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Accueil › Blog › Le blog de Emmeline et Jean-Edouard

L’ouverture du capital de La Poste a-t-elle des justifications économiques (2/2) ?

Emmeline et Jea... — 11/09/2008 - 00:00

'Suite et fin du message précédent, après c’est promis nous répondons nous aussi à la question "Why blog ?", ainsi qu’à une fort intéressante question posée par un lecteur...

Les actionnaires rendent-ils une entreprise plus efficace ? (argument 2)

Un autre argument souvent avancé est qu’une entreprise soumise à la discipline du marché est plus "efficace" qu’une entreprise entièrement détenue et gérée par l’Etat. Mais qu’entend-on par plus "efficace", et pourquoi le fait d’avoir des actionnaires changerait-il magiquement le mode de fonctionnement d’une entreprise ? C’est à vrai dire un cas intéressant d’entorse aux hypothèses du théorème de Modigliani-Miller. On peut envisager plusieurs éléments :

- Suite à l’ouverture de capital; l’entreprise ne recrute plus de fonctionnaires, ce qui diminue ses coûts de main-d’oeuvre. La Poste n’a pas attendu une ouverture de capital pour cela et repose déjà sur beaucoup d’emplois d’intérimaires et autres contrats plus ou moins précaires, ou du moins de droit privé. Par ailleurs, si la diminution des coûts ne vient que de la réduction des salaires, il ne s’agit pas vraiment d’un gain d’efficacité mais d’une redistribution de la richesse des salariés de La Poste vers l’Etat et les nouveaux actionnaires. Pour donner un ordre de grandeur en 2001, deux tiers des employés de La Poste bénéficiaient du statut de fonctionnaire.

- La surveillance exercée par les actionnaires sur la direction de La Poste contraint celle-ci à plus d’efficacité. Dans ce cas, cela veut dire que cette direction était inefficace ex ante ; c’est, hélas, bien possible, mais il est alors amusant que ce soit le principal dirigeant de La Poste qui juge nécessaire une ouverture de capital pour que les actionnaires surveillent son action, et tout autant d’entendre un ministre le soutenir, ce qui revient à avouer que lui-même est incapable d’assurer cette surveillance ou de nommer des gens compétents pour le faire.

- Les actionnaires donnent à la direction d’autres objectifs que ceux assignés par l’Etat, ce qui peut être préférable si le gouvernement assigne à l’entreprise des objectifs visant à maximiser son intérêt politique propre plutôt que l’intérêt général. Tout dépend alors de l’honnêteté du gouvernement d’une part, et des modalités de la concurrence sur le marché postal de l’autre. Il est presque sûr en tout cas qu’en l’absence de concurrence effective sur le marché postal la poursuite de la maximisation du profit par un monopole ou quasi-monopole semi-privé ne peut être qu’inefficace. Avec l’arrivée de nouveaux concurrents, les conséquences théoriques ne sont pas claires ; aucun consensus n’existe non plus pour dire qu’empiriquement la concurrence permet d’assurer une meilleure qualité du service (au sens large : rapidité de la livraison, temps d’attente au guichet, sonnerie ou pas du postier à votre porte...).

Enfin si l’on en croit [Durupty, 2007] les entreprises publiques gagnent bien en efficacité du fait de leur ouverture aux capitaux privés, mais avant celle-ci ! Les dirigeants des entreprises publiques ont alors pour consigne de redresser les profits de l’entreprise afin que l’ouverture rapporte plus d’argent à l’Etat, et ont de plus intérêt à montrer leur compétence afin d’éviter d’être critiqués, voire poussés à la démission par les futurs actionnaires privés. Il serait là encore surprenant que Jean-Paul Bailly recoure à un tel argument, qui implique simplement qu’il ne gère pas actuellement La Poste aussi bien que si l’Etat faisait davantage pression sur lui.

Contre-argument 1

Le problème des incitations d’un chef d’entreprise à poursuivre les objectifs des actionnaires et non les siens propres a été beaucoup étudié par les économistes, qui contrairement à l’image qu’on s’en fait parfois ont une confiance plus que restreinte dans l’honnêteté des dirigeants.

Un point particulièrement intéressant est que les chefs d’entreprise sont souvent tentés par la "construction d’empires" (qu’on pense à Jean-Marie Messier), la poursuite de la croissance en taille de leur firme au détriment de sa rentabilité économique et financière. Au vu de la taille d’une entreprise comme La Poste, on peut craindre en effet que son patron ne soit tenté d’étendre géographiquement ses activités et de les diversifier sans que cela soit économiquement justifié, mais simplement pour satisfaire son ego, ou devenir "indéboulonnable", le groupe étant devenu extrêmement complexe à gérer (et à surveiller).

La "free cash flow theory" [Jensen 1986] en conclut qu’il s’agit d’un excellent argument pour qu’une entreprise se finance par dette et laisse le moins possible de cash "libre" entre les mains d’un dirigeant qui ne l’utilisera pas forcément à bon escient.

Peut-on tromper le marché ? (argument 3)

Une autre hypothèse importante du théorème de Modigliani-Miller est que les marchés financiers sont efficaces : lorsqu’on vend les bénéfices futurs de La Poste on obtient en échange exactement ce qu’ils valent, ni plus ni moins.

Si ce n’est pas le cas, l’Etat peut espérer que les investisseurs achètent ces bénéfices futurs plus qu’ils ne valent vraiment et réaliser ainsi un profit purement spéculatif. Outre qu’on peut se demander si l’Etat est bien dans son rôle en se finançant ainsi (pourquoi pas, cela dit, puisque 35 % des actionnaires d’entreprises françaises sont étrangers), l’opération est bien évidemment risquée puisque elle peut tout aussi bien aboutir à ce que l’Etat vende ses parts pour moins qu’elles ne valent vraiment.

Contre-argument 2

On pourrait même soutenir que ces bénéfices seront forcément sous-évalués par le marché. Il est délicat en effet de savoir quels seront ces bénéfices, ce que donnera l’ouverture à la concurrence des services postaux etc. La personne la mieux placée pour le savoir est certainement le patron de La Poste, ou du moins on peut l’espérer, et peut-être le gouvernement. Si vous songez à acheter des actions de La Poste au moment de l’ouverture de capital, vous vous direz que si les perspectives de profit de l’entreprise étaient très importantes l’Etat préfèrerait probablement les garder pour lui et ne chercherait pas à vendre des actions ; contraposée : s’il en vend, c’est donc que ces perspectives de profit ne sont pas si brillantes. Sachant cela, vous ne serez prêt qu’à payer un prix relativement faible pour des actions qui ne rapporteront pas autant qu’annoncé. Anticipant que vous et les autres investisseurs déduirez de l’ouverture de capital que les perspectives de profit sont faibles, l’Etat ne sera donc effectivement prêt à ouvrir son capital que dans le cas où ces perspectives sont faibles (sinon il vendrait des profits élevés au prix des profits bas et y perdrait), ce qui donne raison à vos anticipations pessimistes [Majluf et Myers 1984].

Ce cas ne se présente pas si La Poste se finance par dette : peu importe alors aux investisseurs que les perspectives de profit soient faibles ou élevées, du moment qu’elles sont suffisantes pour que la dette soit remboursée, ou que l’Etat s’en porte garant.

Le seul cas où ce problème ne rend pas le financement par actions plus coûteux que le financement par dette est celui où le gouvernement ou bien le patron de La Poste cherchent à maximiser leurs intérêts privés, et non ceux de l’Etat comme actionnaire.

Effectivement, on observe empiriquement que se financer par actions est un mauvais signal envoyé au marché, qui en déduit immédiatement que l’entreprise est survalorisée ; raison pour laquelle les nouvelles actions sont généralement proposées à un niveau moindre que le niveau historique le plus récent.

Quelques pistes sur les objectifs du gouvernement (argument 4)

Il faudrait pour examiner cet argument sortir de la théorie économique et peut-être aussi d’une approche objective du problème. Si ouverture de capital il y a, il sera aisé de voir si cet argument était valable en comparant l’argent levé par cette formule et les nouveaux investissements effectivement réalisés.

Historiquement, les privatisations par les gouvernements de droite comme de gauche ont souvent eu comme source le besoin d’équilibrer un budget difficile plus qu’un réel souci d’efficacité économique. Un point de vue intéressant est celui d’Alexandre Siné [2006], selon qui les différentes théories économiques permettant de justifier les privatisations ont servi de "facilitateurs de pratique" : qu’elles soient vraies ou non, ce qui intéresse les gouvernements est qu’elles puissent servir à justifier une action rendue nécessaire par des considérations politiques tout autres.

Un lien sur la rémunération comparée des patrons d’entreprises publiques et privées

Nous renvoyons ici à ce billet.

Au final les raisons avancées pour l’ouverture du capital de La Poste nous semblent donc soit fausses soit insuffisantes, ce qui ne veut pas dire qu’il ne puisse exister d’autres bonnes raisons.

En attendant qu’on nous en donne, en dehors de toute considération sur la qualité du service fourni, indépendamment de toute préférence politique, c’est sur la base de travaux économiques des plus classiques que nous pouvons conclure que l’ouverture du capital de La Poste n’a rien de nécessaire comme moyen de financer de nouveaux investissements.

Que seules des parties ayant des intérêts privés dans l’ouverture de capital soient à l’origine du débat et de ces arguments contestables nous semble suffisant pour qu’on puisse s’opposer à ce projet d’ouverture de capital en l’attente de nouveaux arguments ou de nouvelles enquêtes (à l’appui de l’argument 2 notamment).

Références :

Durupty, M. 2007 : Les ouvertures de capital des entreprises publiques, Regards Croisés sur l’Economie, n° 2.
Jensen, M. 1986 : Agency Costs of Free Cash Flow, Corporate Finance and Takeovers, American Economic Review, vol. 76.
Majluf, N. et S. Myers 1984 : Corporate Financing and Investment Decisions When Firms Have Information That Investors Do Not Have, Journal of Financial Economics, vol. 13.
Miller, M. 1977 : Debt and Taxes, Journal of Finance, vol. 32.
Miller, M. et F. Modigliani 1958 : The Cost of Capital, Corporation Finance, and the Theory of Investment, American Economic Review, vol. 48.
Myers, S. 1977 : The Determinants of Corporate Borrowing, Journal of Financial Economics, vol. 5.
Siné, A. 2006 : L’ordre budgétaire, Economica, Paris.

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emprunt/action

Visiteur discret mais bienvenu — 22/12/2010 - 18:54

Je poursuis mon intervention car je me suis peut-être mal exprimée la dernière fois. Mes idées étaient floues.
De mon point de vue, il manque la prise en compte du capital de départ donc le pourcentage d’augmentation. Je pense que dans les statuts de la société figure notamment des modes de rémunérations fixes ou variables sur lesquels peuvent s’appuyer des prévisions en matière de dividendes.
Pas vraiment d’aspect spéculatif, l’investisseur qui a cela en tête se débrouille dans sa revente. Pour l’entreprise c’est le nominal qui compte (Capital/nominal=nombre de parts) ; il se recalculera à chaque modification du capital pour garder une équivalence de droit entre ancien et nouveau actionnaire. Avec des actionnaires c’est sur du long terme (sauf baisse de capital ou rachat de part par l’entreprise elle-même...) et la base de calcul sera d’enlever d’abord au résultat net une réserve dites légale de 5% et éventuellement une réserve statutaire.
C’est pour moi comme s’il n’avait rien à rembourser dans un premier temps et je pense que c’est à cela que pourront servir les réserves. L’emprunt est différent mais il peut être extrêmement diversifié. Sa présence a beaucoup plus d’impact dans l’analyse d’un bilan.
Je suppose que cette analyse sur 2 périodes a une courbe linéaire ou une stagnation donc que se passe t-il lorsque le retour sur investissement est prévue pour N+3 par exemple.
Je me dis que peut-être c’est une théorie qui s’adapte dans une situation générale prédéfinie. J’ai pas réussi à suivre les hypothèses sous lesquelles il est équivalent de se financer par actions ou par dettes.
Sinon pour revenir à la Poste, c’est une entreprise endettée qui a une marge d’exploitation de 2 à 3 % donc pas de quoi se financer. L’un de ses points fort c’est son groupe. Pour le contexte, La poste réalise 65% du chiffre d’affaires du Groupe, 23% de son résultat d’exploitation et 90% de ses emprunts obligataires. L’endetter ne pouvait pas être viable si l’on reste logique et rationnel. C'est une raison financière.

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Réponse partielle

Jean-Edouard — 03/01/2011 - 11:54

Désolé pour le délai de réponse, mais même après avoir laissé les effets des fêtes de fin d'année se dissiper je ne comprends toujours pas très bien ce que vous dites. Juste sur la dernière phrase : ce n'est pas grave si une société qui fait 65% du CA ne fait que 23% du résultat d'exploitation quand toutes les sociétés du groupe n'ont pas exactement le même métier. Par exemple si on unissait Carrefour et Hermès, Carrefour ferait quasiment 100% du CA mais très loin de 100% du résultat. Ce n'est pas grave non plus si juridiquement toute la dette est dans la société de tête au lieu d'être diffuse à toutes les petites sociétés en-dessous - selon les cas ça peut même être plutôt rassurant pour les créanciers...

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Re, Je suis novice, sans

Visiteur discret mais bienvenu — 04/01/2011 - 14:05

Re,
Je suis novice, sans grande expérience, et je n’ai que peu ou pas de connaissance en économie. Cependant, je connais le langage des entreprises et de leurs états financiers. Je suis curieuse et passionnée par tout ce qui me semble faillible et difficile (ma bête noire concerne actuellement les connexions réseaux et faits inhérents ; de quoi m’occuper pendant au moins les 5 prochaines années). Même si je ne comprends rien, je cherche ; alors quand je comprends un peu, je suis étonnée de ce que je trouve. Je vous remercie d’avoir répondu à mon 1er billet, je suis sûre que vous avez beaucoup à m’apprendre ; je n’ai, d’ailleurs, pas eu le temps de regarder tous vos thèmes (je me suis forcément replongé dans La Poste). Cependant, je m’attache à ce que je sais et ne lâche rien sans preuve du contraire voilà pourquoi je vous fais part de mes remarques.

1)Vue votre 1ere réponse, vous situez bien mon problème et je suis d’accord avec votre remarque : modèle d’appui pour une théorie générale. Ma question principale était : Que se passe t-il lorsque le retour sur investissement est prévu en N+3 ?

Sachant que de mon point de vue, les prévisions de coûts peuvent être évaluées avec grande précisions par des professionnels qui ont une vision interne. S’il peut évaluer les coûts et que les statistiques en marketing sont fiables alors il pourra évaluer le résultat net futur et ce qui en découle ou du moins en sortir un minimum et un maximum.

2)Pour le résultat d’exploitation (Rex), je reste d’accord avec vous : tout est relatif. J’ai pris celui- ci car il est lié à l’exploitation comme son nom le dit mais un résultat n’est pas révélateur alors que sa composition peut l’être ; l’EBE (excédent brut d’exploitation) sera mieux.
Ce que je voulais dire c’est que cette société mère est la moins rentable de tout son groupe et ses problèmes financiers me semble de taille :

En 2007 j’ai un EBE retraité de 418 soit 3% du ca (il est négatif si je ne fait aucun retraitement en ce qui concerne la « refacturation de coûts des personnels financiers et de la filière commerciale » : je suppose que ces coûts sont enregistré en charges de personnel pour être ensuite refacturés en 791 « autre pdts d’exploitations »>> je les enlève donc de ces 2 lieux pour qu’il n’y ai pas d’incidence ; voilà pour les détails) Sans retraitement, les charges de personnel sont de 10464 lorsque la valeur ajoutée s’élève à 9759. Je vous laisse le soin de calculer la productivité dans ces cas.
TNT obtient plus de 10% en rex/CA lorsque le groupe La Poste se maintient à 5% et quelque.

En 2007, pour La Poste j’ai une CAF (capacité d’autofinancement) de 766, des dettes financières totales de 6001 dont 513 à moins d’un an soit une capacité de remboursement de 13,9% avec un délai de plus de 7 ans. Mes recherches sur ces taux montraient à l’époque que ces ratios n’étaient pas bons.
Le tableau de flux 2007 de La Poste fait ressortir 859 provenant des activités d’exploitation ; -1095 utilisé pour les investissements ; et -781 provenant des activités de financement (2247 en émissions d’emprunts et 3028 en remboursement) : ce que je considèrerais comme un gros pb si c’était ma propre entreprise. lorsque les activivités de financement ne finance plus ya de quoi se poser des questions.
Pour une vision du groupe, en 2007 les émissions d’emprunts sont de 382 et les remboursements d’emprunts sont de 1450 > La Poste emprunte donc déjà fortement à ses filiales. Soit une nouvelle question : quel est l’avantage et du coup, est-ce que sa capacité de remboursement peut-être analysée différemment ?

Les interrogations sont nombreuses mais je persiste à croire que sans effort notable en matière de rentabilité la situation est dangereuse et se fait au détriment de la bonne santé financière de La Poste. Je dirais qu’émettre des actions au lieu de s’endetter est un gage de sûreté dans ces circonstances. Ses investissements visent à améliorer sa rentabilité. Je reste dans le sens où son investissement sera plus productif (tout dépend des droits attribués aux actionnaires) s’il est fait en actions car il sera apparemment moins coûteux.

NB : les chiffres sont en millions d’euros

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Quelques réponses

Jean-Edouard — 05/01/2011 - 11:53

1. Je ne suis pas sûr de très bien cerner le problème. Dans le cadre du modèle la période "N+1" est définie justement comme la période où le retour sur investissement a lieu. Si le retour sur investissement a lieu tard vous vous engagez à rembourser votre dette tard, ou bien vous renouvelez de la dette de court terme, mais toujours sous l'hypothèse que les marchés financiers fonctionnent bien ça ne change rien au choix entre financement par actions et par dette. Si ce que vous voulez dire c'est qu'il est possible que l'investissement qui devait rapporter en N+1 rapporte en fait plus tard (en N+2 ou N+3) eh bien vous demandez à vos actionnaires d'attendre plus longtemps avant de toucher leurs dividendes, ou vous convertissez votre dette de court terme en dette à plus court terme, là encore sous les hypothèses habituelles ça reviendra au même.

2. Tous ces chiffres sont intéressants, mais n'ont pas grand chose à voir avec la question de savoir s'il vaut mieux se financer par dette ou par actions. Vous essayez de montrer que la Poste est peu rentable et que sa dette est donc risquée (au passage Emmeline me souffle que la rentabilité s'apprécie par rapport au capital, pas au chiffre d'affaires, ce n'est pas une question d'EBE versus résultat d'exploitation). Certes, mais si elle est peu rentable elle aura autant de mal à trouver des actionnaires qu'à trouver des prêteurs, donc ça ne change rien au schmilblick. Vos arguments se rapportant au choix action/dette n'arrivent qu'au dernier paragraphe :

-a."Les interrogations sont nombreuses mais je persiste à croire que sans effort notable en matière de rentabilité la situation est dangereuse et se fait au détriment de la bonne santé financière de La Poste." : certes, il y a peut-être un problème de rentabilité du fait que La Poste ne gagne pas assez d'argent, mais sans plus d'éléments je ne vois pas en quoi son activité "réelle" est affectée par le choix de se financer par dette ou par actions. Ce n'est pas parce que vous achetez de nouvelles camionnettes avec l'argent des actionnaires qu'elles roulent plus vite que si c'est avec l'argent de prêteurs, ce qui est le message de fond de Modigliani-Miller. Notons aussi que pour une firme (autre que La Poste qui est censée rendre un service public) il peut être parfaitement normal d'être dans une "situation dangereuse" : vous lancez un projet dans l'espoir qu'il soit rentable, au bout de deux ans vous voyez que la rentabilité est beaucoup plus faible qu'escomptée et que vous êtes dans une "situation dangereuse", vous fermez l'entreprise, liquidez ses actifs, remboursez vos prêteurs et distribuez ce qui reste, s'il reste quelque chose, aux actionnaires. C'est la façon normale de fonctionner et c'est anticipé par les actionnaires comme par les prêteurs.

-b."Je dirais qu’émettre des actions au lieu de s’endetter est un gage de sûreté dans ces circonstances." : pourquoi ? de sûreté pour qui ?

-c."Ses investissements visent à améliorer sa rentabilité." : certes, mais justement ces investissement peuvent être financés par actions aussi bien que par dette.

-d."Je reste dans le sens où son investissement sera plus productif (tout dépend des droits attribués aux actionnaires) s’il est fait en actions car il sera apparemment moins coûteux." : le serpent se mord un peu la queue, vous voulez montrer que se financer par actions est moins coûteux, et la raison en est in fine qu'un investissement financé par actions est plus productif parce qu'il est moins coûteux.

On pourrait développer le point b. Effectivement si vous pensez que La Poste est dans une situation telle qu'un défaut est probable, il peut être préférable de se financer par actions mais seulement pour éviter les coûts liés à une faillite/réorganisation. C'est un des points soulevés dans le billet : une des extensions de MM consiste à montrer qu'en présence de tels coûts il vaut mieux se financer par actions, sauf qu'empiriquement ces coûts semblent en général trop faibles pour justifier un recours important au financement par actions. Dans le cadre de La Poste j'ai du mal à imaginer que l'Etat la laisse faire faillite donc les coûts me semblent proches de zéro.

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Une précision

elvin — 05/01/2011 - 14:02

(en espérant que ni Jean-Edouard ni Emmeline ne se formaliseront de me voir intervenir de nouveau)

"Ce n'est pas parce que vous achetez de nouvelles camionnettes avec l'argent des actionnaires qu'elles roulent plus vite que si c'est avec l'argent de prêteurs, ..."

Bien sûr. Là n'est pas la question.

"... ce qui est le message de fond de Modigliani-Miller. "

Il me semble que le TMM ne se résume pas à ça. En définissant la valeur d'un actif comme la somme actualisée des flux financiers attendus de cet actif, il fait intervenir non seulement les revenus (qui dépendent de la vitesse des camionnettes, mais en effet pas de leur mode de financement), mais aussi les coûts, qui eux ne sont pas nécessairement les mêmes pour les fonds propres et pour la dette. Ou est-ce que je me trompe ?

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Si vous voulez, du point de

Emmeline — 05/01/2011 - 22:15

Si vous voulez, du point de vue du MM, les frais financiers ne sont pas tout à fait un "coût" ex ante (puisque la "valeur" d'une firme est la somme de la valeur revenant aux créanciers et de la valeur revenant aux actionnaires), ou alors ils ne le sont pas plus que le surcroît de dividendes qui sera réclamé par les actionnaires pour avoir mis la main à la poche.

Je sens que cette phrase va vous faire bondir, mais peut-être un peu moins si vous envisagez le problème en supposant, par commodité et dans un premier temps, que les actionnaires existant ne font pas d'augmentation de capital, mais ouvrent le capital à de nouveaux actionnaires pour lever des fonds : les dividendes qui partiront à ces nouveaux actionnaires auront beau ne pas être déduits du résultat net dans les comptes comme le seraient les intérêts d'une dette, ils n'en seront pas moins perdus pour les anciens actionnaires...

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Bondir ou ne pas bondir ?

elvin — 05/01/2011 - 22:42

J'ai peur que nous entrions dans des subtilités qui vont faire ch... les autres lecteurs de ce blog, et je ne vais donc pas vous suivre (et pas bondir).

Sinon pour prendre beaucoup de recul et m'étonner (en fait je suis hypocrite, ça ne m'étonne pas du tout comme vous pouvez le penser....) des contorsions intellectuelles auxquelles il faut se livrer pour donner un semblant de sens et de pertinence à ce fameux théorème qui s'énonce au départ de façon si simple et apparemment si évidente.

Et pour aggraver encore mon cas (mais comme vous avez remarqué je ne recule devant aucune provoc), ça n'est qu'un exemple entre mille...

En espérant que vous ne bondirez pas (trop) non plus.

Si vous voyez comme une contorsion intellectuelle de considérer que quand les actionnaires doivent apporter de l'argent afin de procéder à une augmentation de capital cela a un coût pour eux, j'ai peur de ne pas pouvoir grand-chose pour vous (mais c'est pas grave, hein). Et pourtant j'avais la foi.

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ah non c'est pas ça (je suis

elvin — 06/01/2011 - 00:01

ah non c'est pas ça (je suis peut-être idiot, mais pas à ce point là) ! Je pensais plutôt aux suppositions que vous faites dans le post précédent, et à certains de nos échanges passés, y compris certains avec d'autres que vous. Mais vous avez raison, c'est pas grave. Moi aussi j'ai la foi, mais apparemment ça n'est pas la même.
Allez... préférez-vous qu'on se serre la main ou qu'on se fasse la bise ?

La supposition du post précédent était juste pour vous aider à comprendre l'argument, mais il reste le même (et valable) que les actionnaires qui mettent la main à la poche soient "les anciens" ou "des nouveaux".

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Une fois de plus, nous

elvin — 06/01/2011 - 11:45

Une fois de plus, nous n'arrivons pas à parler de la même chose. Nos propos se croisent sans se rencontrer, à croire que nos esprits ne fonctionnent pas de la même façon. J'aimerais comprendre ce curieux phénomène, mais je ne crois pas que c'est le sujet de ce blog.

je vais quand même essayer en reprenant mon post d'hier pour bien comprendre où est notre désaccord.

Ce sur quoi il me semble que nous sommes d'accord:
1. le TMM s'énonce "la valeur d'un actif est indépendante du mode de financement de cet actif"
2. la valeur d'un actif est la somme actualisée des flux financiers associés à cet actif
3. les flux financiers positifs (revenus) sont indépendants du mode de financement de l'actif. A partir de là, nous ne parlons plus que des flux négatifs (coûts).
4 le financement en capital et le financement par dette se différencient par les termes du contrat entre l'entreprise et l'apporteur de fonds

Ce que je dis (et qui semble problématique):
5. ex ante, les flux attendus sont des estimations subjectives de chaque agent concerné
6 toujours ex ante, ces flux (et donc la valeur de l'actif) sont différents par hypothèse entre fonds propres (actions) et dette. C'est sur cette base que les agents choisissent le mode de financement.
7. ex post, il n'y a aucune raison que les flux réels constatés soient identiques.
8. le TMM n'a donc de sens que si on fait l'hypothèse qu'il existe une "vraie" valeur d'actif qu'on peut connaître ex ante de façon objective.

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Avant de répondre...

Jean-Edouard — 06/01/2011 - 12:00

... j'aimerais être sûr que je comprends votre point 6. Evidemment si vous faites l'hypothèse que l'actif ne rapporte pas la même chose quand vous le financez par action ou par dette, il n'est pas surprenant que dette et actions ne soient pas équivalents. Mais pourquoi serait-ce le cas ? Ce que vous avez en tête (et que je retraduis dans mon langage), c'est que les actionnaires potentiels et les prêteurs potentiels ne sont pas les mêmes personnes et n'ont pas nécessairement les mêmes anticipations sur la rentabilité de la firme, et qu'il est donc moins coûteux de se financer auprès des plus optimistes ?

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dur, dur...

elvin — 06/01/2011 - 17:32

(j'apprécie que vous preniez le temps de me répondre après nos passes d'armes assez vives. Merci. Ça me redonne espoir que nous parvenions un jour à nous comprendre)

"si vous faites l'hypothèse que l'actif ne rapporte pas la même chose quand vous le financez par action ou par dette..."
Je *ne fais pas* cette hypothèse, au contraire (cf mon point 3), du moins en ce qui concerne les *revenus* qu'en tire l'entreprise. En revanche, je dis qu'à revenu égal, les *coûts* pour l'entreprise, qui sont les revenus des investisseurs, sont différents, ce qui entraîne que la valeur *nette* pour l'entreprise (revenus moins coûts) et la valeur tout court pour les investisseurs, est différente - sauf bien sûr cas exceptionnels où ça coïnciderait par hasard.

Mon point 6 part de la définition même du capital et de la dette. Un placement en obligations (dette) se traduit par un contrat qui définit exactement les flux futurs entre l'investisseur et l'entreprise, et ce de façon indépendante des revenus que l'entreprise tirera de cet investissement. Au contraire, un placement en fonds propres (actions) se traduit par un contrat (ou quasi-contrat) dans lequel il est entendu que ces flux dépendront entre autres choses du revenu réalisé par l'entreprise, mais ou l'algorithme de calcul de ces flux n'est pas spécifié. Il est donc tout à fait improbable et exceptionnel que les deux flux soient identiques, que ce soit ex post dans la réalité ou ex ante dans les anticipations des différents agents concernés.

Bien sûr une conséquence est que "les actionnaires potentiels et les prêteurs potentiels ne sont pas les mêmes personnes", justement parce qu'elles "n'ont pas nécessairement les mêmes anticipations", mais ça n'est pas l'essentiel de ce que je dis. Et je ne prends pas non plus position sur la question de savoir ce qui est plus ou moins coûteux pour les uns et pour les autres.

Je dis seulement, et c'est de là que toute cette discussion est partie, que je ne vois pas ce que signifie le théorème de Modigliani-Miller dans ce contexte, ni comment on peut affirmer qu'il est indifférent pour une entreprise de se financer par actions ou par dette (ce qui n'est d'ailleurs pas exactement la même chose que ce que dit le TMM)..
Et en allant un peu plus loin, je dis que c'est un bon exemple du hiatus entre l'économie "orthodoxe" et la réalité qu'elle prétend expliquer, ce qui nous renvoie à une autre discussion. J'ai en effet le sentiment que nos différences les plus profondes, qui expliquent tout le reste, se situent au niveau épistémo-méthodologique

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