Répondre au commentaire
Je ne vois pas très bien sur ce problème ce que l'incertitude apporte de nouveau par rapport au risque, surtout si vous admettez que les agents puissent recourir à des probabilités subjectives, en quel cas c'est presque totalement équivalent au cas du risque. Qu'on soit en situation de risque ou d'incertitude, le théorème illustre l'idée que si les actionnaires ne sont pas d'accord entre eux (que ce soit sur les risques à prendre ou sur les probabilités subjectives qu'ils assignent aux différents résultats de la campagne de pêche) il y a des échanges mutuellement avantageux à faire, si bien que lorsque les échanges sont libres on devrait aboutir à une situation ou tout le monde est d'accord (tant que tout le monde n'est pas d'accord les échanges continuent). C'est une sorte de théorème de Coase en information incomplète.
Une fois ce point compris on se rend compte qu'il est en tension avec le problème des incitations : si chaque marin doit conserver des parts suffisamment importantes dans l'entreprise pour être incité à fournir des efforts importants, par définition les échanges ne sont plus libres et le résultat du théorème n'est plus garanti. Dès lors il est probable que les différents marins ne seront pas unanimes sur l'opportunité de chasser ou non un cachalot dans des circonstances données, d'où l'existence de tensions entre les membres de l'équipage. Comme vous je suppose que c'est pour régler cette tension que l'autorité est déléguée au capitaine, en revanche je vais plus loin en identifiant pourquoi celle-ci est nécessaire et pour quelles raisons et dans quelles circonstances elle pourrait être remise en question par l'équipage. Le point est très simple et ne me semble pas dépendre de la différence risque/incertitude d'une quelconque façon, même s'il est plus facile de modéliser la chose en considérant du risque probabilisable (même de manière subjective).
Pour votre deuxième paragraphe je ne suis pas certain que vous disiez grand chose au final (caractéristique commune à beaucoup d'arguments qui partent de la distinction risque-incertitude). Si je comprends bien le capitaine décide quelque chose (selon une logique qu'on ne connaît pas), on lui obéit dans une certaine mesure (inconnue), surviennent ensuite des événements qu'on ne peut pas prévoir, auxquels l'équipage réagit d'une manière qu'on ignore, mais ex post on peut voir si ça a marché ou non (affirmation qui me semble bien hardie). Je veux bien mais dans ce cas-là il n'y a pas besoin de se casser le tronc pour faire de l'économie : il suffit d'observer le passé et de le décrire (en sachant que ça ne sert nullement à améliorer ou prédire quoi que ce soit puisque l'avenir reste tout aussi incertain qu'avant). Ca rappelle un peu la théorie elvinienne du salaire : l'entreprise verse à chaque salarié un salaire w compris entre 0 et + l'infini en prenant en compte plein d'éléments compliqués et incertains. Pour ma part je pense qu'on peut prendre un peu plus de risque et se livrer à des exercices plus intéressants, mais j'admets qu'on puisse vouloir lire "pour l'amour de l'art" des monographies détaillant les campagnes de pêche à la baleine.

@Gu Si Fang
Jean-Edouard — 10/06/2011 - 17:12