Le coin de Donald
Aide au développement bien ordonnée...
Emmeline et Jea... — 24/10/2008 - 00:00
Nous citons rarement Frédéric Lefebvre dans cette rubrique, d’abord parce que le personnage nous est suffisamment antipathique pour que nous essayions de le tenir à distance, ensuite parce que, c’est une justice à lui rendre, il a généralement l’honnêteté de ne pas trop déguiser ses amendements divers et variés et autres communiqués de presse sous le masque d’arguments pseudo-économiques, et assume parfaitement ne pas viser l’intérêt général, mais bien celui de ses électeurs (de la partie plutôt avec une grosse ability favorisée des Hauts-de-Seine).
En l’occurrence, il a tout de même brandi (l’espace d’une simple phrase) le spectre du politiquement correct pour défendre l’amendement I - 181 au projet de loi de finances 2009. Cet amendement fait profiter d’une réduction d’impôt sur le revenu (à hauteur de 25%, reportable le cas échéant, et plafonnée à 9 000 euros pour les célibataires, le double pour les couples) tout contribuable résidant en France et investissant dans une société, domiciliée en France ou en Europe, qui a pour unique activité de prendre des participations dans des pays en développement, c’est-à-dire des holdings de sociétés africaines. La raison philosophique majeure sous-jacente est qu’un tel investissement s’apparente directement à de l’aide au développement, forcément plus efficace que l’aide publique et a fortiori que le don, et à ce titre mérite d’être encouragé par la solidarité nationale. Remarquez que si vous investissez directement dans une société africaine, vous ne faites pas de développement (bouh !) et n’avez donc pas droit à la réduction.
Autrement dit, si vous souscrivez à hauteur de 18 000 euros à une augmentation de capital, disons, de la holding du groupe Bolloré qui gère l’activité de logistique portuaire en Afrique, vous pourrez déduire 4 500 euros de votre impôt sur le revenu (de votre impôt, pas de votre revenu fiscal). Sauf que, zut, vous ne pouvez pas souscrire directement à cette holding si vous n’êtes pas Vincent Bolloré et n’avez accès qu’au groupe Bolloré.
Notons que ce qu’en dit Libération n’est pas rigoureusement exact (bon, c’est assez faux, quoi) : à la base, cet amendement était prévu par Lefebvre comme bel et bien rétroactif, ce qui est évidemment grotesque car en l’absence de voyage dans le temps l’effet incitatif est dès lors franchement discutable (et qu’en plus c’est probablement non-constitutionnel, mais ce n’est pas le genre de chose qui préoccupe M. Lefebvre). Il a ensuite déplacé la date de départ de cette nouvelle niche fiscale au 1er novembre 2008, ce qui fait qu’elle n’est plus rétroactive. La seule bizarrerie réside dans le fait que les sociétés en question seront soumises à agrément (pas de panique, Mme Lagarde fait savoir aux contribuables anxieux qu’elle sera extrêmement laxiste dans l’agrémentation), et que cet agrément ne pourra être donné aux amis intimes du président délivré aux nobles sociétés à but lucratif mais néanmoins philanthropiques qui vont faire entrer l’homme africain dans l’histoire qu’à compter du 1er janvier 2009.
Cela n’a évidemment rien à voir avec le fait que le groupe Bolloré par exemple fasse 19% de son chiffre d’affaires en Afrique. Les nouveaux manuels de SES pourront certainement comporter un petit encadré présentant le yacht Paloma comme exemple à suivre d’un investissement vraiment rentable. Cela n’est probablement pas lié non plus au fait que Frédéric Lefebvre, auteur de l’amendement, dirige un cabinet de lobbying ayant des clients comme Suez ou Bouygues (et bientôt des entreprises africaines ?). Le nom du cabinet, "Perroquet Institutionnel Communication", est là encore caractéristique de la franchise, si décomplexée, de son fondateur (un perroquet dans la mare aux canards !).
Pour les économistes, cette affaire est en tout cas une bonne nouvelle puisqu’elle montre que les théories d’ "économie politique" (entendre "approche économiciste de la vie politique", voyant dans celle-ci un mécanisme de distribution de rentes à des lobbyistes) s’appliquent très bien en France. Pour les pays en développement ce n’est pas forcément une très bonne nouvelle, puisque la France ne semble pas se diriger vers un rattrapage de ses lacunes à cet égard.
Nous espérons vous proposer un billet un peu plus gai ce week-end, dans lequel il sera question de crise financière et de spéculateurs morts-vivants.
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