Le marché des jeux vidéo d'occasion est-il pire que le piratage ?
Jean-Edouard — 21/05/2010 - 21:16
HS : enfin...
Alors que je suis de plus en plus désespéré par les sites des quotidiens en ligne, qui semblent s'intéresser beaucoup plus au festival de Cannes qu'à la réforme de Wall Street approuvée par le Sénat américain (et sont par ailleurs incapables de parler de cette dernière autrement qu'en recopiant la dépêche de l'AFP), je suis soulagé de voir que quelques sites d'information restent quand même sérieux.
Le site jeuxvideo.com, que les relativement vieux comme moi connaissent plus sous le nom d'ETAJV (pour Encyclopédie des Trucs et Astuces des Jeux Video), produit en effet et de plus en plus une information de grande qualité non seulement sur les jeux qui sortent, mais aussi sur l'histoire des jeux video, l'industrie, la législation, l'éthique (peut-on se servir de jeux video pour faire de la publicité pour l'armée ?), et tout ce qui touche de près ou de loin à ce secteur. Le tout avec une orthographe irréprochable, plus encore que celle de lequipe.fr, autre source d'information en ligne qui fait vraiment son boulot (selon Emmeline, car nous sommes un couple moderne).
Via jeuxvideo.com donc j'apprends que les deux géants Ubisoft et Electronic Arts en ont après le marché de l'occasion qui, d'après le cofondateur de Blitz Games, serait "un plus gros problème que le piratage".
Le raisonnement me paraît être implicitement le suivant : Ubisoft vend un jeu à 60 euros à monsieur A. A finit en une semaine le mode solo, joue quelques mois au mode multijoueur avant de se tourner vers d'autres amours. Il revend alors le jeu à monsieur B, pour 30 euros par exemple. Monsieur B qui, peut-être, si ce jeu n'avait pas été vendu d'occasion, aurait été prêt à acheter celui-ci, ou un autre, au même Ubisoft.
Conclusion : si l'on pénalise le marché de l'occasion, par exemple en obligeant les acheteurs d'occasion à payer dix euros pour accéder au mode multijoueur d'un jeu, le marché de l'occasion exercera une concurrence moins forte sur le marché du neuf, et les pauvres éditeurs seront sauvés de la ruine.
Ce raisonnement est singulièrement erroné en ce qu'il suppose que le marché de l'occasion n'affecte pas le marché du neuf, par exemple qu'on pourrait toujours vendre des jeux 60 euros en empêchant leur revente d'occasion. Un peu comme si on supposait qu'on peut couper 100 milliards dans les dépenses publiques sans affecter la croissance économique (c'est juste un exemple, bien entendu).
Supposons que A soit prêt à payer 20 euros pour le seul plaisir de jouer au jeu lui-même. Sans marché de l'occasion, il n'est évidemment prêt à payer que 20 euros. Maintenant supposons que B soit dans la même situation. B est prêt à payer à A au moins 20 euros pour lui racheter le jeu. Donc A peut anticiper qu'il peut jouer au jeu, ce qui lui apporte une utilité de 20 euros, puis le revendre plus tard pour 20 euros. Comme il ne touchera ces 20 euros que dans le futur, il faut appliquer un taux d'escompte, mettons que donc en tout il puisse estimer que ce jeu va lui rapporter 35 euros. Mais B peut se dire qu'il va revendre le jeu à C, par exemple là encore pour 20 euros. Du coup il est lui-même prêt à verser 35 euros à A, et non 20. Donc A est prêt à payer le jeu plus que 35 euros. Peut-être 42 par exemple. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que A soit prêt à verser 60 euros pour le jeu, au lieu des 20 euros qu'il y mettrait en l'absence d'un marché de l'occasion.
C'est ce qu'on appelle en termes savants, m'a dit Mathieu Perona (sans accent donc) l'appropriabilité indirecte : le vendeur d'origine peut faire payer à l'acheteur des copies ou des reventes ultérieures, et donc bénéficier de ces dernières. Cela n'implique pas forcément qu'il soit optimal pour l'éditeur du jeu qu'un marché de l'occasion existe, mais ce n'est pas une raison non plus pour négliger complètement cet effet.
Par ailleurs, le marché de l'occasion me semble plus ou moins important selon les types de jeux :
-Il y a d'abord les gros blockbusters, souvent de très grande qualité, avec une longue durée de vie et un aspect multijoueur important. Typiquement les jeux de Blizzard, que je soupçonne de soigner l'image "producteur des rolls des jeux vidéo" en annonçant à dessein des dates de sortie irréalistes, pour pouvoir communiquer sur le thème "le jeu ne répondait pas à nos exigences techniques, nous avons préféré le retarder d'un an". Le marché de l'occasion doit être assez faible pour ce genre de jeux, j'ai personnellement encore mes CD de Warcraft II (ceci dit je les avais achetés d'occasion).
-A l'autre extrémité du spectre il y a les tout petits jeux, modestes, souvent proposés à des prix moindres, et sans prétention autre que d'occuper leur acheteur pendant quelques jours. Pour ceux-là je ne suis pas sûr que le marché de l'occasion soit très développé (mais je me trompe peut-être). Il y a beaucoup de jeux de cette sorte, beaucoup de vendeurs potentiels, des coûts de transaction élevés par rapport au prix que l'on pourrait tirer du jeu. Donc je ne pense pas que ce genre de jeux soit très menacés par le marché de l'occasion (ou est-ce parce qu'ils le sont potentiellement que le prix neuf est faible, ce qui tue le marché de l'occasion ?), et c'est peut-être même pour ça que leur prix est faible : je sais qu'un jeu X ne m'occupera pas très longtemps, et qu'il sera difficile à revendre, donc je ne suis pas prêt à le payer très cher.
-Les jeux un peu atypiques et originaux peuvent bénéficier très fortement de l'existence d'un marché de l'occasion. Si je vois un jeu que je ne connais pas et dont le principe ne me dit pas grand-chose, je peux être prêt à l'acheter pour l'essayer si je sais qu'au pire je pourrai toujours le revendre ou l'échanger. Si en revanche je dois supporter entièrement le risque qu'il ne me plaise pas je vais probablement me tourner vers un type de jeu que je connais mieux. Personnellement, j'ai eu accès à la plupart des jeux ou des types de jeux que j'ai découverts d'abord via des jeux d'occasion. J'ai par exemple eu il y a longtemps Might and Magic VI gratuitement pour l'achat d'un autre jeu, suite à quoi j'ai acheté les VII, VIII et IX, pour le plus grand bénéfice de l'éditeur. Idem pour Wing Commander III, suivi de IV et V. Même des jeux très connus peuvent donc attirer de nouveaux consommateurs par le biais de l'occasion, un peu comme le téléchargement illégal peut faire découvrir des artistes que l'on n'aurait pas écoutés autrement.
-Entre les petits jeux et les blockbusters, il y a toute une gamme de jeux bons mais sans plus, à l'originalité discutable. Des "first person shooters" sympas mais basiques par exemple, des jeux de sport, des simulations originales mais sur lesquelles on ne passera pas des mois, des jeux d'aventure ou d'énigmes peu rejouables... Pour ceux-là, on peut penser qu'effectivement certains acheteurs vont en faire le tour assez vite, avant de les revendre à d'autres joueurs qui feront de même. Peut-être qu'ils le revendent à un prix très faible et que cette possibilité de revente n'influe pas tellement sur leur décision d'achat première, en quel cas effectivement l'éditeur y perd. Mais peut-être qu'inversement on revend ces jeux assez cher, et que le premier acheteur n'aurait pas acheté au même prix sans cette possibilité. Cela expliquerait à vrai dire le fait surprenant que les jeux "moyens" trouvent preneur quasiment au même prix que les jeux les plus attendus (mais il y a d'autres possibilités : equilibre "mélangeant" où les éditeurs de jeux moyens craignent qu'un prix bas soit signe de mauvaise qualité, forte élasticité prix, sensibilité des acheteurs à une certaine "fairness" des éditeurs, collusion tacite...) : les premiers sont achetés puis revendus, les deuxièmes ont une durée de vie longue et sont conservés précieusement.
Peut-être d'ailleurs pour être revendus bien plus tard, lorsqu'ils seront devenus "collector". Le site de la FNAC propose depuis peu une section "oldies" où l'on trouve par exemple la cartouche originale de Secret of Mana (1994), avec le guide stratégique, à 54,90 euros, sachant qu'on peut télécharger gratuitement la version émulée. Et encore, à ce prix je préfère garder ma cartouche (volée à mes cousins je crois, mais il y a prescription). Donc précipitez-vous sur cette affaire (si vous avez une Super Nes évidemment, sinon achetez-en une), vous me remercierez plus tard. Le développement d'un marché du jeu vidéo de collection est un phénomène économique intéressant à observer, en ce qu'il doit être très similaire à d'autres marchés de ce type (marché de l'art, des voitures de collection...) mais est juste en train de naître. Quels vont être les principaux acteurs du marché, qui va l'organiser, y aura-t-il des intermédiaires dédiés, des experts, des commissaires-priseurs ? Certains investiront-ils dans des jeux neufs judicieusement choisis dans le seul but de les revendre 20 ans plus tard ? Les députés de l'UMP expliqueront-ils en 2100 que de malheureux smicards sont soumis à l'ISF parce qu'ils ont pieusement conservé la Game Boy d'origine de leur arrière-arrière-grand-père (c'est ultra-résistant une Game Boy), évaluée à 10 millions d'euros (de 2010, car qui sait si l'euro existera encore en 2100, et quelle inflation aura été la sienne dans l'affirmative) ?
Tout cela nous éloigne un peu de notre sujet. Pour résumer, s'il est possible que certains jeux souffrent effectivement de l'existence d'un marché de l'occasion;, rien n'autorise donc en tout cas un raisonnement simpliste selon lequel un jeu vendu d'occasion est un jeu de vendu en moins pour un éditeur. Bref, comme d'habitude, rien n'est simple en économie. Etant donné l'incertitude qui pèse sur les effets d'entraves mises au marché de l'occasion, je ne saurais trop conseiller les éditeurs d'abandonner ce genre de projets "défensifs" et à l'utilité douteuse qui lassent profondément les joueurs (protections anti-piratage, obligation de se connecter à Internet muni d'un identifiant pour jouer etc.) pour essayer tout simplement de produire de bons jeux, ce qui reste (étonnamment) le meilleur moyen de faire des bénéfices importants (voir Blizzard).
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Ça rejoint le sujet du
NeoSting — 22/05/2010 - 12:37Ça rejoint le sujet du téléchargement musical illégal, pour qui les majors veulent impérativement accorder un téléchargement = une vente perdue. Sur le marché de l'occasion du jeu vidéo, les éditeurs ne contrôlent et ne retouchent rien du tout, et c'est la seul chose qui les gène. Pourtant, ces éditeurs sont souvent heureux de passer par ces mêmes acteurs (les magasins) pour vendre leurs titres pourris. Ils veulent donc les pénaliser avec ce genre de positions défensives mais ils se tirent une balle dans le pied aussi par la même occasion. D'où, par ailleurs, la prise de position vers toujours plus de dématérialisé. On oubliera pas non plus les DRMs sur PC qui rendent la plupart du temps les jeux d'ooccaze pratiquement injouables. A la question le marché de l'occasion est-il pire que le piratage, il aura juste fallu répondre que non, mais que le supprimer le fera davantage croitre. Dommage, vous vous perdez un peu dans la longueur...
Je suis économiste, pas
Jean-Edouard — 22/05/2010 - 12:57Je suis économiste, pas idéologue. La réalité est en général compliquée et les réponses à de telles questions nuancées, c'est pourquoi y répondre prend en général un peu plus que cinq lignes, et a fortiori qu'une. Comme à tous les commentateurs qui s'imaginent que les blogueurs sont là pour prendre en compte leurs petites préférences, je vous répondrai que si le positionnement de ce blog et la longueur des billets ne vous conviennent pas, je ne vous oblige absolument pas à les lire, et que votre absence ne me causera nul chagrin.
Une auto-satisfaction dans
NeoSting — 22/05/2010 - 20:25Une auto-satisfaction dans laquelle tu ne supportes pas la moindre petite critique d'un article ? Pour ma part, j'ai pris la peine d'écrire un commentaire non pas sur une phrase mais sur un paragraphe. Une attention qui montre que j'ai voulu lire et apprécier ton article. J'ai essayé d'être suffisamment constructif sans rentrer dans les détails pour apporter non pas ma préférence (de blogueur automasturbateur ?) mais quelques points que j'estime intéressants à relever. Enfin, si tu préfères avoir des commentaires à la skyblog, c'est ton problème.
Précisions
Jean-Edouard — 22/05/2010 - 22:35D'abord, merci de ne pas me tutoyer, on n'est pas sur un skyblog justement.
Tous les commentateurs à qui on répond un peu fermement répliquent aussitôt soit que l'on bride leur liberté d'expression, soit qu'on ne supporte pas la critique. Il y a deux points dans votre premier commentaire. D'abord un parallèle avec le téléchargement illégal, l'évocation des DRM etc, qui apporte quelque chose au débat et c'est un point sur lequel je suis d'accord avec vous, et que je vous remercie d'avoir évoqué.
Ensuite vous concluez de ces points non seulement que le marché de l'occasion n'est pas pire que le piratage, mais que j'aurais dû avoir la même conclusion que vous, alors que j'ai justement passé pas mal de lignes à expliquer pourquoi évaluer les effets du marché de l'occasion n'était pas simple, sans que vous me disiez en quoi mes arguments sont critiquables.
Vous finissez donc non seulement par m'expliquer ce que j'aurais dû conclure, mais aussi quelle devrait être la longueur du billet. Ce n'est pas de la "critique" de mon article, il faudrait que vous avanciez des arguments, c'est simplement un manque de politesse.
Sous ses dehors parfois légers ce blog a une vocation scientifique, merci d'en tenir compte. Cela implique notamment que "ne pas rentrer dans les détails" n'est pas un acte de gloire, tandis que faire des déclarations à l'emporte-pièce est un reproche qu'on peut vous adresser.
Par analogie, le marché des
henriparisien — 22/05/2010 - 14:03Par analogie, le marché des voitures d'occasion nuit-il à aux constructeurs automobiles ? Pourtant les arguments utilisés sont les mêmes.
Bon, il est vrai que certains pays africains interdisent maintenant l'importation de véhicule d'occasion. Mais je ne suis pas sûr que ce soit à l'avantage d'autres personnes que les importateurs de voiture neuve.
Ce qui est toujours étonnant dans les pratiques des Lobbiiste, c'est que parfois ils militent contre - non seulement les intérêts à moyen terme de leur industrie - mais même contre les intérêts à court terme de leur société.
Ce que vous relatez en est un nouvel exemple.
Des fois, je me dis que la lecture de Bastiat devrait être obligatoire.
@henriparisien (et
Visiteur discret mais bienvenu — 23/05/2010 - 15:38@henriparisien (et elvin):
Pour les voitures, on est quand même plus proche du bien privé que du bien de club... C'est pour çà que l'argumentaire des éditeurs de jeux n'est pas si absurde.
Tiens, c'est vrai que je
henriparisien — 24/05/2010 - 19:49Tiens, c'est vrai que je n'envisageais pas l'achat d'un jeu vidéo comme l'entrée dans un club ; et la comparaison - au moins pour les jeux en réseau - à une certaine pertinence.
Mais si c'est le cas, c'est le modèle économique des éditeurs qui est mal pensé. Pour faire bref, on achète une boite, et cette boite permet d'utiliser un certain nombre de services en ligne. Pour résoudre leur problème, les éditeurs n'ont qu'a modifier leurs modèle économique et vendre non plus la boite mais le service.
Sauf erreur de ma part, c'est ce que fait Blizzard pour WOW où le prix du jeu est une fraction du prix de l'abonnement annuel.
Lorsque j'écrivais bien de
Visiteur discret mais bienvenu — 26/05/2010 - 10:12Lorsque j'écrivais bien de club, je pensais "bien non rival excluable". Dans le cas des jeux en ligne, on est plutôt dans la configuration "bien privé", puisque la présence d'un joueur occasionne sans doute un surcoût non négligeable pour les serveurs du jeu en ligne.
Le prix d'un jeu vidéo est largement supérieur au coût marginal de production d'un exemplaire. Il est donc possible que le coût de transaction lors de la revente soit supérieur à celui de production d'un exemplaire neuf. Auquel cas et si l'on suppose que la disposition à payer est identique chez les joueurs, l'interdiction du marché secondaire permet d'augmenter le bénéfice de la société éditrice. Cela est bon car cela permet de rendre rentable des jeux qui ne l'auraient pas été et pour lequel le public est prêt à payer.
Par contre, dans le cas de la voiture, il est quasiment certain que le coût de transaction pour la revendre est inférieur au coût marginal de production d'une voiture neuve. Préconiser l'interdiction du marché secondaire relève alors du luddisme (NB: il peut y avoir des raisons plus valables de faire cela: les vieilles voitures sont plus polluantes, beaucoup de voitures revendues à l'étranger sont des voitures volées...). C'est sans doute ce qui explique que les constructeurs participent souvent eux-mêmes à ce marché.
Alors, là, je ne suis plus
henriparisien — 26/05/2010 - 12:36Alors, là, je ne suis plus vraiment d'accord.
En particulier sur "Auquel cas et si l'on suppose que la disposition à payer est identique chez les joueurs, l'interdiction du marché secondaire permet d'augmenter le bénéfice de la société éditrice. "
Les jeux vidéos sont des biens culturels et à ce titre une durée de vie assez limité. Il y a deux paramètres important dans la décision d’achat du consommateur : le prix, mais aussi la proximité de la date de sortie.
Pour faire simple imaginons un petit modèle avec deux dates de vente pour un produit ; Les consommateurs achèteront le produit si son prix de vente est inférieur à leur fonction d’utilité P à la deuxième date ; mais ils sont prêt à payer un surcoût S pour un achat immédiat ;
Supposons qu’en cas de marché de l’occasion ; le prix de vente des jeux de seconde mains s’établira à Po ;
Sans marché de l’occasion, l’éditeur pour séduire les premiers proposera le prix (P + U) et touchera Npu client ; il étendra dans un deuxième temps son marché en proposant ensuite son produit au prix P et séduire ainsi Np nouveau client. Son CA est de Npu * (P+U) + Np * P ;
Avec un marché de l’occasion, l’éditeur peut séduire le même nombre de client avec le prix (P+U+O) ; c’est le marché secondaire qui va s’occuper d’approvisionner les clients suivant. Son CA est donc Npu * (P +U +O)
Perd-t-i quelque chose dans l’opération. Même en supposant ces coûts de production nul, il perd si Npu * Po < Np * P ;
En supposant que tous les jeux sont revendu (hypothèse haute) ; on n’a Npu = Np. Et comme il faut qu’il y ait adéquation de l’offre et de la demande on a Po = P ;
Donc dans les DEUX cas, le CA de l’éditeur est le même.
Mais ses coûts sont plus faible puisque dans le deuxième cas, il n’édite pas les boîtes (dont le coût n’est pas nul) mais surtout ne paye pas deux fois les frais de distribution ;
Avantage – pour l’éditeur – au marché de l’occasion.
On peut bine sûr compliquer le modèle, mais je ne suis pas sûr qu'avec des hypothèses plus réaliste, l'éditeur est un réel avantage à vouloir supprimer le marché de l'occasion. Comme celui-ci est en concurrence frontale avec le piratage, il aurait plutôt intérêt à travailler le marché afin d'augmenter l'appétence des consommateurs pour la nouveauté. C'est d'aillerus ce qu'ils font.
Je rappelle que je supposais
Visiteur discret mais bienvenu — 26/05/2010 - 19:36Je rappelle que je supposais que le *coût de revente* était supérieur au coût de production/distribution...
(En effet, le type qui revend son jeu a une incertitude sur le prix de revente, il doit chercher un acheteur... Celui achète doit attendre un certain temps avant de pouvoir en profiter, doit faire attention que le paquet n'ait pas été abîmé...).
Donc, en cas d'interdiction du marché secondaire, le CA diminue sans que cela se traduise par une réduction des coûts suffisante.
Mais vous conviendrez sans mal que les effets de l'interdiction du marché secondaire sont bien différents dans le cas du jeu vidéo (sans doute faibles et pas forcément négatifs) et celui de la voiture (à la fois importants et négatifs).
[quote] Je rappelle que je
henriparisien — 27/05/2010 - 13:39[quote]
Je rappelle que je supposais que le *coût de revente* était supérieur au coût de production/distribution...
(En effet, le type qui revend son jeu a une incertitude sur le prix de revente, il doit chercher un acheteur... Celui achète doit attendre un certain temps avant de pouvoir en profiter, doit faire attention que le paquet n'ait pas été abîmé...).
Donc, en cas d'interdiction du marché secondaire, le CA diminue sans que cela se traduise par une réduction des coûts suffisante.
[/quote]
Oui, j'ai supposé implicitement que le "coût de revente" était nul. S'il n'est pas nul, il y a une somme D que l'éditeur ne peut pas réclamer directement au premier consommateur en majorant son prix de vente de la totalité du prix du marché de l'occasion.
Cette somme est en partie capté par les distributeurs de jeux vidés qui animent le marché de l'occasion. Et donc la demande des éditeurs d'interdire le marché de l'occasion est tout à fait dans le cadre de l'analyse de Bastiat : on fait intervenir l'état pour - au nom de l'intérêt général - capter une partie plus grande de la VA, quitte à diminuer la VA totale de l'activité.
[quote]
Mais vous conviendrez sans mal que les effets de l'interdiction du marché secondaire sont bien différents dans le cas du jeu vidéo (sans doute faibles et pas forcément négatifs) et celui de la voiture (à la fois importants et négatifs).
[/quote]
Sur le marché des biens soumis à usure - comme une voiture - l'analyse doit être différente : pour faire bref, les constructeurs automobiles ont la même capacité dans le prix de vente finale a intégrer le prix du marché de l'occasion que les éditeurs de logiciels ;
Sans marché de l'occasion, ils perdent cette opportunités. Du coté consommateurs, il y a la nécessité pour beaucoup de bénéficier d'une voiture. Il y a aussi - pour certain - l'utilité sociale d'avoir une belle voiture ou simplement le "confort" qu'apporte l'absence de contrainte d'entretiens. Avec la suppression du marché de l'occasion, ces utilisateurs sont frustrés puisque obliger :
- soit de mettre au rebut des voitures qu'ils auraient pu espérer vendre ;
- soit de garder leurs voitures jusqu'à la fin de leur durée de vie ;
Donc leur satisfaction à acheter une voiture diminue ; ce qui se traduit par une baisse dans le prix qu'ils sont près à proposer ; Et en pratique par une descente en gamme. Avec pour effet de favoriser les constructeurs spécialisés dans les petits véhicules au détriment des autres.
Je n'ai aucune idée de la législation allemande. Mais je ne serais pas étonné que le "contrôle technique" y soit beaucoup plus léger qu'en France. Tiens, encore du Bastiat caché :)
Invoquer Bastiat ne me semble
Visiteur discret mais bienvenu — 30/05/2010 - 22:46Invoquer Bastiat ne me semble pas vraiment justifié ici: le billet donne un exemple de restriction du marché de l'occasion par des moyens non juridiques (obligation d'enregistrement sur le site de l'éditeur). On pourrait donc invoquer Bastiat pour interdire d'interdire le marché secondaire.
Ensuite, dans les hypothèses que je fais, l'interdiction du marché secondaire est Pareto-améliorant: les joueurs ne perdent rien et l'éditeur est gagnant.
Maintenant, je suis d'accord que dans la vraie vie:
_il est douteux qu'il y ait effectivement amélioration,
_quand bien même il y aurait amélioration, il est douteux que le gain soit significatif.
Sinon, parfaitement d'accord pour les voitures. (à part pour le contrôle technique qui me paraît justifié par les externalités que peuvent représenter une voiture mal entretenue).
"Des fois, je me dis que la
elvin — 22/05/2010 - 15:42"Des fois, je me dis que la lecture de Bastiat devrait être obligatoire."
+1
Premier réflexe en lisant
Skav — 23/05/2010 - 00:15Premier réflexe en lisant cela : c'est un coup de pression dans le contexte du rapport de force entre éditeurs et revendeurs, ou une nouvelle mesure anti-piratage qui ne dit pas son nom.
Mais finalement il semble que le marché ne soit pas si négligeable : 20% du CA de Gamestop aux US, soit 1/3 des jeux vendus si on prend le ratio 50% du prix.
Pas réussi à trouver de chiffres fiables sur l'ensemble du marché de l'occasion, qui restent cachés dans des rapports payants tels que http://www.eedar.com/Reports/ ou http://www.gamesindustry.com/about-newzoo/gamesmarketreport
Rien à voir, mais il y a des balises br insérées dans vos liens (sauf ecopublix) qui les rendent injoignables directement.
(Remarque un peu en marge) Le
VilCoyote — 23/05/2010 - 13:12(Remarque un peu en marge)
Le développement de la vente des jeux sur Internet (Steam, Fnac téléchargement...) et donc leur dématérialisation ne risque-t-il pas d'affaiblir de facto le marché de l'occasion ? Revendre une clé d'activation d'un téléchargement sur e-Bay est bien sûr possible, mais je ne suis pas sûr que ça attire des acheteurs de la même façon que la promesse d'une boite de jeu avec les DVD (impression de payer pour rien, parce qu'on a l'impression que le vendeur ne se sépare de rien - c'est d'ailleurs un peu le cas, il a toujours sa clé d'activation une fois qu'il l'a vendue...).
Pourtant, le produit acheté serait de meilleure qualité (pas de DVD rayé, de manuel déchiré : les données en ligne sont incorruptibles et le PDF du user manual aussi).
Je ne sais pas quelle est la place de la vente dématérialisée pour les jeux vidéo, aujourd'hui. Je sais qu'Amazon a vendu plus d'eBooks que de paperBooks à Noël 2009, mais pour les jeux...
Bon voilà c'est tout, maintenant c'est l'heure de l'apéro au soleil. Bon week-end =)
Merci J-E pour ce billet : un
LDB — 24/05/2010 - 18:41Merci J-E pour ce billet : un bel exemple pédagogique des interactions possibles entre deux marchés a priori substituts et de l'ambivalence de l'impact du marché de l'occasion. Par ailleurs, à la suite de votre article, j'aurai tendance effectivement à dire que quand même, vous avez réussi à me convaincre qu'en fait le marché de l'occasion pour les jeux vidéo était quelque chose de très positif pour les éditeurs. A faire lire à mes étudiants donc... (une remarque : vous intégrez dans le raisonnement sur les DAP des consommateurs un taux d'escompte, mais ultimement, étant un peu joueur parfois par périodes et achetant des jeux d'occasion aussi, que l'incertitude sur le prix de revente est au moins aussi importante que l'escompte, surtout pour les joueurs invétérés qui doivent revendre au bout de quelques semaines sinon quelques jours).
"Etant donné l'incertitude
Visiteur discret mais bienvenu — 25/05/2010 - 08:15"Etant donné l'incertitude qui pèse sur les effets d'entraves mises au marché de l'occasion, je ne saurais trop conseiller les éditeurs d'abandonner ce genre de projets "défensifs" et à l'utilité douteuse qui lassent profondément les joueurs (protections anti-piratage, obligation de se connecter à Internet muni d'un identifiant pour jouer etc.) pour essayer tout simplement de produire de bons jeux, ce qui reste (étonnamment) le meilleur moyen de faire des bénéfices importants (voir Blizzard)."
L'un n'empêche pas l'autre : ce sont des métiers distincts, des équipes distinctes, des publics distincts, des profits indépendants : donc, deux métiers à intégrer dans un grand groupe.
Pourquoi vendre dès aujourd'hui ce que vous pourriez vendre demain, et vous contenter aussi longtemps que possible d'empocher la rente ?
L'avis d'un passionné de jeux vidéo
Le Beller — 03/06/2010 - 11:03J'ai 22 ans et je joue beaucoup aux jeux-vidéos. Je pense au sujet de cet article que vu la cadence de sortie des nouveaux titres vidéo-ludiques, les éditeurs n'ont vraiment pas à s'en faire à ce sujet. Le marché de l'occasion à toujours existé et les éditeurs ont semblé s'en accommoder depuis le temps. Je pense que le piratage reste leur souci principal.
Mais pour le piratage, j'ai une solution à leur proposer, une solution qui fonctionne à tous les coups : Mr les éditeurs, arrêtez de prendre les joueurs pour des cons / vaches-à-lait et tout ira mieux.
Je prendrais l'exemple du jeu Starcraft pour illustrer mon propos : ce jeu est une véritable petite pépite et le 1er opus (qui a 12 ans déjà) continue à se vendre en magasin alors que le 2ème viens juste de pointer le bout de son nez.
Quant au 2ème opus (je vous avais prévenu je suis un passionné), sa qualité est telle que son éditeur Activision n'a pas besoin de se faire le moindre souci pour la vente de son bébé. En effet, la majorité des gamers (moi y-compris) ont téléchargé une version pirate du jeu pour le testé, mais ils comptent bien l'acheter à sa sortie pour profiter d'une fonctionnalité démente (le mode multijoueur online)
En tout cas, très bon article, je viens de tomber sur ce blog que je trouve très intéressant et que je continuerais à suivre dans le futur.
un autre facteur positif de l'occasion
Ant — 04/06/2010 - 14:58Le marché de l'occasion est d'après un témoignage (http://www.raton-laveur.net/post/840) une des raisons de la survie des petits commerces qui les vendent. Supprimer ce marché reviendrait également à obliger lesdits vendeurs à mettre la clé sous la porte, et donc réduit la facilité à acheter des jeux vidéos (désolé, je n'ai pas le minimum syndicale en économie, donc j'exprime ça en terme profane).
@ vil Coyote
je suis d'accord avec vous sur le fait qu'un achat dématérialisé est moins facile à vendre en occasion. en revanche, je pense que ceci ne sera que temporaire, notre société étant pleine de ces achats immatériels. Lorsque les jeux dématérialisés deviendront une part majeure du gâteau, je pense que le marché de l'occasion se fera aussi bien sinon mieux que sur le support matériel car il sera beaucoup plus aisé (du moins en matière de logistique). A terme, il existera peut être une Bourse des jeux vidéos "dématérialisés".
Qui profite réellement de l'occasion ?
mitch — 02/08/2010 - 22:18J'arrive un peu tard pour participer à cette discussion qui a débuté fin Mai 2010, mais j'aimerai apporter mon point de vue sur un point qui, il me semble, n'a pas été abordé: à qui profite vraiment le marché de l'occasion ?
Les acteurs principaux du marché du jeu vidéo sont:
- Les développeurs (ceux qui créent le jeu: programmation, graphismes, musique, etc...) à qui revient tout le mérite de la réalisation technique et artistique)
- Les éditeurs/distributeurs (qui fabriquent un produit commercialisable destiné à la vente au public)
- Les grossistes (qui achètent en grande quantité au distributeurs et qui revendent aux magasins)
- Les magasins (qui achètent les jeux aux grossistes et qui revendent au consommateur)
- Le consommateur qui achète le jeu au magasin
Je ne parlerai des prix uniquement de la partie que je connais.
Un magasin vends un jeu vidéo à 65 euros TTC (prix très courant sur les consoles Next Gen).
Il l'a acheté environ 46 euros TTC à son grossiste (réalisant une marge de 19 euros TTC, soit environ 40% par rapport au prix grossiste).
Chaque maillon de la chaîne prenant sa commission au passage, le créateur du jeu reçoit donc une très faible partie du prix de vente au consommateur.
Ce même exemplaire pourra être racheté d'occasion (et revendu) et rien n'empêche un nombre infini de cycles d'achat/revente.
Qu'en est-il de la rémunération de l'auteur de ce produit à qui revient tout le mérite ? Il ne perçoit rien sur les ventes d'occasion, alors que la marge réalisée en magasin est de plus de 60% sur un produit d'occasion.
Si le marché de l'occasion n'existait pas, l'ensemble du budget des consommateurs (joueurs) passerait dans l'achat de matériel et de jeux neufs, et les éditeurs et développeurs gagneraient donc plus d'argent.
Par ailleurs, je tiens à souligner que l'achat d'une oeuvre musicale, d'un film, d'un livre ou d'un jeu vidéo n'autorise en aucun cas la revente de celui-ci.
Je cite ce qu'il y a écrit sur la boîte de mon jeu vidéo Next-gen:
"La copie, l'ingénieurie à rebours, LA TRANSMISSION, la présentation en public, la location, la facturation de l'utilisation ainsi que le contournement de la protection contre la copie sont strictement interdits."
Le simple fait de préter le jeu à un ami est légalement interdit... alors le revendre à un commerce qui va en profiter pour faire des bénéfices...
Pour ma part, je pense que le marché de l'occasion représente une perte significative de chiffre d'affaire et pénalise directement les créateurs de jeux vidéo.
Addendum
Jean-Edouard — 03/08/2010 - 10:04Vous n'arrivez nullement trop tard, si ce n'est que a plupart des lecteurs du blog doivent être en vacances, du moins je le souhaite pour eux.
Si je suis bien votre raisonnement, il consiste à dire que sur le budget d'un consommateur de jeux video de mettons de 100 euros (par mois, par trimestre, par an, comme vous voulez), une certaine proportion est dépensée en jeux neufs, et l'autre en jeux d'occasion. Mettons 50-50 par exemple.
Vous faites remarquer que les auteurs du jeu ne perçoivent évidemment des royalties que sur les 50 euros de jeux neufs, c'est vrai aussi. Première remarque, il est faut de dire que "tout le mérite du jeu revient à l'auteur". Il serait impossible de créer des jeux demandant des budgets conséquents sans le marketing, la distribution, la publicité, et toutes ces activités demandent de payer des professionnels qui coûtent cher. Rien n'empêche un studio de développement de jeux vidéo de distribuer et vendre ces jeux lui-même et récupérer la quasi-totalité du prix de vente, et certains le font. Si d'autres ne le font pas, c'est qu'ils trouvent un avantage à passer par des intermédiaires, qui ont donc leur utilité.
Contrairement à un préjugé répandu (et vieux comme Aristote) il n'y a donc a priori rien d'absurde à ce que l'activité qui nous semble la plus cruciale ne soit pas in fine la mieux rémunérée. Mais ce n'est pas le point le plus important.
Là où je ne suis plus d'accord, et tout le billet cherchait justement à montrer le contraire, c'est quand vous dites que "Si le marché de l'occasion n'existait pas, l'ensemble du budget des consommateurs (joueurs) passerait dans l'achat de matériel et de jeux neufs, et les éditeurs et développeurs gagneraient donc plus d'argent."
Ce qu'on se demande, c'est ce qui se passerait si on supprimait purement et simplement le marché de l'occasion. Votre raisonnement, qui semble être aussi celui de certains responsables de l'industrie du jeu vidéo, est que les 50 euros dépensés en jeux d'occasion seraient dépensés en jeux neufs, c'est-à-dire que le budget jeux vidéo de notre consommateur resterait constant, et que mécaniquement les euros non dépensés en jeux d'occasion passeraient en jeux neufs.
Or rien n'est moins sûr. Considérons d'abord que notre consommateur continue à consommer la même part fixe de 50 euros en jeux neufs. Si on supprime les jeux d'occasion, il y a fort à parier que son budget jeux vidéo total diminuera, les jeux devenant en moyenne plus chers. Donc peut-être que dix euros supplémentaires iront vers les jeux neufs, peut-être 20 ou 30, mais sûrement pas l'intégralité des 50 euros.
Ensuite il n'est pas sûr du tout que la part initiale de 50 euros de jeux neufs reste constante. L'idée développée dans le billet, c'est que si notre consommateur est prêt à payer une cartouche 65 euros, c'est probablement en partie parce qu'il sait que quand il s'en sera lassé il pourra le revendre d'occasion ou l'échanger avec un ami. Autrement dit pour 65 euros on peut jouer au jeu pendant par exemple 2 mois et le revendre 40 euros, on loue donc le jeu 25 euros pour deux mois. Les développeurs du jeu ne touchent rien sur les "locations" suivantes, mais il n'en va pas différemment des constructeurs d'automobiles par exemple.
Ce qu'illustre ce billet, c'est qu'il est tout à fait possible qu'après avoir supprimé le marché de l'occasion, le budget total consacré aux jeux neufs diminue au lieu d'augmenter. A mon avis, c'est notamment vrai pour des "petits" jeux, agréables à jouer mais à la durée de vie très courte, que personne n'achèterait s'il n'était pas possible de les échanger ou de les revendre. Le principal effet de la disparition du marché de l'occasion, ce serait à mon avis une concentration accrue du marché des jeux vidéo, et une disparition des petits studios.
La démarche illustre bien le raisonnement conséquentialiste qui est celui de l'économiste. Si ce qui importe c'est d'assurer que les développeurs reçoivent des sommes importantes de manière à favoriser la création de jeux vidéo, peu importe que d'autres touchent des commissions ou des marges plus importantes, que certains profits paraissent moraux ou non, qu'il semble anormal que des échanges aient lieu sans apparemment profiter directement aux créateurs du jeu. Ce qu'il faut c'est comparer le scénario A (avec marché d'occasion) avec le scénario B (sans marché d'occasion) et les conséquences des deux scénarios pour les développeurs, sans négliger la complexité de ce type de marché. Raisonnement simple mais qui me semble assez rarement mené.
Pour finir, on peut développer un argument plus général. Avec des supports matériels, une cartouche de jeu génère d'autant plus de satisfaction pour les consommateurs en général qu'il passe entre les mains d 'un grand nombre de consommateurs. Plus le jeu tourne, et plus la somme totale que toutes les personnes ayant eu en main sont prêtes à payer pour la cartouche augmente, donc plus la somme que le vendeur du jeu pourrait percevoir pourrait être élevée. La difficulté c'est de trouver un mécanisme tel que le créateur du jeu puisse percevoir ce surplus, ce que peut-être le marché de l'occasion ne fait pas bien. Mais négliger totalement ce côté du problème me semble très réducteur, et il est inquiétant que de hauts responsables de grandes firmes vidéoludiques ne s'en rendent pas compte.
Intéressant ce débat
flo_py — 26/08/2010 - 09:52Bonjour,
Tout d'abord, je tenais à féliciter l'auteur de ce billet. L'analyse est intéressante, pertinente et je rejoins en grande partie son opinion. Je souhaiterai tout de même rebondir sur les différents commentaires postés.
Tout d'abord, je ne pense pas que comparer le marché de l'occasion du jeu vidéo à celui de l'automobile soit judicieux. Je suis complètement d'accord avec henriparisien ;
Je ne me vois pas garder ma voiture usée dans mon garage, surtout si j'ai dans l'optique de la remplacer. Ni même la mettre à la casse alors qu'elle peut se revendre.
De plus, les concessionnaires usent du marché de l'occasion pour booster les ventes de véhicules neufs. En effet, les garanties constructeurs allant de 2 à 5 ans, il arrive fréquemment que le concessionnaire vous propose de renouveler votre voiture à la fin de la cette dite garantie (moyennant un petit investissement car même si le concessionnaire fait un geste non négligeable, le véhicule a tout de même bien décoté à l'argus au bout de 2 ans). Cela permettant de disposer continuellement d'une voiture neuve et garantie.
Sans le marché de l'occasion, l'opportunité de conserver un client pendant une longue période est donc fortement remise en question.
Cette méthode permet donc au client de disposer d'un véhicule neuf, garanti et renouvelable pendant une longue période. Je préfère user de ce principe plutôt que de garder un véhicule 8 à 10 ans, car je n'imagine plus dépenser de l'argent dans des réparations et des contrôles divers, et devoir redépenser une somme conséquente pour l'achat d'un nouveau véhicule au bout des 8 à 10 années. Bien sûr cela ne s'applique à la base qu'aux personnes désireuses de rouler dans un véhicule neuf.
Pour en revenir au marché du jeu vidéo, sauf erreur je vois que le problème vient en premier lieu des commissions que réalisent les magasins. Même s'il faut rémunérer les vendeurs et financer les magasins, les marges sont trop importantes à mon sens.
Il faut savoir que les magasins profitent également du marché de l'occasion pour proposer des offres spéciales (vendez 3 jeux, choisissez en 1 neuf parmi la sélection par exemple), preuve que ce marché les arrange bien également. L'analyse devrait donc porter davantage sur le manque à gagner des éditeurs par rapport aux magasins plutôt que sur le marché de l'occasion en lui-même.
Au mieux s'ils veulent tuer ce marché, ce serait de baisser le prix de vente d'un jeu neuf (heureusement qu'il est possible d'en trouver sur A****n pour ne citer que lui où il n'y a pas ou peu de commission...). Personnellement, j'attends fréquemment que le jeu sorte en version "Platinium" afin de le toucher presque à moitié prix. Ce sont principalement les blockbusters qui entrent dans cette catégorie, mais beaucoup d'autres jeux voient leur tarif diminué après plusieurs mois. Donc le prix exorbitant proposé à la sortie est le problème principal du non-engouement des consommateurs vis-à-vis du neuf. L'occasion n'est qu'une excuse pour ne pas remettre en question le modèle économique (un peu comme avec l'industrie musicale et cinématographique...).
Enfin bon, même si les prix des jeux neufs baissent et provoquent l'engouement du consommateur, cela conduirait inéluctablement à la hausse de l'offre de l'occasion (plus de gens achètent donc potentiellement plus de gens revendent). C'est un peu le serpent qui se mort la queue et on serait confronté à un autre problème (saturation de l'occasion), ou un avantage (plus de gens achètent des consoles pour profiter de jeux neufs ou d'occasion abordables donc relance de l'économie).
Ensuite, par rapport à votre exemple : "si l'on pénalise le marché de l'occasion, par exemple en obligeant les acheteurs d'occasion à payer dix euros pour accéder au mode multijoueur d'un jeu, le marché de l'occasion exercera une concurrence moins forte sur le marché du neuf, et les pauvres éditeurs seront sauvés de la ruine.", je dirais pas forcément. Concrètement s'il suffirait de payer 10 euros une clé de licence pour pouvoir jouer, pourquoi acheter le support qui au final ne sert qu'à l'installation (exception faite des version Collector, Ultimate, ou tout autre artifice commercial) ? Je pense que la majorité des gens se tournera vers le piratage pour récupérer le jeu et paiera uniquement la licence pour pouvoir jouer. Cela aura pour effet de tuer le marché du neuf et de l'occasion en terme de support matérialisé.
Dans ce cas, pourquoi ne pas proposer gratuitement le jeu, et mettre un système de clé de licence à activation unique ? Même si cela engendrera plein d'autres soucis (quid en cas de panne matérielle, de système de réactivation, des keygen, ...).
Les nouvelles sécurités d'Ubisoft par exemple sont sidérantes et abusives ; j'achète un jeu qui ne dispose que d'un mode solo, or je ne peux pas jouer sans être connecté à Internet (adieu le jeu dans le train). Si j'ai le malheur d'avoir une coupure réseau, le jeu s'arrête immédiatement. Intolérable !
En tout cas, j'estime que l'occasion n'a rien à voir avec le piratage. Il n'y a qu'une dizaine de sources (souvent récupérées illégalement qui plus est) qui circulent sur les réseaux et partagées avec des millions d'internautes, alors qu'il n'y a pas 100% des acquéreurs de jeux neufs qui les revendent. En piratant, c'est comme si on disposait du jeu gratuitement, alors qu'en l'achetant d'occasion, on fait "vivre" un commerce ou un particulier, sachant que le vendeur a déjà payé l'éditeur par le biais de son achat neuf. Cela n'est tout de même pas comparable !
Pour conclure, je ne comprends même pas pourquoi ce débat a lieu, car au final tout produit de quelque nature qu'il soit peut se retrouver sur le marché de l'occasion ; un composant informatique, un meuble, une TV, un livre, un disque, un vêtement, ... Le raisonnement des "hauts responsables de grandes firmes vidéoludiques" est donc clairement abhérent et dénué de bon sens. Les premiers et les derniers acteurs de la chaine sont toujours les plus lésés, et ce n'est pas en voulant tuer le marché de l'occasion que cela va changer.
Je voulais vous dire quand
lolo86 — 19/11/2010 - 12:09Je voulais vous dire quand même qu'il existait aussi un Argus des jeux vidéo ( http://www.mistergameprice.com ) Et que cet Argus existe depuis quelques années. Il y a un vrai marché de collectionneurs, de passionnés donc comparer le marché du jeux vidéo d'occasion à celui des voitures n'est peut etre pas si exagéré que ca :)
ce que j'en pense
kfee35 — 27/05/2011 - 16:05Bonjour à vous,
Après la lecture de ce billet et de ces diverses commentaires, je me permet, bien qu'étant loin d'être économiste, d'apporter mon avis.
Je suis revendeur de jeux-vidéo, et suis donc aujourd'hui confronter à cette question. Pour faire très simple, si demain on interdisait le marché de l'occasion, je fermerai boutique...Je voudrais souligné que les chiffre indiqués par "mitch" sont erronés.
Aujourd'hui la marge réaliser sur du jeux neuf , est de l'ordre des 20% ( ceci est une moyenne et je ne vais pas entré dans les détails, sachant que la marge varie en fonction de la console, et de l'éditeur), il faut savoir également que le taux de marges est identique sur les accessoires officiels ( 30-35% sur les autre marques). Pour finir les consoles laissent une marge de 0.2%.
Alors effectivement, la marge réaliser par un magasin sur un jeu d'occasion est de l’ordre de 60%.
Voila pour les chiffres, et je pense ne pas avoir besoin de vous dire que c'est l'occasion qui me permet de vivre.
Pour en revenir au sujet initial, si l’occasion venait à disparaitre, la vente de jeux neuf diminuerai sérieusement. Plus de la moitié de mes clients finances l'achat d'un jeu neuf en revendant leur jeux. S'il n'avait plus cette possibilité, ils achèteraient donc beaucoup moins de jeux. Les petits éditeurs et développeurs disparaitraient et les plus gros en souffriraient également, car comme cité plus haut, les petits jeux, justifiant difficilement leur tarif au vu de leur qualité ou de leur durée de vie, ne ce vendraient plus.Or ce sont les mêmes éditeurs qu'ils les distribuent et qui s'enrichissent avec ces titres "low-cost" dont les cout de production sont bien loin d'un "call of duty".
Parmi mes client, beaucoup ne veulent plus acheter de jeux de chez EA, car ils savent qu'ils auront du mal à les revendre.
Pour résumer, la suppression de l'occasion signifierait la fermeture des magasins spécialisés, ne laissant plus que la grande distribution, et la vente en ligne...et la je pense que les éditeurs vont se mordre les doigts, lorsqu'il devront sacrifié leur marge pour répondre aux exigences de la GD qui les tiendra par les c******* (dsl pour l'expression, mais elle est tellement réaliste)
Sachant que les gros site marchand sont la propriété de grosses enseigne de la GD, il faudrait également s'attendre à voir les prix de la vente en ligne grimper. Les jeux sympa à petit budget n’atterrirais jamais sur les gondoles des supermarchés, et ne se vendront que sur internet.
Le marché de l'occasion fait vivre les magasins de jeux vidéo, permet au joueurs de s'acheter des jeux neuf à leur sorti, et fait vivre les éditeurs et développeurs.
La lutte acharnée des éditeurs pour contrer le piratages des jeux PC, à conduit à intensifier celui-ci. Avant vous achetiez un jeux 50€, vous en faisiez le tour et le revendiez 20-30 €.Aujourd'hui, vous achetez un jeux 50 €, mais vous ne pouvez plus le vendre (ou alors seulement 5-10€ car votre acheteur va devoir racheté une clé). donc soit vous doublez votre budget si vous souhaiter en acheter autant qu'avant, ou vous en acheter 2 fois moins ( la l'éditeur est perdant...), ou alors vous téléchargez votre jeux. Puis vous constater qu'en cherchant bien, on trouve de très bon site, et que c'est pas si compliqué que ça, et que les jeux marche pareil, alors vous arrêter tout bonnement d'acheter des jeux neufs. Résultat pour l'éditeur, vous qui étiez un client honnête, il vous à lui même incité à tester le téléchargement, en vous assommant de DRM contraignante. et finalement ne vous vends plus rien. (en tout cas ça c'est passé ainsi pour moi).
Bon je m'arrête la, je suis peut être un peu hors sujet, mais ça fait du bien d'en parler ))
Tout à fait dans le sujet
Jean-Edouard — 27/05/2011 - 16:16Merci pour ce témoignage et notamment pour les ordres de grandeur.