Les coauteurs de nobels

Every king ought to have a knave
That of Engle was Bollerslev
And could there be a better time
(after all, we do want to rhyme!)
Than this end of the month March
To evoke the fathers of GARCH?
[But others we may not forget:
E.g. Akerlof’s wife Janet…]

Ce mois-ci nous vous proposons de penser un peu à tous ces coauteurs de prix Nobel sans qui rien n’aurait été évidemment possible. Sans être exhaustive la collection de photos ci-dessus inclut un bon nombre de coauteurs importants : Fisher Black, Tim Bollerslev, Peter Diamond, Avinash Dixit, Stanley Engerman, Sanford Grossman, Michael Maschler, Vincent Ostrom, Anna Schwartz, Gordon Tullock, John Riley, Mark Satterthwaite, Wolfgang Stolper, Richard Thaler, Amos Tversky, Anthony Venables, Janet Yellen. Impossible en revanche de trouver une photo de Claire Friedland (peur de ne pas soutenir la comparaison avec Yellen ?), si vous en avez une merci de nous l’envoyer.

Pour que ce billet ne tombe pas complètement dans la catégorie billet du fainéant (oui ben on a plein de choses à faire en ce moment), c’est l’occasion de parler rapidement du modèle des co-auteurs, de Jackson et Wolinsky, bien connus des amateurs d’économie des réseaux. Dans leur célèbre (enfin, connu des amateurs) papier de 1996 « A strategic model of social and economic networks », ceux-ci développent le modèle suivant : imaginons un certain nombre d’économistes, tous plus ou moins équivalents. Ils peuvent soit travailler seuls, soit travailler avec un co-auteur. Lorsque deux économistes travaillent ensemble ils produisent plus que séparément (il y a un effet de synergie). Mais d’un autre côté, si un même économiste travaille sur deux projets avec deux coauteurs différents, il n’alloue que la moitié de son temps à chaque article, au grand dam de ses deux coauteurs qui y consacrent peut-être eux tout leur temps.

Première conclusion : bien choisir ses coauteurs est extrêmement important (ce que dit bien Shubik par exemple, qui a consacré une partie de sa carrière à soumettre des problèmes économiques à son ami mathématicien Shapley), et il vaut mieux en choisir qui n’ont pas trop de coauteurs eux-mêmes. Ensuite on peut caractériser le « réseau » qui serait le plus efficace ; en l’occurrence avec la spécification choisie par les auteurs il serait optimal de n’avoir que des paires d’auteurs (personne ne travaille sur deux projets à la fois). Est-ce à cela que les économistes livrés à eux-mêmes vont aboutir ? Eh bien non, ils vont former un certain nombre de groupes entièrement connectés, qui plus est de tailles très différentes. On aura par exemple 30 économistes tous « liés » au sens où A travaille avec B qui travaille aussi avec C, lequel travaille avec D etc., et à côté 10 autres tous liés entre eux mais sans lien avec les premiers. Dans son livre Jackson (erratum) Sanjeev Goyal donne l’exemple du graphe construit autour de Jean Tirole et de ses coauteurs, on pourra comparer dans le même ouvrage avec le réseau de Joseph Stiglitz, de forme très différente.

Deuxième conclusion donc : livrés à eux-mêmes, les économistes (et d’autres scientifiques aussi probablement) se lancent dans trop de projets avec trop de coauteurs différents, négligeant que ce faisant ils exercent une externalité négative sur leurs autres coauteurs (ils travaillent moins sur chaque papier). Ma modeste expérience me dicte néanmoins que la productivité marginale du temps passé sur un même article décroît assez vite, et qu’avec un seul marron au feu on risque de passer une bonne partie de son temps de travail à écrire des billets de blog pour remettre à plus tard le travail sur un article qu’on commence à avoir assez vu.

Licence Creative Commons – Auteurs:Emmeline Travers-Cоlliard et Jean-Edouard Cоlliard

Be the first to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*