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Germanitude, I : De l'Allemagne

Emmeline — 18/07/2008 - 00:00

Ou "ce que pense une petite aspirante économiste quand elle"...

- s'en va prendre sa U-Bahn quotidienne et matinale : que les Allemands (comprendre "les Francfortois") c'est des gens bien, ils ont lu l'article de 1955 de William Vickrey où celui-ci propose une refonte radicale de la tarification du réseau métropolitain new-yorkais, offrant notamment l'alternative "centre charge" (ne tarifer que les trajets vers et depuis la downtown area) vs "zone-time plan" (une tarification proche du coût marginal qu'il s'était tout de même admirablement embêté à calculer, en fonction des lieux et heures du trajet réalisé), les deux n'étant d'ailleurs nullement antinomiques et s'accompagnant de réformes structurelles destinées à abaisser autant que possible les coûts de collection des revenus tirés de cette tarification. Non seulement ils l'ont lu, mais ils l'ont appliqué : hors des deux stations principales (hors même de la gare principale), seules sont à votre disposition des machines au demeurant relativement bien faites (contrairement à leurs homologues de la RATP, ou du moins leurs homologues RATP d'il y a quelques années, elles permettent d'acheter les billets demi-tarif), ce qui permet d'éviter autant que faire se peut les charges de personnel. En outre, une réduction est accordée aux voyageurs pendant les heures creuses, la sophistication allant jusqu'à proposer des cartes de trajets illimités valables uniquement durant ces heures creuses. En revanche, ils ont bizarrement occulté une autre partie, pourtant hautement mise en exergue, du travail de Vickrey : la démocratisation des tarifs (tarification au coût marginal, donc), seule capable d'amener à l'optimum, et fût-ce au prix d'une hausse des taxes locales1...

- reluque les gâteaux dans les boulangeries (généralement industrielles, le tissu de commerce de proximité que l'Etat français s'est tant évertué à préserver n'étant ici qu'un lointain souvenir apparemment même pas regretté) ou chez son hard discounteur officiel : le rapport qualité-prix moyen est étonnamment bon lorsqu'on compare avec leurs consoeurs françaises. Ici, je brandis mon cours de microéconomie 1 et les jolis graphiques en couleur qui l'illustraient (allez voir "la micro par mafeco", tomes 1 et 2, si la mémoire vous fait défaut ou si vous n'avez jamais eu à subir micro 1) ; il n'y a a priori pas de raison majeure de penser que les courbes d'offre soient fondamentalement différentes de ce côté-ci du Rhin (à l'Est pour moi) et de l'autre. En revanche, la demande de gâteaux tout faits par les Allemands a ceci de particulier qu'elle souffre d'une importante concurrence domestique, savoir le gâteau maison produit par la bonne ménagère allemande, Hausfrau de son état. Entendons-nous bien : je ne dis nullement que la mère de famille française soit moins bonne cuisinière, simplement que son emploi du temps en moyenne plus serré l'empêche la plupart du temps de réaliser des oeuvres culinaires sophistiquées dignes de faire verdir de jalousie la Forêt-Noire (génoise au chocolat, crème fouettée aux cerises marinées au kirsch, copeaux de chocolat dans sa version la plus simplifiée) qui se pavane dans la vitrine voisine. D'où je conclus que la courbe de demande allemande est à la gauche de la française (pour un même prix, la quantité demandée par les Allemands est plus faible que celle demandée par les Français), d'où finalement un prix et une quantité de gâteaux industriels vendus moindres. Et l'absence d'un Pikard à la germanique (zut). Et la résistance d'Angela à la TVA à 5,5 %.

- considère les conséquences économiques plus générales de ce phénomène de la bonne ménagère allemande, notamment sur la comptabilisation du revenu national. Les comptes nationaux ne prennent en effet pas en compte les activités situées dans le secteur non-marchand, à deux (grandes) exceptions près : les prestations des administrations publiques, comptabilisées à leur coût (Education Nationale par exemple), et certains revenus non monétaires que les particuliers s'auto-fournissent (loyers fictifs que se verserait un propriétaire résidant dans son habitation). D'où l'adage populaire ou pas "Quand une femme épouse son faiseur de vaisselle, la croissance diminue". En Allemagne, où la pression sociale sur les mères pour rester au foyer est sans commune mesure avec celle qui peut exister en France2, ce phénomène joue à plein. Conclusion : nous sommes encore plus derrière l'Allemagne que ne le disent les chiffres officiels. C'est Nicolas qui va râler ! (consolation : nous sommes un peu moins derrière les Etats-Unis).

Bonus du jour : Ami lecteur, ton nom sera inscrit dans les annales de Mafeco si es le premier à découvrir l'allusion subtile contenue dans l'image illustrant ce billet. Hâte-toi, les vacances de ma mère ne seront pas éternelles ! Indice : Jean-Edouard n'a pas trouvé. EDIT : bravo à sea34101.

1 Afin de ne pas être accusée d'aigreur infondée, je m'empresse de préciser le coût d'un billet aller simple dans la ville intra-muros, sachant que Francfort ne compte que 600 000 habitants avec l'agglomération proche : 2,20 euros. Ouch.

2 Anecdote que je juge personnellement révoltante, mais parfaitement révélatrice et qui n'a rien d'étonnant, sinon de choquant, pour un Allemand : une malheureuse mère ayant acheté une Schultüte - cornet fourré de confiseries et petits jouets offerts aux enfants à l'occasion de leur tout premier jour de classe - Bob l'Eponge pour son rejeton s'est fait harponner par une furie, laquelle lui tint très exactement ce langage : "Une bonne mère n'achète pas une Schultüte. Une bonne mère la fait. Rabenmutter ! (mère corbeau)". Délicieux.

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