Mafeco - Ma femme est une économiste

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Gynonomie

Emmeline — 15/06/2008 - 18:27

Un gentil lecteur ayant jugé bon de décrire Mafeco comme un blog avec « une fille et deux cerveaux » chez le dénommé Emery (qu’il soit à nouveau remercié – pas Emery, le lecteur - de faire notre propagande pour les beaux yeux de Joan Robinson), je me suis senti l’obligation de ne pas décevoir ceux qui auraient eu l’idée saugrenue de suivre le lien et espéraient tomber sur l’une des multiples têtes de cette hydre effrayante : la blogosphère féminine. D’où ce futile billet. Si vous cherchez du sérieux, ne prenez pas pour autant la fuite, les (assez nombreuses) premières lignes sont pour vous. Mais laissez-moi vous dire que vous n’êtes pas drôle et que vous feriez bien mieux de laisser s’exprimer votre part de féminité. Macho, va !

I. Digression technique

Ce billet va faire appel (tout à fait incidemment) à la théorie des préférences révélées, que je me dois donc de présenter brièvement.

Elle a été introduite en 1938 par Paul A. Samuelson, prix Nobel (bien mérité) d’économie en 1970, dans « A Note on the Pure Theory of the Consumer’s Behaviour » (et son addendum). Pourquoi « pure » ? parce qu’il y établit que la théorie microéconomique du consommateur, récemment popularisée par le manuel de Hicks Value and Capital, peut être fondée intégralement sur 3 postulats dans lesquels n’apparaît pas la notion d’utilité (éminemment controversée, d’autant que celle utilisée par Hicks est une utilité cardinale(1)), mais seulement la fonction de demande d’un individu, qui à un certain niveau de prix et de revenu associe la quantité qu’il achète (« demande ») de chacun des n biens qui constituent l’ensemble de l’assortiment de son supermarché :
- (i) confronté à un niveau de prix (vecteur des n prix p1,…, pn) et pour un revenu (exogène) donnés (le couple de ces deux données est appelé situation), un même individu choisira toujours le même panier de biens (ce terme désigne les prix qui y figurent, mais également leurs quantités respectives) – autrement dit, ses préférences sont cohérentes et, pour une situation donnée, le choix optimal est unique ;
- (ii) lorsque, à prix donnés, on double son revenu mais que simultanément les prix doublent également, il choisira exactement le même panier (mathématiquement, on dit que les fonctions de demande sont homogènes de degré 0) ;
- (iii) la demande est cohérente ; autrement dit, si dans une situation donnée, notre individu avait choisi le panier de biens P1 alors même qu’il aurait eu les moyens de s’offrir le panier P2, il est impossible que dans une autre situation, il choisisse P2 en ayant les moyens de s’offrir P1. En effet, son choix précédent a révélé qu’il préférait (et ce, pour toute l’éternité : notre postulat ne dit finalement rien d’autre que l’absence d’évolution des goûts de notre individu) P1 à P2…

Plus intéressant encore, et ce qui révèle montre la force de cette théorie, ces 3 postulats peuvent en fait se réduire au seul 3e, qui implique les deux autres – c’est ce qu’expose Solow dans son addendum. Si notre aimable lecteur veut s’essayer à la démonstration (en termes littéraires, ce serait déjà très bien) de (iii) => (i) et se mettre quelques minutes dans la peau d’un Nobel, je ne peux que l’y encourager. La démonstration de (iii) => (ii) est en revanche un brin plus technique (me semble).

Le reste de l’article de Samuelson n’est à recommander que pour les étudiants en économie, dans la mesure où il se compose essentiellement (et caricaturalement) de trucs et astuces pour réussir leurs partiels de micro ou de théorèmes qui figureront dans les questions de cours de ces mêmes partiels.

II. Théorie des jeux, liste d’attente et féminitude

J’honore irrégulièrement de ma clientèle, comme un certain nombre d’autres Françaises, une chaîne de salons de beauté dont le principal argument de vente, outre ses tarifs défiant toute concurrence(2), est la possibilité de bénéficier d’une partie des services proposés sans rendez-vous. Revers de la médaille : impossible de s’assurer à l’avance une heure précise de passage pour lesdits services ; on vient, on s’inscrit, on est ajouté au bas de la liste d’attente ; si ladite liste est vide, on passe immédiatement – sans quoi, il faut bien attendre. En outre, il est impossible de s’inscrire la veille. Ajoutons pour finir que le salon ferme le soir à 20 h pour rouvrir le lendemain à 10 h, et se situe dans un centre commercial fermé la nuit.

Que nous dit la théorie des jeux ? supposons qu’une cliente veuille minimiser son temps d’attente ; elle arrivera donc à 10 h tapantes pour faire l’ouverture. Mais sachant que toute cliente un peu sensée est à même de faire ce raisonnement, une autre cliente préfèrera la doubler et arrivera, elle, à 9h59. Auquel cas il est en fait plus intelligent d’arriver à 9h58. Etc. Finalement, toutes les clientes devraient arriver à l’heure à laquelle le centre commercial ouvre ses portes (en l’occurrence, disons 6 h du matin) et piaffer en se lançant des regards dépourvus d’aménité.

Complexifions un peu la chose : mettons que les clientes n’aiment pas se lever tôt, ni perdre leur temps devant le salon, ou dedans d’ailleurs (autre façon de dire qu’elles ont aussi mieux à faire que de poireauter toute la journée). Leur fonction d’utilité s’écrira donc f(t,a), où t représente l’heure à laquelle elles se sont présentées, a leur temps d’attente, et on posera arbitrairement (mais sans perte de généralité, puisque la vraie logique derrière le concept d’utilité, si tant est qu’il y en ait une, est ordinale) que leur utilité si elles ne sont pas servies est 0 ; attention, cela signifie qu’on pourra manipuler des utilités négatives. Les hypothèses exprimées précédemment impliquent que f est croissante en t et décroissante en a (on aime se lever tard, on n’aime pas attendre) ; les étudiants en économie verront souvent cela représenté par un petit signe + sous t et un autre – sous a, mais je suis techniquement bien incapable de le faire ici.

Posons par exemple f(h,a) = U + k*min(15, t) – l*a, où U est l’utilité d’être servie et k et l sont deux paramètres strictement positifs. L’utilisation du minimum entre 15 et t indique qu’au-delà de 15 h (notre record personnel) vraiment plus personne ne fait la grasse matinée et que la désutilité liée au fait de s’extirper de chez soi disparaît.

Plaçons-nous un samedi, jour où la liste d’attente n’est jamais vide, ce qui permet de ne pas avoir à prendre en compte les périodes où les esthéticiennes se tournent les pouces. Deux types de cliente peuvent se présenter : les clientes (en nombre fini) ayant prévu de se rendre au salon, et dont l’utilité est décrite par la fonction ci-dessus, et les clientes (en nombre infini) de passage au centre commercial qui se rendent au salon sur un coup de tête. Leur fonction d’utilité est un peu différente ; en effet elles se sont de toute façon levées pour aller au centre commercial, et seule l’attente leur est préjudiciable. On a donc f(a) = U – l*a.

Chaque cliente mobilise un temps s pour se faire servir. En arrivant au salon, une cliente se voit annoncer le temps d’attente prévisionnel (soit : nombre de clientes en attente * s) et peut décider de s’ajouter à la liste d’attente ou de laisser tomber. Que se passe-t-il dans une telle situation ? à tout instant, une cliente de passage se voyant annoncer un nombre de clientes en attente N s’ajoutera à la liste si f(sN) > 0, c’est-à-dire si U –l*sN >0, ou encore N < U/ls. Comme ces clientes sont en nombre infini, tant que (et dès que) N est en-dessous de ce nombre, de nouvelles clientes se rajoutent. Au final, on aura en permanence une liste d’attente avec N* = E(U/ls)+1. Les grandes perdantes étant les clientes prévoyantes : dans la mesure où la foule des clientes de passage ramène immanquablement et perpétuellement le nombre de clientes en attente vers N*, non seulement elles ne peuvent profiter de leur prévoyance, mais en plus elles ne pourront elles-mêmes se rendre au salon (avec de fortes chances de mal tomber qui plus est) qu’après 15 h, lorsque la désutilité liée au temps se sera évaporée et qu’elles seront à égalité avec leurs rivales. Les grands gagnants sont évidemment leurs conjoints, qui ne se feront pas tirer du lit pour de sombres histoires de filles…

III Une piste d’étude économétrique

Problème : ce modèle, quoique relativement performant (mon esthéticienne, qui a dû trouver la question étrange, m’a confirmé que, de 12h30 à 18h environ, il y avait bien régulièrement et en permanence une attente de deux petites heures), ne permet pas d’expliquer la – relative – faiblesse de l’attente aux heures plus matinales.

Une première raison en est que, au moins jusqu’à l’heure d’ouverture des magasins (10 h), mais plus sûrement jusqu’en début d’après-midi, la force d’inertie (les clientes de passage) ne joue pas son rôle. Les seules clientes susceptibles de se présenter au salon durant cette phase sont donc les prévoyantes. Comme on se situe dans une analyse de court terme, la condition d’équilibre (qui fait que les femmes sont indifférentes entre toutes les heures d’arrivée) n’est plus forcément une utilité nulle à tout moment, mais une utilité constante c. La condition devient donc : pour tout t, f(t,a) = kt –lsN(t)+ U = c. On obtient alors que le nombre de clientes à l’instant t N(t) = (U-c + k*t)/ls. Ce nombre augmente bien, de façon continue, avec le temps, jusqu’atteindre N* au moment où se fait la jonction avec le modèle exposé ci-dessus.

Reste à expliquer une dernière particularité : la discontinuité observée avec l’arrivée d’une vague de clientes potentielles à 10 h. Pour cela, on introduit une variabilité dans le paramètre l, qui pondère la désutilité liée à l’attente. En effet, avant 10 h, l’attente se fait obligatoirement debout devant la porte close du salon, les autres boutiques étant cruellement fermées ; après 10 h en revanche, possibilité est laissée une fois qu’on est inscrite d’aller faire un petit tour dans les environs et essayer toutes les fanfreluches qu’il plaira. On posera donc l(t) = l1 quand t<10, et l(t)=l2 quand t>=10, avec l1 < l2. La différence entre les deux valeurs de l correspond à la révélation, par la discontinuité entre N(9,99) et N(10), d’une préférence pour le shopping. D’après la TPR, cette préférence est invariante dans le temps. Si l’on réussit à estimer cette différence, on pourra donc l’appliquer à tout plein d’autres problèmes, dont certains presque véritablement sérieux (typiquement, un sujet qui a fait l’actualité il y a pas si longtemps : faut-il autoriser l’ouverture des magasins le dimanche ?). Qui a dit que les trucs de filles étaient futiles ?

[Quelques pistes pour ce faire : avec N(9,99) = (U-c + k*9,99)/ l1s et N(10)= (U-c + k*10)/ l2s, on obtient N(10)-N(9,99) ≈ (l1- l2)(U – c + 10 k)/( l1 l2s).

Les deux valeurs de N sont observables empiriquement directement, ainsi que celle de s. On peut obtenir une borne inférieure de U en considérant que d’autres salons de beauté, plus traditionnels (tarifs plus élevés mais rendez-vous), qui font concurrence à notre chaîne, ont tout de même des clientes. Comme U correspond à l’utilité « nette » du soin (utilité une fois le tarif acquitté), une borne inférieure de U est la différence entre le tarif élevé pratiqué par le concurrent et le tarif local. Pour k et c, je suis moins inspirée, mais je suppose que nos amis d’Ecopublix auraient certainement des idées… ]

(1)Jean-Edouard me faisant remarquer certainement à juste titre que ce n’est pas très clair et que mes propos risquent d’être mal interprétés, je précise ma pensée : la logique qui sous-tend Value and Capital est bien une logique ordinaliste, qui permet uniquement de comparer entre eux des paniers de biens. Simplement, pour des raisons de practicité, Hicks utilise des fonctions qui à tout panier de biens associent une valeur numérique, parce que lesdites valeurs reproduisent exactement la hiérarchie des paniers que leur attribuerait son consommateur, fonctions qui si elles reposent sur des bases ordinalistes sont tout de même cardinalisantes. Samuelson démontre simplement ici pour ceux que cela titille qu’il n’y a même pas besoin de ces fonctions, et que les résultats démontrés par Hicks peuvent être fondés uniquement sur la base de fonctions de demande, pour le coup incontestablement numériques.

(2)Au sens propre : l’enseigne a récemment frôlé la condamnation pour concurrence déloyale, ses prix d’appel étant pour certains à perte, ce qui est condamné par l’article L420-5 du Code de Commerce : « Sont prohibées les offres de prix ou pratiques de prix de vente aux consommateurs abusivement bas par rapport aux coûts de production, de transformation et de commercialisation, dès lors que ces offres ou pratiques ont pour objet ou peuvent avoir pour effet d'éliminer d'un marché ou d'empêcher d'accéder à un marché une entreprise ou l'un de ses produits. » Attention, ne pas confondre cette interdiction avec la loi Galland aujourd’hui durement critiquée, qui interdit la revente à perte.

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Postulat (iii)

peck — 15/06/2008 - 21:16

Le postulat 3 ne me semble pas si évident que vous le dites.

Soit on inclut l'épargne dans le panier, auquel cas toute comparaison entre P1 et P2 implique que les revenu de l'individu n'ont pas changé (dépense de la totalité du revenu dans le panier). Donc ce postulat ne s'applique plus à toutes les situations.

Soit on n'inclue pas l'épargne, et dans ce cas il est possible que l'individu préfère P1 mais choisisse P2, car P1 impliquerait une épargne inférieure.

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Pas si facile de casser Samuelson...

Jean-Edouard — 15/06/2008 - 22:04

Si vous raisonnez avec de l'épargne et donc en termes intertemporels il faut se mettre d'accord sur ce que vous appelez le revenu. Si je comprends bien ce que vous dites vous raisonnez sur la base du revenu courant or, puisque nous sommes dans le cadre de la rationalité parfaite du consommateur, celui-ci devrait baser sa décision sur son revenu permanent, c'est-à-dire la somme de ses revenus futurs actualisés (ce qui suppose qu'il existe des marchés financiers parfaits soit dit en passant, mais même sans cela on devrait tout de même satisfaire cet axiome iii).

Dans ce cadre l'épargne correspond à un bien acheté aujourd'hui mais consommé demain, donc de ce point de vue tout le revenu est forcément dépensé, à la fois en biens achetés aujourd'hui et consommés aujourd'hui et en biens achetés aujourd'hui mais consommés demain (si ça ne vous plaît pas l'idée qu'on force les gens à acheter les biens dès aujourd'hui cela revient au même de supposer que les marchés n'ouvrent que demain, ce qui donnes des équilibres séquentiels voire encore plus chic des équilibres de Radner).

Ce n'est pas le cas si l'on voit l'épargne non comme de la consommation différée mais comme une partie de votre revenu courant (ou permanent d'ailleurs) que vous n'arrivez pas à dépenser (après tout il existe des riches), dans ce cas très particulier il se peut a priori que l'axiome iii défaille. Cas particulier parce qu'il suppose qu'au bout d'un moment vous arrivez à satiété et ne voulez plus d'aucun bien supplémentaire (sachant que laisser un héritage à vos enfants peut-être vu comme un bien moral). Mais justement si l'épargne n'est pas un bien je vois mal comment on pourrait abandonner P1 sous prétexte qu'il correspond à une quantité d'épargne inférieure, puisque justement notre individu riche se fiche de son épargne.

La théorie du consommateur a sans doute bien des défauts, mais j'ai peur que l'axiome faible des préférences révélées soit quand même assez inattaquable sur le plan logique (après empiriquement bien sûr que je ne fais jamais deux fois les mêmes courses au supermarché même quand les prix ne changent pas, mais c'est quand même un peu à la marge comme phénomène). Elle semble en tout cas bien établie pour le cas des rendez-vous chez l'esthéticienne.

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Cherchons la bébête

peck — 15/06/2008 - 23:17

Dans le cadre d'un revenu permanent, on peut considérer qu'il n'y a pas d'épargne puisque tout est consommé sur le long terme. Dans ce cas, en effet, je ne vois pas trop de problème avec le 3e axiome, si ce n'est qu'on suppose que l'individu est capable de prévoir ses revenus futurs jusqu'à sa mort.

Si on considère la présence d'épargne et que l'épargne est un bien acheté aujourd'hui mais consommé demain, on l'inclue dans le panier, cela implique que l'individu fasse un choix rationnel sur l'achat des produits qui n'existent pas encore et dont le prix n'est pas encore fixé.

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L'axiome très faible des préférences révélées

Jean-Edouard — 16/06/2008 - 13:25

Si l'épargne est un bien acheté aujourd'hui et consommé demain on est en fait dans le même cadre que dans votre premier paragraphe. Il est vrai que le prix des produits qui n'apparaisse demain n'est pas encore fixé, l'essentiel est alors de savoir si notre agent saura bien les anticiper ou non.

En fait je ne crois pas dénaturer votre propos en le réexprimant ainsi :

Mettons qu'un individu ait le choix entre deux biens C et S, le premier étant un bien consommé aujourd'hui et le deuxième un bien qui sera consommé demain mais dont le prix est encore inconnu. Ce choix dépend à la fois de ce prix inconnu et du taux d'intérêt nominal, en d'autres termes il dépend du taux d'intérêt réel anticipé re = i - pe où pe est l'inflation anticipée.

Votre critique peut s'exprimer ainsi : supposons qu'une première année, faisant face à un prix courant p, un taux d'intérêt nominal i et un revenu permanent W notre individu choisisse un couple (C*,S*). L'année suivante, en suivant votre raisonnement, si ses anticipations changent il est très possible qu'il choisisse un autre couple (C,S) qu'il aurait déjà pu se payer avant, alors que W, i et p n'ont pas changé.

Si l'économiste cherche à déduire les préférences de l'agent de l'observation des paniers à p, W et i constants il croira effectivement que l'axiome iii est violé.

On en déduit alors que tient au moins ce qu'on pourrait appeler "l'axiome très faible des préférences intertemporelles révélées" : si un agent préfère le panier 1 au panier 2 alors il ne peut pas choisir 2 et pas 1 alors même qu'il PENSE que 1 est accessible.

Mais cela ne veut pas dire nécessairement que l'axiome iii est violé. D'abord le taux d'intérêt réel r est observable pas l'économiste, s'il semble que iii est violé c'est parce qu'on ne considère pas le bon prix, ie. i au lieu de r. Si le taux d'intérêt réel anticipé par l'agent est le même que celui qu'anticipe le marché alors il suffit de reconstruire les préférences en se servant de r et iii n'est pas violé.

Maintenant si les anticipations de l'agent sont différentes de celle du marché il y a deux cas :

-Nous avons affaire à un agent peu sophistiqué et peu informé. Dans ce cas il est bien bête de former des anticipations différentes de celle du marché, qui a a priori beaucoup plus d'informations que lui. Mais s'il persiste cela peut effectivement poser un problème à la validité de iii.

-Nous avons affaire à un agent sophistiqué et informé, qui dispose d'informations sur les prix que le marché n'a pas. Dans ce cas il devrait se servir de cette information en spéculant et sa richesse W n'est de toute façon pas constante, il paraît alors difficile de dire que son choix infirme l'axiome iii.

Dans les deux cas si un individu change d'anticipations d'inflation au cours du temps il devrait se dire au bout d'un moment qu'il y a bien un risque que l'inflation change et donc s'assurer contre cette possibilité. S'il arrive à s'assurer parfaitement contre ce risque l'inflation lui sera parfaitement indifférente puisque l'évolution de sa richesse compensera des prix moins favorables, et l'axiome iii devrait de nouveau se trouver vérifié.

Bref vous avez raison de dire que dans un cadre intertemporel l'axiome iii est moins évident, mais il n'en reste pas moins inattaquable dans sa version "très faible", et tout de même assez solide dans sa version "faible" au moins comme approximation. On pourrait peut-être voir cet axiome violé quand l'inflation augmente très brutalement de manière non anticipée par exemple.

PS : si la question (tout de même un peu secondaire) des anticipations et du taux d'intérêt est réglée, peut-on en revenir à ce sujet autrement plus central qu'est la longueur des files d'attentes chez l'esthéticienne (ou l'esthéticien, après tout nous aussi les hommes sommes capables de faire ce métier délicat, ne soyons pas sexistes) ?

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Valeur d'option

Gizmo — 18/06/2008 - 22:14

Pourquoi le prix est-il plus faible dans votre institut ? Est-ce parce que c'est une franchise ? Parce que sinon, je ne vois pas pourquoi le fait de pouvoir venir sans rendez vous contribue à réduire le prix. Pour moi, venir sans rendez vous est une option que le salon doit tarifer, si cette option a une valeur pour la clientèle. Je me pose aussi la question suivante : le salon peut il tarifer différemment une prestation sur RV et une prestation sans RV (je veux dire, pourrait on justifier légalement la discrimination tarifaire ?) en admettant qu'il offre les deux prestations ?

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Valeur d'impatience

Emmeline — 19/06/2008 - 12:06

Le prix est plus faible dans mon institut, tout simplement car c'est leur principal argument de vente ! cette chaîne est si j'ai bien compris à l'esthétique ce que les low-costs sont au secteur aérien... de même que l'un des secrets [de Polichinelle] de ceux-ci pour casser les prix est de compresser au strict minimum le temps quotidien de présence au sol de leurs appareils et d'inaction de leurs collaborateurs, de même cette chaîne rentabilise au maximum la durée d'ouverture (les demoiselles se plaignent d'ailleurs souvent de pauses déjeuners quasi inexistantes), et la possibilité de venir sans rendez-vous y contribue - comme le montre mon super modèle, dès qu'une place se libère, elle est aussi récupérée par une cliente de passage. La plupart des salons (bon en même temps je n'en connais pas des masses) sont d'ailleurs situés à proximité immédiate de rues passantes, si possibles bardées de boutiques de fringues, ou dans des centre commerciaux. A mon avis, c'est plus une contrainte liée au (HEC powa) business model qu'un élément positif de l'offre, mais le PDG a intelligemment essayé d'en faire un argument marketing (et il vous a visiblement convaincue, il est très fort !).

Le problème est le revers de la médaille: la prise de rendez-vous n'est pas facultative, elle est tout simplement impossible. Autrement dit, vous aurez selon toute probabilité à poireauter, sauf si vous arrivez à 14h30 un mardi après-midi (et encore), et ne pouvez pas prévoir si vous serez sortie à l'heure où votre petit dernier sort de la maternelle, ce qui diminue très sensiblement la valeur de votre option - puisque vous ne pourrez peut-être pas l'exercer, ou que son exercice comportera des coûts (d'attente).

On a d'ailleurs un cas très intéressant d'externalités : [je spécule un peu] si la prise de rendez-vous était facultative mais possible, les prévoyantes (qui comme dit plus haut sont les grandes perdantes de l'affaire, et zut) y gagneraient car elles en prendraient toujours (valeur du RDV, similaire à ce qui se pratique dans les salons traditionnels) ET pourraient faire un saut en cas de libération imprévue (valeur d'option). Mais, si nous postulons un nombre suffisamment grand de prévoyantes, tous les créneaux horaires seraient toujours pris presque sûrement (externalité négative de la possibilité de prise de RDV), ce qui fait que comme se déplacer au salon pour vérifier la disponibilité a toujours un coût, aussi faible soit-il, plus personne ne viendrait sans RDV et la valeur d'option s'annulerait. On se retrouve ainsi dans un schéma classique, éliminant toute la clientèle de passage. Alors que l'impossibilité de la prise de RDV, individuellement énervante, a des externalités positives : en se pointant à l'improviste, on peut espérer décrocher une petite place...

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Pas convaincue

Gizmo — 19/06/2008 - 14:29

Ne vous méprenez pas, Emmeline, je n'ai pas été convaincue par votre golden Pdg, tout simplement parce que le prix de mon temps est élevé et qu'en général, je ne supporte pas la moindre seconde d'attente, a fortiori chez une dépoileuse. En plus, comme j'ai une forte aversion au risque, je privilégie le rendez vous (puisque l'annulation est une option gratuite ; probablement dans la limite du raisonnable, mais je n'ai jamais franchi les bornes). Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi si les rendez vous étaient autorisés, le salon serait moins rentable : pour une cliente arrivant inopinément, peu importe pour elle que l'attente trouve son origine dans le fait que c'est une cliente "sur RV" ou une cliente "file d'attente" qui la précède. C'est ce qui se produit dans les restaurants. Là où vous avez probablement raison, c'est l'environnement : des opportunités d'utilisation alternative du temps disponible dans des activités substituables dans un espace proche (shopping, coiffeur, pépiements entre copines etc...). Parce que dans mon salon à moi, on prend sur RV, avec des délais d'orthodontiste, et dans une commune de 1900 âmes où il n'y a même pas un kebab...

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Pas taper...

Emmeline — 19/06/2008 - 20:26

[Mais c'était une blague, le coup du PDG...]

Là c'est moi qui ne suis plus trop convaincue : je pense que votre petite artisane de village, si elle a un trou dans son emploi du temps, par exemple parce qu'une cliente s'est décommandée pour cause de congrès des actuaires (voui je suis jalouse), ne refusera pas une autre qui se présente à l'improviste. On est donc bien dans un cas de rendez-vous facultatif (et il y a donc valeur d'option, comme dans votre premier commentaire, ou alors je n'ai rien compris, ce qui est possible aussi, l'allemand et l'informatique commencent à me monter à la tête). Le problème est que (i) s'il s'avère que la cliente de passage est demandeuse d'une prestation plus longue que le "trou" dont bénéficie notre artisane, elle sera obligée de renoncer à sa chalandise, ne pouvant pas décaler la suivante puisque celle-ci a un rendez-vous ; et (ii), comme votre dépoileuse (c'est pas très glamour, je m'étais efforcée avec toutes les circonvolutions possibles d'éviter toute allusion au fait que le sexe dit à tort faible est lui aussi pourvu d'un système pileux corporel) est je n'en doute pas une seconde fort renommée, la plupart des gens n'imagineront de toute façon pas qu'elle puisse avoir un trou et ne tenteront pas le passage à l'improviste (où l'on retrouve la zone d'activités etc).

Dans le système sans rendez-vous, c'est donc plus fréquemment la cliente que l'employée qui se tourne les pouces. D'où la rentabilité.

Autre explication, version "mort au grand capital" : si il y avait trace des rendez-vous et donc des heures effectives travaillées par les demoiselles, je pense qu'elles auraient un beau cas aux prudhommes... Désolée c'est un peu mesquin mais la dernière sortie du papa d'Olivier m'a vraiment mise sur les fesses !

Enfin, un brin de marketing (degré zéro) : les prestations sur rendez-vous sont dans toutes les filières plus généralement associées à du haut de gamme et à de l'individualisé (exemples parmi d'autres : quand on va dans une boutique de robes de mariée il faut généralement prendre rendez-vous, et non il n'y a aucun teasing, ce qui n'est pas le cas quand on se pointe chez H&M ; idem chez, euh, Cuisinella je crois, à opposer à Ikea ; ça doit marcher pareil pour plein d'autres choses...). Raison pour laquelle le RDV est obligatoire (enfin, se prend comme dans le système traditionnel) pour les soins moins, euh, fonctionnels, qui eux ne sont pas tellement moins chers que chez le concurrent et sur lesquels je soupçonne l'enseigne de faire toute sa marge.

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