer les richesses entre différents groupes d’intérêt. Bref, il faut comme d’habitude estimer d’un côté l’importance des échecs de marché (ou market failures), et de l’autre côté des « échecs de gouvernement » (ou government failures), ce qui est une question empirique.
Pour le second problème on peut assez facilement se convaincre que l’encadrement des prix n’est pas la meilleure solution. D’abord parce que cette solution a des effets négatifs : il est possible que le plafond soit fixé trop bas et aboutisse en fait à trop réduire l’offre (par exemple si le plafond est fixé en-dessous de l0 et que les propriétaires ne veulent plus mettre leurs appartements sur le marché. Même dans le cas où le plafond ne serait pas fixé trop bas, on perd un avantage important du prix élevé, qui est qu’il incite à construire là où c’est possible, ou à réallouer les appartements plus efficacement (des couples avec plusieurs enfants devraient par exemple réintégrer un appartement plus petit lorsque ceux-ci quittent le foyer, et sont plus incités à le faire lorsque les loyers sont élevés). Bien sûr cet effet est plus faible là où la construction est difficile ou impossible. Dans ce dernier cas la taxe sur les logements vacants peut être un moyen d'augmenter l'offre en diminuant le l0 de la première partie du billet, il faudrait aussi se demander pourquoi certains propriétaires préfèrent laisser ces logements vides, sachant qu'a priori ils y perdent un loyer.
Ensuite si le problème est lié à une défaillance de marché, il serait sans doute plus efficace de s’attaquer à cette défaillance elle-même, c’est-à-dire faire en sorte que le marché fonctionne de manière plus concurrentielle, que l’offre soit plus importante, les coûts de transaction et les asymétries d’information plus faibles etc. Il y a probablement fort à faire de ce point de vue dans le secteur de l’immobilier, assez réputé pour son pourcentage élevé de magouilles, fraudes et arnaques en tous genres. Comme par ailleurs il y a a priori suffisamment de place en France pour caser 65 millions d’habitants et quelque, là où les prix à la location sont très élevés il faudrait se demander pourquoi tant de gens veulent habiter là plutôt qu’ailleurs, ce qui mène à des questions d’urbanisme et d’aménagement de territoire, pour ne pas dire d’économie géographique.
Bien sûr l’existence de meilleures solutions n’est pas une raison suffisante pour rejeter la solution proposée, pour peu par exemple que les solutions alternatives soient longues à implémenter, entrent en conflit avec d’autres priorités, ou tout simplement soient politiquement trop difficiles à mettre en œuvre.
Bref, comme annoncé en introduction, finalement on ne sait pas vraiment, mais au moins on peut facilement avoir une idée des enjeux et du type de situations dans lesquelles un encadrement des loyers pourrait avoir du sens. De mon point de vue cela requerrait une grande expertise de la part des organismes chargés de prendre une telle décision. Des recherches empiriques et appliquées sur le marché de l’immobilier en France existent, donc si on veut vraiment prendre une décision informée sur ce type de problème c’est certainement possible, pour peu qu’on s’en donne les moyens, que le système soit bien pensé, et que les décisions ne soient pas prises dans l’urgence, sous la pression et/ou au petit bonheur. Mais dans le dernier cas cela permettra au moins aux économètres de se servir de l’expérience pour informer davantage les décideurs publics à l’avenir.
(1) Cette seconde agence immobilière joue un rôle important dans le modèle. Pour la suite une hypothèse importante est qu'un échange via cette seconde agence est moins efficace qu'un échange via la première. On pourrait par exemple imaginer que cette seconde agence a un nombre de clients beaucoup plus importants, mais qu'elle sait beaucoup moins bien mettre en relation les bons propriétaires avec les bons locataires. Autrement dit un propriétaire trouvera très vite un locataire mais pas spécialement attiré par cet appartement en particulier, donc prêt à payer seulement un loyer faible, tandis qu'un locataire trouvera très vite un appartement, mais pas spécialement adapté, ce qui réduit son utilité s'il choisit cet appartement et est équivalent dans le modèle à devoir payer un loyer plus élevé.
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Modèle de search intéressant mais peu pertinent ?
Gu Si Fang — 17/06/2012 - 19:03Dans le dernier exemple, l'imperfection du marché vient du fait qu'il y a des riches et des pauvres, et qu'on ne peut pas les reconnaître au premier coup d'oeil. La stratégie des propriétaires qui baissent progressivement le loyer offert permet de le découvrir, mais elle a un coût. Je ne vois pas en quoi ce type de modèle reflète les problèmes (nombreux) de notre marché immobilier.
Interprétation
Jean-Edouard — 18/06/2012 - 10:40Non, l'imperfection vient du fait que (i) les locataires sont hétérogènes dans leurs dispositions à payer, je les appelle riches et pauvres simplement par commodité, (ii) tous les locataires et tous les propriétaires potentiels ne sont pas présents sur le marché en même temps. Je montre que ces deux petites hypothèses, qui me semblent assez difficilement contestables, suffisent à éloigner beaucoup la situation du benchmark concurrentiel, même s'il y a potentiellement beaucoup d'acteurs des deux côtés du marché. En conséquence tout un tas de mesures peu justifiées dans le cas concurrentiel de base peuvent ici améliorer la situation, par exemple un encadrement des prix. Le rôle du modèle n'est certainement pas de refléter tous les problèmes de "notre" marché immobilier, simplement de regarder les conséquences d'un problème particulier.
Quand même, des locataires
Gu Si Fang — 20/06/2012 - 08:58Quand même, des locataires hétérogènes avec une caractéristique cachée, ce n'est pas très éloigné de ce que je disais : des riches, des pauvres, et on ne peut pas les reconnaître.
Je pense que tout le monde est d'accord sur le constat : découvrir la propension à payer des locataires n'est pas possible à coût nul. Si "cas concurrentiel" = E.G. en concurrence pure et parfaite, ça n'existe pas. C'est l'opposition classique entre la définition de la concurrence comme état et comme processus.
Une autre façon de poser la question est donc : comment découvrir la propension à payer des locataires, les inciter à la révéler ?
Vous pourriez nous présenter les différentes méthodes disponibles dont peuvent user les propriétaires pour résoudre ce problème, même imparfaitement. Au lieu de cela, le modèle fait l'hypothèse préalable que les propriétaires ne peuvent pas résoudre le problème, et on conclut qu'un encadrement des loyers pourrait améliorer je-ne-sais-quoi. On retombe sur la question du départ : comment le législateur connaît-il la propension à payer des locataires ? Et bien sûr : l'hypothèse concernant les propriétaires est-elle plausible ?
Un tel sujet serait l'occasion de faire de la pédagogie sur un sujet relativement consensuel en économie : la réglementation du foncier, des baux et des loyers, et la fiscalité causent des déséquilibres persistants dans le marché du logement. La mesure proposée par la gouvernement pourrait également servir de cas d'école en théorie des choix publics, sur un sujet politiquement saillant, avec une mesure qui satisfait certains électeurs pour des raisons financières ou idéologiques, mais suffisamment compliquée techniquement pour que les victimes ne crient pas trop fort.
Je vais être clair
Jean-Edouard — 20/06/2012 - 09:10Merci de ne pas m'expliquer sur quoi je devrais écrire des billets pour vous plaire, ce qui n'est pas l'objectif de ce blog.
Il faudra un jour comprendre que l'économie n'a pas pour but premier d'aider un seul côté du marché à prendre des décisions, qu'il s'agisse des entreprises sur les marchés des biens et de l'emploi, ou des propriétaires sur le marché du logement.
Par ailleurs dans le modèle figurez-vous que les propriétaires résolvent en partie ce problème (ça s'appelle du screening) et qu'il est assez difficile de faire mieux. D'ailleurs j'ai du mal à voir ce que les propriétaires font dans la réalité de plus que de mettre des offres et d'attendre de voir si quelqu'un les accepte, donc je ne comprends rien à votre "critique", si ce n'est que ma conclusion ne vous plaît pas parce que vous auriez préféré que j'insiste sur les points allant dans le sens de vos préjugés.
Faites comme Elvin : ouvrez votre propre blog et restez-y au lieu d'expliquer aux autres ce qu'ils devraient écrire.
* J'ajoute que le législateur dans le modèle a exactement la même information imparfaite que les propriétaires. J'en déduis que vous n'avez absolument rien compris au modèle. C'est tout à fait normal, j'avais prévenu que ça ne s'adressait pas forcément au grand public, mais alors qu'un commentateur ouvert venant pour apporter des éléments mais aussi en recevoir aurait d'abord posé des questions pour être sûr de comprendre mon raisonnement, vous avez comme toujours préféré vous appuyer sur vos a priori sur la science économique et sur vos préférences idéologiques. Je vous rappelle pour la prochaine fois que je ne me sens nullement tenu de publier des commentaires de cet ordre.
le législateur dans le modèle a exactement la même information
Gu Si Fang — 20/06/2012 - 12:37***************************
C'est officiel, vous n'avez rien compris au billet, et vous n'avez pas non plus compris que je n'étais là ni pour vous servir de tribune et que je n'avais pas le temps de vous servir de dame de compagnie. Merci d'aller voir ailleurs.
Réponse
Voisin de bureau — 20/06/2012 - 14:45Cher Gu Si Fang,
"Une autre façon de poser la question est donc : comment découvrir la propension à payer des locataires, les inciter à la révéler ?
Vous pourriez nous présenter les différentes méthodes disponibles dont peuvent user les propriétaires pour résoudre ce problème".
Vous posez là une excellente question, et je ne peux que vous encourager à lire l'excellent ouvrage "the theory of incentives" (2002) de Laffont et Martimort. Avec Maskin (1999), vous aurez là la parfaite boîte à outils du propriétaire d'appartement cherchant à connaître la richesse de ses clients potentiels.
Vous me ferez à juste titre remarquer que le propriétaire ayant aussi de l'information sur la qualité de son bien, le problème est un peu plus compliqué... heureusement, le chapitre 9 de Laffont Martimort, ou Meyrson (1983) et Maskin Tirole (1992), qui traitent du cas du principal informé, donneront des recettes certainement assez directement applicables à ce cas concret.
Merci pour les références
Gu Si Fang — 20/06/2012 - 16:21J'ai déjà le Salanié, ça le fait ?
Le Salanié donne une première
Voisin de bureau — 20/06/2012 - 17:06Le Salanié donne une première approche, mais assez limitée. Le Laffont Martimort est bien davantage la référence.
Et puis vous ne trouverez rien dans le Salanié sur le principal informé, ce qui limite fortement l'analyse et le champ d'application.
riches et pauvres, propriétaires et locataires, tous victimes
gidmoz — 23/06/2012 - 23:11*************************
Un ton agressif à mon encontre, aucun élément de fond, un argument d'autorité (enfin si l'on peut dire, s'appuyant sur Rothbard...), vraiment tout ce que j'aime.
Je vous propose de continuer à envoyer vos logorrhées ici. Je ne les publierai pas mais je les archiverai précieusement afin de pouvoir un jour en tirer une étude sur les trolls dans votre genre, prêts à perdre des heures pour étaler leur haine aveugle de toute intervention étatique en pensant que cela intéresse quelqu'un, et que si des gens comme moi perdent du temps et de l'argent à entretenir un blog c'est juste pour vous permettre de faire votre pathétique propagande.
N'hésitez pas non plus à m'en dire plus sur vous. Est-ce qu'un agent du fisc a volé votre hochet quand vous étiez petit ? Un économiste vous a piqué votre premier amour ? Vous avez été éconduit par une économiste keynésienne (il y a longtemps donc) ? Ca vous fera certainement du bien d'en parler.
Jean-Edouard
Mon bon souvenir
elvin — 20/06/2012 - 11:21C'est qu'il est toujours aussi chatouilleux, le bougre...
Et pour les prix de ventes?
KosMo — 21/06/2012 - 10:44Passionnant article, bravo.
Une reflexion : toute votre analyse semble pouvoir s'appliquer aussi au marché de la vente.
Voire peut-être s'appliquer encore mieux car compte tenu des enjeux financier plus importants, les imperfections de marché me semble amplifiées (notamment l'incitation du propriétaire à laisser le logement vacant dans l'attente d'un acqueur plus solvable).
Je me pose donc la question de savoir si finalement il ne serait pas plus efficace de plafonner les prix de ventes, en visant une répercusion peut-être meilleure sur les prix de location.
Et je serais ravi d'avoir votre avis là-dessus.
@Kosmo - réponse tardive
Jean-Edouard — 23/06/2012 - 23:24Désolé d'avoir oublié de vous répondre. C'est une des raisons pour lesquelles les commentaires comme certains de ceux que j'ai eus sur le billet précédent m'énerve, je perds tellement de temps à y répondre que j'en oublie ceux qui laissent des commentaires à bon escient.
A priori dès lors qu'un marché n'est pas parfait le prix d'équilibre est trop haut ou trop bas (que ce soit en raison d'une friction donnant du pouvoir de marché comme ici, ou en raison d'externalités ou d'autres encore). Si le décideur public est à même de connaître le "bon" prix ou au moins de savoir si le prix est trop haut ou trop bas et à peu près de combien, des restrictions sur les prix peuvent être justifiées. C'est l'un des arguments théoriques pour un salaire minimum d'ailleurs : il est possible que dans certaines zones géographiques ou dans certaines professions de gros employeurs aient un pouvoir de marché important et qu'imposer un salaire minimum augmente l'emploi au lieu de le réduire. Dans cet exemple on voit bien le problème, qui est le même dans le cas de l'immobilier : tout dépend de l'information et des objectifs du régulateur, et surtout a priori un prix plafond ou plancher efficace dans une zone géographique ou à une période donnée peut devenir inefficace ailleurs ou par la suite.
Pour les prix à la vente plus spécifiquement : a priori on a bien aussi un marché de search et potentiellement du pouvoir de marché côté offreur, au moins dans certains endroits, typiquement Paris. Néanmoins les coûts de recherche me paraissent faibles par rapport au montant de l'investissement, donc si pouvoir de marché il y a je ne suis pas sûr que la raison principale soit celle-ci. Il y a aussi une grande différence avec le cas de location qui est un élément de "valeur commune" plus important : chaque acheteur potentiel prend en compte son goût personnel pour l'appartement, mais essaie aussi d'estimer sa valeur de marché dans les années à venir (le bien acheté est à la fois un bien de consommation et un investissement). Si l'aspect investissement est fort il y a peu d'hétérogénéité entre les acheteurs.
En fait je pense que les problèmes sur le marché de l'achat viennent davantage de l'aspect investissement, par exemple la naissance de bulles immobilières. Imposer un plafond peut être un bon moyen de casser une bulle ou de l'empêcher de se former, mais encore faut-il être sûr que ce qu'on observe est une bulle et non le résultat d'une forte demande (c'est difficile à dire pour Paris par exemple). Un meilleur outil dans ce cas serait d'encourager la création d'outils permettant aux ménages de se protéger contre une hausse de l'immobilier (certains pouvant actuellement choisir d'acheter "tôt" pour ne pas prendre le risque que ce soit plus cher plus tard), ou de parier sur sa baisse. Il serait intelligent aussi de s'interroger sur les incitations fiscales à être propriétaire plutôt que locataire. Si pour tout un tas de raisons ces outils sont impossibles à mettre en place on doit pouvoir là encore justifier des outils a priori moins efficaces comme des plafonds sur les prix, mais ils comportent évidemment un risque important que la puissance publique crée simplement de la pénurie en voyant une "bulle" là où il n'y a qu'une forte demande de logements. Bref il y aurait un arbitrage à faire, comme toujours.
Précision
Olivier E — 25/06/2012 - 15:48Bonjour,
merci pour ce blog que je découvre grâce a econoclaste.
J'ai deux questions : l'une due a une mauvaise compréhension, l'autre de nature plus économique.
1) je n'ai pas compris si la partie suivante est une hypothèse ou une déduction :
Dans la partie sur tous les appartements ne sont pas occupés : "Si les ménages « riches » refusent une offre, ils ne peuvent pas faire mieux qu’aller voir l’autre agence et obtenir un loyer de lmax." Pourquoi ? Ne pourrraient ils pas refuser l'offre et voir si l'offre suivante n'est pas meilleure - avec un gain qui doit etre supérieur à la dépréciation d.
De même "Enfin, les ménages « pauvres » refusent l’offre, mais font une contre-offre au propriétaire suivant, qui dans ce type d'équilibre accepte." Pourquoi ? Pourquoi n'attend il pas l'offre d'un riche suivante (si la probabilité d'avoir un "riche" est suffisante pour compenser la dépréciation.)
2) Comment détecter dans quel cas est on ? Y a t'il des indices ? (nombre de logement inoccupé, temps entre la mise sur le marché et la location effective, etc...)
@Olivier E
Jean-Edouard — 25/06/2012 - 20:34Bonjour, et bienvenue
Merci de me demander de clarifier, je me rends compte que c'est tout sauf clair dans le billet en effet. La raison en est que je pouvais choisir soit de rester très vague et de donner juste l'intuition, soit de rentrer vraiment dans les détails en étant précis, et que j'ai bêtement essayé de rester entre les deux. C'est un bel exemple de fonction d'utilité convexe au lieu d'être gentiment concave.
1/ Dans le premier cas je fais effectivement l'hypothèse que les ménages riches s'ils refusent une offre vont voir l'autre agence. Ce n'est pas une hypothèse sur l'ensemble du modèle, cela fait partie de la description de l'équilibre que j'étudie. Pour le dire autrement (c'est quelque chose d'assez peu intuitif en théorie des jeux), l'idée (dans l'article d'origine) est de lister tous les équilibres logiquement possibles et d'étudier quand tel ou tel équilibre sera obtenu en fonction des paramètres du modèle. Là j'étudie un des équilibres logiquement possibles, où si un ménage riche refuse une offre le mieux qu'il puisse faire est d'aller voir l'autre agence (il faut ensuite bien sûr vérifier qu'à l'équilibre cette hypothèse est vérifiée, donc c'est une hypothèse de travail mais pas une "vraie" hypothèse si l'on veut).
Dans le deuxième cas c'est en fait un résultat. Comme ici le propriétaire n'a pas d'information privée le ménage précédent peut parfaitement anticiper combien il faut offrir pour que le propriétaire accepte. Si le ménage choisit de faire une offre il choisit donc le plus petit loyer possible tel que le propriétaire accepte, en effet il n'a pas d'incitation à faire une offre plus élevée, et comme une offre moins élevée est refusée il pourrait tout aussi bien ne pas faire d'offre.
2/ Ici les principales variables observables sont la probabilité qu'une offre trouve preneur dans une période donnée (par exemple une semaine), et le nombre moyen de transactions (par exemple une année). Les deux varient selon le type d'équilibre dans lequel on se trouve, et peuvent notamment augmenter lorsqu'on impose un plafond (pas nécessairement). Dans l'application aux marchés financiers considérée dans l'article d'origine, une autre variable importante est le spread, qu'il est très facile d'observer empiriquement. Il n'y a pas vraiment d'équivalent sur le marché immobilier car les offres que l'on observe ne viennent que des propriétaires (ce qui est d'ailleurs sans doute une source d'inefficacité, et je ne suis pas sûr de voir la raison de cette friction. Pourquoi ne pas proposer aux locataires potentiels de passer des annonces du type "je cherche tel type d'appartement, voici mon profil, je suis prêt à payer tant" ?).
Je ne suis pas capable de
Merlin — 27/06/2012 - 11:22Je ne suis pas capable de rentrer dans le technique je suis juste un observateur proprietaire Parisien.
Le probleme n'est-il pas l'interaction entre toutes les limitations/regulations du marché. Il me semble par exemple qu'a Paris de nombreux proprietaires font de la retention, alors qu'a Londres, il cherchent au contraire a remplir le logement le plus vite possible. Ce qui me parait logique si ce n'est qu'a Paris si vous acceptez un loyer bas, vous etes collé pour 40 ans. A Londres la revision est annuelle et s'adapte au "marché". Il me semble que cei resulte d'une reforme de Mme Margaret qui a fluidifié le marché Londonien auparavant limité au location a des corporates.
Une deuxieme remarque serait que deja les loyers Parisiens donnent un rendement locatif quasi-nul ce qui n'incite nullement a louer ou a batir, mais a vendre [a la decoupe avec ejection des locataires]. Ceci resulte de prix de l'immobilier bullesques, facilités par une Mairie qui (a) tire des revenus considerables des transactions et (b) satisafait ses electeurs qui pensent etre riches alors qu'ils s'appauvrissent lorsque les prix notionnels sont stratospheriques [et qui donc ne construit pas non plus la ou c'est possible, maintenant un maltuthianisme profitable]. Du point de vue de la Municipalite Parisienne, un blocage des loyers c'est le beurre et l'argent du beurre, la satisfactionde ses electeurs. Du point de vue des outsiders, c'est la double peine et du point de vue de la collectivite c'est une stupidite absolue.
Si ce que je dis est stupide, pas d'injure SVP. Je saurais me tenir a ma place.
@Merlin
Jean-Edouard — 27/06/2012 - 16:07Ne vous inquiétez pas, contrairement aux apparences je réponds en général calmement et gentiment. Je réserve mes injures à quelques rares commentateurs qui de mon point de vue soit ont un comportement grossier, soit font preuve de malhonnêteté intellectuelle.
Par ailleurs votre commentaire est tout sauf stupide.
Il y a effectivement une "valeur d'option" forte à garder un appartement vacant parce qu'il est difficile de récupérer un appartement occupé, et cela incite à ne louer qu'à un loyer élevé. Dans les termes du modèle l0, le loyer minimum en-dessous duquel vous n'êtes pas prêt à mettre l'appartement en location, est élevé. J'ai insisté ici sur le fait qu'un prix plafond pouvait augmenter le nombre d'échanges, mais baisser l0 peut aboutir au même résultat (dans les deux cas ce n'est d'ailleurs pas toujours vrai). C'est un problème compliqué à prendre en compte, parce que les propriétaires peuvent aussi bénéficier des garanties qu'ont les locataires. Ainsi quand je cherchais un appartement à Londres j'étais en effet bluffé par la fluidité du marché, mais en même temps il y avait la plupart du temps très peu de garanties, si bien que je n'étais pas prêt à payer très cher. Maintenant je cherche à Francfort, et j'observe notamment que les frais d'agence sont très élevés et sont payés par le locataire. Comme par ailleurs j'ai peu de garanties qu'on ne me jettera pas à la porte au bout d'un an, je ne suis là encore pas prêt à accepter un loyer très élevé.
Le problème est que l'arbitrage optimal sécurité / flexibilité (ça rappelle d'autres débats) est certainement différent selon les profils des locataires et des propriétaires, les villes, la période etc.
Pour votre deuxième paragraphe c'est une interprétation possible, mais le marché de l'immobilier à Paris est tellement difficile à comprendre que je ne sais pas trop quoi en penser. Par exemple il n'est pas clair qu'on soit en présence d'une bulle à Paris, peut-être simplement que tout le monde anticipe rationnellement que les très riches du monde entier finiront par tous avoir leur pied à terre à Paris, qui sera encore plus qu'aujourd'hui un grand Disneyland pour riches touristes étrangers. Dans ce cas il est normal que les prix montent et continuent de monter.
Par ailleurs un plafond sur les loyers devrait tout de même diminuer le rendement d'un appartement, donc justement s'il y a une bulle ça peut être un moyen de la casser : si vous savez que le prix de location d'un appartement de tel type ne peut pas dépasser un certain loyer plafond à l'avenir, vous savez que personne ne sera prêt à l'acheter au-dessus d'un certain prix dépendant de ce plafond.
Je suis d'accord en tout cas pour dire que le marché de l'immobilier souffre de tas de problèmes, certains venant de régulations inadéquates, d'autres d'échecs de marché, et que si tout ce qu'on envisage de faire c'est de plafonner les loyers c'est un peu mettre un sparadrap sur une jambe de bois. Le but du billet était plutôt de montrer de manière neutre les effets redistributifs de cette mesure et de montrer que théoriquement elle pouvait être efficace ou inefficace selon les cas, ce qui doit inciter à la prudence et à l'expérimentation.
ET si on reduisait un peu l'asymetrie d'information ? D'abord.
Visiteur discret mais bienvenu — 29/06/2012 - 09:30Que ce soit les salaires les prix de vente ou de location, je ne comprends pas cette idee de tout vouloir cacher, alors que cela prive le citoyen d'un moyen de prise de décision important.
Certes il est possible d'obtenir certaines de ces informations mais a un prix (cout ou temps) tellement rédhibitoire (et surtout inaccessible aux moins éduques) que quasi personne ne le fait si ce n'est les spécialistes On pourrais déjà assainir le marche de cette façon, avant de vouloir réguler. Ensuite les APL sont une autre distorsion du marche qui conduit a subventionner les proprietaire. Il vaudrait mieux augmenter les salaires ou aides, et non donner directement cet argent aux proprios.