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@VDMB 3 : on peut dire ça comme ça. Je ne pense pas que les économistes ne s'intéressent qu'aux riches, surtout avec l'explosion du champ de l'économie du développement. C'est plutôt une question de partage des tâches : lorsqu'on étudie le comportement d'investissement des individus ce qu'on observe semble très incompatible avec une aversion croissante pour le risque, donc pour les individus suffisamment riches pour investir on fait cette hypothèse sur leur fonction d'utilité. Lorsqu'on étudie le comportement d'individus pauvres dont la subsistance n'est même pas assurée on peut prendre en compte le problème de la survie et cela conduit à des comportements qui peuvent sembler "risk lovers". Un résultat classique par exemple c'est que du chômage keynésien peut apparaître très facilement à l'équilibre quand la productivité d'un agent est inférieure au salaire de subsistance, l'argument repose justement sur le fait que je ne vais pas prendre un emploi s'il ne me permet même pas de me nourrir.
@Jean : merci de me donner l'occasion d'illustrer à quoi sert ce genre de benchmark théorique. Dans le cas d'unanimité des actionnaires, les minoritaires n'ont pas à être spécialement protégés puisque la valeur de la firme est maximisée et que les petits actionnaires peuvent revendre très facilement. L'un des cas où le théorème ne tient pas c'est si par exemple on a maintenant un très gros actionnaire, avec un poids suffisant pour imposer ses décisions, et qui ne s'intéresse pas qu'à ses dividendes. Mettons par exemple qu'un gros producteur d'automobiles possède 30% d'un gros producteur de pneumatiques et se serve de son pouvoir pour développer des types de pneumatiques qui maximisent le profit du constructeur d'automobiles mais pas du constructeur de pneus. Notons que les actionnaires peuvent encore être unanimes : voyant les mauvais choix opérés, les actionnaires vont être prêts à vendre leurs actions pour moins cher, jusqu'au prix reflétant la valeur qu'ils anticipent pour les dividendes futurs de l'entreprise. A ce prix là le gros actionnaire n'a pas forcément intérêt à acheter plus : s'il est déjà capable de dicter les choix de l'entreprise, acheter une action supplémentaire ne lui sert qu'à avoir plus de dividendes, et ces dividendes ont pour lui la même valeur que pour les autres actionnaires (à l'aversion au risque de ceux-ci près). Autrement dit pour le gros actionnaire les actions ont la même valeur que pour les petits à la marge, mais le contrôle de l'entreprise a une valeur supplémentaire. Ou pour le dire de façon plus théorique même dans ce cas où le théorème ne tient pas, les actionnaires ne sont plus tous d'accord sur les décisions à prendre, mais ils restent d'accord ex post sur la valeur des dividendes de l'entreprise. J'ai envie de dire que dans ce genre de cas il faut faire en sorte qu'il soit difficile de prendre des décisions contre l'avis des actionnaires minoritaires, et obliger les gros qui rachèteraient des parts significatives de l'entreprise à annoncer leurs intentions suffisamment tôt. Mais je ne sais pas s'il s'agit vraiment d'une implication du modèle, en tout cas celui-ci permet de mieux cerner quelle est la cause fondamentale du problème (ici une externalité de production entre nos deux entreprises).
@elvin : votre phrase "D'accord, vous en savez beaucoup plus long que moi sur les théories, mais je crois en savoir plus long que vous sur la réalité, et par expérience personnelle, pas en lisant des articles empiriques, même par milliers." est très symptomatique. Je me fiche que vous ayez dirigé la Josacienne de Crédit ou une multinationale de vendeurs de charentaises, que vos brillants rejetons aient fait Wharton ou la Fleury-Mérogis School of Business. L'une des choses qu'on apprend très vite aux étudiants dans toutes les sciences sociales, c'est que la réalité ce n'est pas l'expérience personnelle. Celle-ci peut fournir un premier guide et des intuitions bien sûr, mais une "observation empirique" c'est quelque chose qu'on a construit scientifiquement. Libre à vous de penser que votre expérience est plus représentative de l'ensemble des entreprises que des milliers d'articles étudiant des données sur des milliers d'entreprises, je reconnais bien là votre incapacité à considérer qu'un champ de recherche entier en sait peut-être plus qu'un polytechnicien dilettante.
Si j'essaie d'extraire quelque chose qui ait un sens de votre intervention, vous avez participé à des conseils d'administration où tout le monde n'était pas d'accord. Ca tombe bien, parce que si vous aviez d'abord essayé de comprendre ce que vous prétendez critiquer, vous auriez compris que le théorème ne dit absolument pas que par l'opération du Saint Esprit tout le monde va être d'accord au conseil d'administration, mais que après celui-ci les actionnaires mécontents vendront aux actionnaires satisfaits, ou à d'autres personnes. Ca n'a absolument rien à voir. Cet effet qu'il me semble quand même difficile de nier est évidemment combattu par les divers coûts qu'il peut y avoir à l'échange, ce qui est le sens de ma réponse à Gu Si Fang. Ca ne me pose aucun problème, pas plus que ça n'en pose aux auteurs du théorème qui n'ont jamais prétendu que partout et toujours tous les actionnaires sont toujours tous unanimes, et ont encore moins expliqué ça à des étudiants (c'est le genre de choses qu'on voit en master, à un niveau où on peut espérer que les étudiants ont compris, eux, à quoi servait la modélisation en économie).
Parce que vous partez de votre expérience personnelle, j'imagine que vous avez connu des conseils d'administration avec quelques très gros poids lourds, par exemple la Josacienne de Crédit est possédée à 40% par Robert, 40% par Jeannette et 20% par Elvin. Evidemment que si Robert n'est pas content il va peut-être avoir du mal à vendre 40% d'un coup, surtout si ni vous ni Jeannette n'avez les liquidités pour acheter, et peut-être aussi que les relations tumultueuses entre Robert et Jeannette et mille autres facteurs ont plus d'influence sur les décisions prises qu'une quelconque estimation rationnelle des perspectives de profit. Certes. So what ? Ai-je jamais prétendu, un économiste a-t-il jamais prétendu, que le théorème d'unanimité des actionnaires devait s'appliquer aussi bien aux actionnaires de la Josacienne de Crédit qu'à ceux de la Société Générale ? Il me semblait pourtant écrire justement un billet où ledit théorème ne tient pas et où j'explique pourquoi, peut-être que vous vous en seriez rendu compte en le lisant.
Enfin c'est très gentil de vous inquiéter du sort des pauvres étudiants, mais en général ils sont assez grands pour comprendre tout seuls qu'un théorème en économie ne veut absolument pas dire que le résultat du théorème est une vérité immuable, intemporelle et totalement générale. Donc je pense que si vous entrez dans la salle pour dire "attention chères petites têtes blondes, dans la réalité les actionnaires ne sont pas toujours d'accord, lisez von Mises !", vous allez déclencher l'hilarité générale. Prenez vous-même des cours d'économie pour voir comment ça se passe avant de jouer au donneur de leçons (l'université est presque gratuite en France, heureux coquin), et en attendant fichez moi la paix, parce que si je dois perdre une heure tous les jours à vous faire un cours moi j'arrêterai simplement de publier vos commentaires, mon utilité marginale du temps étant assez élevée en ce moment (j'assume parfaitement ce type de décision, je donne énormément de mon temps pour ce blog ainsi que le coût annuel de l'hébergement du site, ça me donne le droit de ne pas me prendre la tête).

@VDMB 3, Jean, Elvin
Jean-Edouard — 15/06/2011 - 19:11