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Accueil › Blog › Le blog de Emmeline

Prépas, élites et imprécisions

Emmeline — 13/09/2010 - 20:39

A l'heure où sont inaugurés en grande pompe les premiers "internats d'excellence", Agnès Van Zanten vient de publier une tribune dans Le Monde en déplorant (je caricature) que le "parrainage des meilleurs" ne cache la forêt d'absence de lutte contre les inégalités. Le constat est à mon avis globalement juste, encore qu'un poil délayé.

Il reste qu'on pourrait attendre d'une scientifique un peu plus d'exactitude : si la CPES mise en place en 2006 au Lycée Henri-IV s'inscrit bien dans cette politique de "parrainage des meilleurs", à aucun moment on ne peut considérer, comme pour les deux autres initiatives citées par A. Van Zanten, qu'elle "[préfère] une ouverture limitée à un petit vivier de lycées défavorisés" ; et moins encore qu'elle "[cible des] établissements (...) classés comme défavorisés", ce qui aurait pour conséquence que "ces derniers [élèves issus de la classe moyenne] représentent entre la moitié et les deux tiers des bénéficiaires dans les programmes cités".

Rappelons-lui, même si elle devrait le savoir, ayant coordonné une étude (au demeurant discutable) sur ladite CPES, que tous les élèves admis dans cette classe ne peuvent l'être que s'ils sont boursiers(1), et que tout élève de Terminale répondant à ce critère est admis à postuler, quel que soit son lycée d'origine.

L'autocensure et le manque d'information sont déjà suffisamment forts, inutile d'en rajouter. Merci pour eux.

(1) On me répondra que ce n'est pas un certificat de défaveur (puisque "pauvreté" ne se dit pas). Certes, mais c'est tout de même un proxy acceptable.

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Le choix fait à l'occasion de

Visiteur discret mais bienvenu — 14/09/2010 - 07:46

Le choix fait à l'occasion de l'adhésion à l'Europe était de devenir l'économie la plus compétitive du monde.

Il est une croyance commune y compris chez de grands intellectuels selon laquelle la croissance vient des meilleurs élèves rendus libres d'améliorer la société dans leur propre intérêt.

Je ne vois rien d'anormal à ce que toutes les institutions d'un pays servent la politique de ce pays.

Donc, le premier objectif du système éducatif public de ce pays européen qu'est la France devient de trouver et former les meilleurs.

Remarquez que malgré le désaveu de l'électorat de cette politique, elle fait consensus à gauche comme à droite, dans les discours comme sur les bancs de l'assemblée nationale.

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Cette question scolaire est à

serenis cornelius — 14/09/2010 - 13:24

Cette question scolaire est à mon sens cruciale. Et en l'occurrence je me dis très "basiquement" que toute tentative d'améliorer les choses, à quelque niveau que ce soit, est "toujours mieux que rien".

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Actes de la Recherche en Sciences Sociales

Sincère nain — 15/09/2010 - 10:57

Heureux de vous lire de nouveau sur mon blog favori chère Emmeline et rassuré de voir que les ogres de la finance ne vous ont pas encore mangé(e) … tout votre temps. Je sais bien que vous devez avoir d’autres chats (enfin, façon de parler de la part d’un « cat lover ») à fouetter mais puisque vous semblez être particulièrement sensible à ce thème, vous devriez trouver de quoi exciter votre curiosité dans l’avant-dernier numéro d’Actes de la recherche en Sciences Sociales (n°183, juin 2010, sommaire ici : http://www.arss.fr/sommaires/les-classes-populaires-dans-lenseignement-s... ). Celui-ci est, par nature, beaucoup plus complet et rigoureux que ne saurait l’être une « tribune » (même longue) dans un quotidien (même du soir). On peut consulter gratuitement la version intégrale du premier article intitulé « « 30 % de boursiers » en grande école… et après ? » rédigé par Stéphane Beaud (actuel responsable du concours d’entrée de la filière B/L à l’ENS …) et Bernard Convert (http://www.arss.fr/articles/30-de-boursiers-en-grande-ecole-et-apres/ ) qui introduit et présente ce numéro consacré aux « classes populaires dans l’enseignement supérieur français ».
Nul doute que le passage de présentation de l’article d’Anne Lambert (qui fut (est ?) membre de RCE [http://www.rce-revue.com/?q=assomembres] – ah nostalgie ? – et est actuellement doctorante au Centre Maurice Halbwachs (ENS/EHESS)) vous interpellera au niveau du vécu … :
« Les classes préparatoires, qui constituent plus que jamais un bien rare dans la compétition scolaire élargie, ont été historiquement «prévues » pour une clientèle choisie, scolairement mais aussi le plus souvent socialement. L’objectif affiché aujourd’hui d’y faire entrer en nombre les « boursiers » et ainsi d’élargir le recrutement social de ces antichambres de l’élite laisse toutefois en suspens la question des conditions de possibilité de l’ajustement des dispositions des jeunes de milieu populaire aux manières d’être et aux styles de vie dominants en ces lieux, définis par le groupe localement dominant que constitue la « jeunesse bourgeoise ». D’où la fréquence des situations de porte-à-faux, de malaise social dans ces classes et a fortiori dans les grandes écoles les plus sélectives socialement. C’est notamment le cas, très minoritaire, des élèves de HEC ou d’ESSEC issus de milieu populaire, étudiés par Anne Lambert. Le saut entre la prépa et «l’école » est encore plus grand et violent que le passage du lycée aux classes préparatoires. Ils accèdent à des campus somptueux situés à l’écart du monde (« dis donc, tu nous a emmenés dans une école de riches » dit un cheminot syndicaliste à son fils, « nouvel HEC » ), découvrent le non-dit proprement social de l’institution, en tout premier lieu l’opulence parfois obscène de la majorité des élèves de ces écoles, mais aussi la difficulté propre à ces boursiers de s’adapter aux codes sociaux des enfants de la grande bourgeoisie qui se trouvent comme chez eux dans ces lieux. Sans compter le désarroi face à des choix professionnels qui peuvent les conduire à trahir leur classe, les solutions de compromis trouvés en s’engageant dans des voies qui ne font pas entièrement fi du sens de l’intérêt général. D’une part, ces très bons élèves doivent opérer un véritable travail d’ajustement aux nouvelles normes de comportement et aux nouvelles exigences d’HEC ou d’ESSEC ; d’autre part, ils opposent une résistance inégale aux destins professionnels objectivement inscrits dans le cursus de ces grandes écoles. »
Voir aussi l’interview par Sylvain Pattieu pour Contretemps de Paul Pasquali (lui aussi doctorant au Centre Maurice Halbwachs, sa thèse portant sur les politiques d’ « ouverture sociale » des grandes écoles et des classes préparatoires) : Des boursiers dans les grandes écoles (http://www.contretemps.eu/interviews/boursiers-dans-grandes-ecoles )
Il y a également un compte rendu succinct de ce numéro d’ARSS par Annabelle Allouch sur le site de La Vie des Idées : « Une histoire sans fin ? Les inégalités sociales perdurent dans l’enseignement supérieur » [13-09-2010] http://www.laviedesidees.fr/Une-histoire-sans-fin.html

Comme quoi la sociologie peut-être aussi utile que des soins dentaires (http://www.mafeco.fr/?q=node/231#comment-1412) ...

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Qui m'a donc invoqué ? ha,

L'hayekien de circonstance — 15/09/2010 - 19:05

Qui m'a donc invoqué ? ha, c'est vous : donc... Boujour !!! J'endosse mon costume d'Auguste et je reviens :

Bien sûr que la sociologie est utile : pas à mes yeux, je veux dire, mais qui pourrait imaginer que tant de jeunes et brillants esprits perdent la santé à la pratiquer si tel n'était pas le cas ? La question soulevée est de savoir ce que doit faire un état, aux moyens normalement contraints, en constatant à la fois que 1) une petite minorité de citoyens à mal aux dents et 2) qu'une grande majorité de citoyens n'achète pas de livres de sociologie (et que même Arte se refuse à diffuser les émissions de sociologie produites par le CCATVPM de l'Université de Bétonville/Marne).

Le conseil d'Hayek est bien sûr qu'avant de s'intéresser à cette chose complexe et difficile à servir utilement à l'aide de bataillons de fonctionnaires recrutés parmi ceux préférant servir l'Etat que d'essayer de trouver seuls leur propre route qu'est la sociologie, il ferait mieux de s'atteler à l'une ou l'autre des tâches à la portée de tous, y compris les malheureux citoyens que l'état emploie au motif que personne d'autre que lui ne voudrait les employer sur le marché. Je l'admets, les soins dentaires ne sont normalement pas davantage à la portée de tous : mais rien n'interdit alors de soutenir le travail de jeunes et brillants économistes enthousiastes, volontaires, et encore sincères qui seront alors chargés de définir comment garantir des soins dentaires pour tous : si possible par une méthode économique, robuste, et particulièrement résistante aux innombrables critiques qui ne manqueraient pas de surgir si un tel projet émergeait.

Ce qui, j'en conviens, revient à remettre la question de l'enseignement de la sociologie au second plan, provisoirement, bien entendu : mais j'en conviens, ledit provisoire pourrait durer, tant est grande la misère de ce monde qu'il conviendrait quand même avant tout de traiter.

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Costume d'Auguste ...

Sincère nain — 15/09/2010 - 20:21

... puisque c'est vous qui le dites ...

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Non et non

Visiteur discret mais bienvenu — 01/10/2010 - 10:15

Les dispositifs de "parrainage des meilleurs" sont faits pour sauver les meilleurs des établissements où le travail ne paye plus. C'est un sacerdoce d'être le meilleur dans une école de mauvais niveau.

Et quel est le rapport ?

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