Economie des canards : Picsou

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25/05/2017 by Econome

Une petite brève, ou billet du fainéant, essentiellement pour signaler un excellent billet de Denis Colombi sur « Picsou et la morale du capitalisme », sujet actuel s’il en est. Il s’agit d’une analyse d’un épisode où Donaldville organise sur les conseils de Donald une gigantesque pyramide de Ponzi, de nouvelles émissions de dette à des taux toujours plus élevés servant à payer la dette passée, avant un probable défaut qui conduit à une privatisation massive conduisant au meilleur des mondes possible : chacun est propriétaire du trottoir devant chez lui et l’astique avec le plus grand soin, les incitations privées rejoignent l’intérêt collectif, amen. N’hésitez pas à faire part à Denis Colombi de vos commentaires. Pour apporter ma petite pierre à ce travail nécessaire et titanesque qu’est l’analyse du monde économique de Picsou, quelques sujets récurrents dans la série qui me semblent dignes d’analyse :

– La thésaurisation : le but de Picsou semble être d’amasser toujours plus d’or dans son coffre. Il semble que cet or soit simplement thésaurisé, Picsou le retire de la circulation et ne l’investit pas. Ce n’est pas sûr néanmoins, car on peut imaginer que cet or serve de garantie ou de collatéral à des emprunts servant à financer les nombreuses opérations de Picsou. Dans le cas contraire, lorsque Picsou amasse plus de pièces et de billets il réduit fortement la masse monétaire en circulation. Deux effets possibles donc : soit les salaires et les prix des biens s’ajustent immédiatement à la baisse et on a de la déflation, soit ils ne s’ajustent pas et on a une baisse de la production et une hausse du chômage. Merci Picsou. Il faudrait donc ajuster la politique monétaire pour créer chaque année au moins autant de monnaie que Picsou n’en retire de la circulation.

– L’attitude de Piscou face à la richesse : il est très étonnant de constater qu’alors qu’il est immensément riche (en estimant le volume de son coffre et en supposant qu’il est entièrement rempli d’or on arrive apparemment à l’estimation de 27.000 milliards de dollars, Forbes estimait plus récemment cette fortune au montant plus raisonnable de 44,1 milliards, voir ici), Picsou continue de consacrer du temps et des efforts à l’arrondissement de son pécule. Autrement dit son utilité marginale de la richesse ne serait nullement décroissante. Plus étonnant encore, Picsou est capable de perdre du temps et de l’énergie à faire des économies de bouts de chandelle, alors que dans le même temps il pourrait probablement gagner beaucoup plus en achetant et vendant des actions par téléphone (activité récurrente dans la bande dessinée, et qui semble très rentable). Les canards auraient donc une aversion à la perte, ou au gaspillage en l’occurrence. Surtout les canards écossais. C’est un cas d’étude intéressant en tout cas pour la prospect theory, notamment en ce qui concerne la « fonction valeur ».

– Risque et enrichissement : la chance joue un grand rôle dans l’univers de Picsou. Le canard le plus riche du monde l’est grâce à des efforts incessants et de multiples aventures risquées, mais de nombreux épisodes suggèrent que ses efforts sont voués à l’échec dès qu’on le prive de son sou fétiche (un nickel américain gagné dans son enfance en frottant les chaussures d’un voyageur dans les rues de Glasgow, si ma mémoire est bonne). Donald est couvert de dettes, peut-être parce qu’il prend un grand nombre de mauvaises décisions, mais souvent aussi il accomplit des exploits remarquables mais n’en tire aucun profit à cause de sa légendaire malchance. Inversement, son cousin Gontran passe le plus clair de son temps dans son hamac à attendre que des billets de loterie gagnants lui tombent dans le bec (littéralement). Autrement dit on décrit un monde où la chance est une condition suffisante à l’enrichissement, tandis que l’effort n’est ni suffisant (Picsou privé de son sou fétiche) ni nécessaire (Gontran). Il serait intéressant de voir si les personnes ayant beaucoup lu Picsou pendant leur enfance deviennent plus favorables à la redistribution à l’âge adulte, on a déjà vu des études empiriques plus étranges.

Ce ne sont que quelques sujets parmi bien d’autres. La plus belle analyse économique en bande dessinée reste quand même pour moi l’album Obélix & Compagnie, bien qu’il se termine pas une erreur fâcheuse. Panoramix déclare en effet que suite à la crise économique due à la surproduction de menhirs dans l’empire romain, « le sesterce y en a plus rien valoir du tout ». Or c’est peu probable, puisque le sesterce était une monnaie d’argent qui n’avait de valeur qu’en tant que bout de métal. Cela me fait d’ailleurs penser que, dans l’un des rares épisodes où il s’enrichit, Donald découvre le trésor d’un général romain en Grande-Bretagne, et se révèle ainsi in fine gagner plus d’argent que Gontran, reparti après avoir trouvé par pure chance un trésor nettement moins important (ou quelque chose comme ça, mes souvenirs sont un peu vagues). Espérons qu’une revue spécialisée sur l’économie en bandes dessinées voie bientôt le jour et acquière rapidement une place au côté des top five de la science économique.

Licence Creative Commons – Auteur:Jean-Edоuard Cоlliard

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