Keynes au secours de Ricardo-Barro…

Les traîtres qui, au sein même de l’UMP, prétendent que M. Sarkozy aurait en baissant la TVA sur la restauration abandonné sa stratégie de relance par l’investissement au profit d’une relance keynésienne par la consommation, devraient être sévèrement sanctionnés. Leur raisonnement économique est en effet grossièrement le suivant : la baisse de la TVA, qui comme chacun sait parce que tout est simple est directement et entièrement supportée par le consommateur final, va mécaniquement faire baisser les prix facturés audit consommateur. Ce qui stimulera la demande de restauration, incitant les aubergistes et autres maîtres queux à embaucher davantage de personnel pour mieux servir tout ce petit monde.

M. Sarkozy est beaucoup plus fin : il sait, lui, qu’à la suite de David Ricardo, « Bob » J. Barro a montré en 1974 (dans le volume 82 du JPE, et merci Stéphane) avec « Are Government Bonds Net Wealth » que, en cas d’incertitude sur les impositions individuelles futures – et on sait que celle-ci est fort prononcée à l’heure actuelle – « l’émission de dette publique peut accroître le risque total des bilans (au sens comptable du terme, ndlm) des ménages et ainsi avoir pour effet de réduire la richesse des ménages » (l’article est nettement plus nuancé que la présentation classique de l’équivalence ricardienne). L’idée sous-jacente est qu’un ménage observant un déficit budgétaire élevé et sachant que la capacité d’emprunt de l’Etat, quoique très forte, n’est pas infinie, redoute une hausse des impôts future, portant sur lui ou ses enfants, afin de compenser ce déficit présent, et commence dès à présent à épargner pour être sûr de pouvoir y faire face lorsqu’elle sera mise en œuvre. Une relance keynésienne par déficit budgétaire risque donc de se traduire par une hausse in fine du taux d’épargne… Et comme chacun sait, l’épargne est égale à l’investissement, ce qui achève de démontrer la cohérence de la stratégie présidentielle : en faisant semblant de faire une relance par la consommation, il relance en fait l’investissement via l’épargne des ménages.

Ce n’est donc pas difficile à comprendre : il n’a pas été élu pour augmenter les impôts, lui. Il a été élu pour forcer ses successeurs à le faire.

Licence Creative Commons – Auteur:Emmeline Travers-Cоlliard

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