Sarko bashing (en plus cest à la mode)

On attendait évidemment beaucoup Nicolas Sarkozy sur la question du pouvoir d’achat, et les économistes avec particulièrement d’attention, peut-être un peu malveillante. Les plus malveillants n’ont guère été déçus, les mesures proposées tenant peu ou prou du bricolage, selon les cas bénin (voire bénéfique), peu faisable, ou nuisible.

La première erreur est celle d’un mauvais constat : il faut (qui a dit « mame Chabot » ?) augmenter le pouvoir d’achat des Français. Mais quel pouvoir d’achat ? Le pouvoir d’achat, c’est, rappelons-le, ce que permet d’acheter un revenu ; d’où deux moyens de l’augmenter : favoriser une baisse des prix, favoriser une hausse des revenus. Mais le pouvoir d’achat de qui ? Manifestement, le président de la République songe au pouvoir d’achat annuel moyen, c’est la seule façon de comprendre le truisme présidentiel selon lequel pour gagner plus il faut nécessairement travailler et produire plus.

En effet, si le but est d’augmenter le pouvoir d’achat des plus pauvres, ou par exemple le pouvoir d’achat médian, il suffit simplement, sans travailler plus, de redistribuer plus. Si donc la seule façon de gagner plus est de travailler plus, c’est que le but que le président assigne au gouvernement est l’augmentation du pouvoir d’achat moyen, il aurait alors pu par honnêteté envers François Fillon reconnaître que des efforts ont bien été faits dans ce domaine puisque, avec 15 milliards de cadeaux fiscaux distribués (« aux plus riches » est l’expression usitée en pareil cas, ce qui n’est pas tout à fait vrai mais est loin d’être faux), le revenu moyen après impôt des Français en général a augmenté de 250 euros par an ! Alors de quoi se plaint-on ?

Autre symptôme de cette approche pour le moins hétérodoxe du pouvoir d’achat, ne pas commencer par rappeler que la manière la plus simple d’augmenter le pouvoir d’achat des Français les plus pauvres, c’est de réduire le chômage. Il est très surprenant que nous soyons dans une période où le chômage baisse alors même que la croissance est extrêmement molle, et que cette baisse du chômage ne semble se traduire ni par une hausse du pouvoir d’achat, ni par une marge de manoeuvre budgétaire accrue pour l’Etat. A se demander ce que valent ces chiffres.

Enfin, que propose Nicolas Sarkozy ?

D’abord d’interdire aux bailleurs de demander une caution à leurs locataires. Riche idée. De fait on peut soutenir deux points de vue sur le marché du logement : soit on le considère comme compétitif, soit on considère que la rareté de l’offre induit une situation monopolistique. Dans le second cas, on peut peut-être imaginer un certain nombre de mesures de régulation qui contribueraient à faire baisser les loyers. On pourrait aussi agrandir le parc de logements sociaux ou de résidences universitaires. Mais interdire la demande de caution est au contraire une très mauvaise mesure.

Dans un cas ou dans l’autre, ce n’est pas sans raison que les bailleurs demandent une caution : puisque actuellement un propriétaire ne peut pas expulser son locataire sans délai en cas de loyer impayé, il demande une certaine garantie. Ce n’est pas en interdisant la solution – la caution – que l’on supprime le problème – « l’aléa moral », pour faire comme Mathieu P. dans son commentaire parler économiste. Les propriétaires auront tôt fait de réclamer systématiquement, comme on le fait à grande échelle à Paris, les dernières fiches de paie d’éventuels locataires. Ils devraient également augmenter un peu les loyers pour compenser le risque accru de loyers impayés. Il ne sera donc pas plus facile de se loger avec cette mesure, surtout évidemment pour les plus pauvres.

Pire : alors que les « jeunes ménages » sont ceux qui ont le plus de mal à se loger, l’interdiction de la caution (quasi-systématiquement parentale) aggrave leur handicap de départ dans la danse du ventre à laquelle doivent se livrer les candidats à la location de tout placard à balais répondant aux normes de décence locative, puisque en moyenne (attention scoop) les jeunes sont moins bien payés que leurs aînés. Effet pervers (au sens propre) bénéfique, toutefois : à salaire égal, les rejetons de familles pauvres ne seront plus systématiquement rejetés au profit de leurs collègues issus de parents plus à leur aise.

L’indexation des loyers sur les prix à la consommation aura peut-être un effet à la baisse sur les loyers, mais mineur, puisque les prix à la consommation entrent déjà à 60% dans le calcul de l’indice utilisé pour l’indexation des loyers. Et que d’autre part (i) il n’est pas constant que l’indice du coût à la construction (hé oui mon Président, le prix des loyers était déjà indexé, sauf en cas de changement du locataire, et tu n’as rien proposé qui semble aller dans le sens d’une indexation stricto sensu) soit toujours supérieur à l’indice des prix à la consommation ; (ii) M. Sarkozy ayant également proposé la création d’un nouvel indice ‘achement mieux que celui de ces nullards de l’INSEE et qui reflètera mieux la hausse des prix telle que la perçoivent les Français (comprendre : qui sera deux fois plus élevé que l’indice actuel), il est encore moins dit que ceux-ci gagnent à ce swap d’indices…

Ensuite, toujours dans la logique du « travailler plus pour gagner plus », de permettre aux entreprises, avec l’accord de leurs salariés, de revenir sur les 35 heures en échange d’une augmentation de salaire (Les Echos en parlaient très bien(1), mais je n’ai pas retrouvé le lien…). Mais aussi de permettre un recours accru au travail le dimanche (de multiples existent déjà). On peut déjà noter qu’il s’agit d’un semi-aveu d’échec de la réforme sur la défiscalisation des heures supplémentaires, qui n’a manifestement pas eu l’effet escompté (par le gouvernement).

Quel sera l’effet de ces mesures ? Nul dans les entreprises, et il y en a, qui sont contentes des 35 heures : celles dans lesquelles il y a une forte déperdition de productivité des salariés lorsqu’ils travaillent trop longtemps, mais aussi celles qui sont sujettes à des commandes assez aléatoires et qui peuvent de servir des RTT pour gérer cet aléa. Pour les autres, tout dépendra du rapport de force entre employeur et employés mais il est certain que dans beaucoup d’entreprises la notion de surcroît de travail « volontaire » est assez peu identifiable. On voit mal également ce qui empêcherait certaines entreprises de repasser aux 39 heures, d’augmenter les salaires en conséquence puis de les geler pendant 4 ou 5 ans. Dernier problème non pris en compte dans cette mesure : la concurrence. Comment peut-on imaginer un accord indépendant sur la monétisation des RTT ou sur le travail le dimanche dans chaque entreprise, alors qu’elles ont toutes des concurrents ? De la même façon qu’il est difficile pour un commerce d’être fermé un jour de plus par semaine que le commerce voisin ([mode snob/ « posez-nous des questions » ON] on utilise ici « voisin » au sens de Hotelling [OFF]), il est difficile pour une entreprise de rester aux 35 heures si toutes ses concurrentes sont aux 39 heures. Difficile aussi pour un salarié, et a fortiori un candidat à l’embauche, de refuser de travailler le dimanche si d’autres personnes se proposent de travailler le dimanche pour la même entreprise. L’intérêt principal des lois sur la réglementation du temps de travail, et que n’a manifestement pas compris ou a trop bien compris Mme Parisot, c’est justement d’empêcher ces effets pervers de la concurrence.

Autre piste : un assouplissement de la régulation de la grande distribution. Le sujet est compliqué, et il n’est pas dit que le gouvernement s’y prenne de la meilleure manière. Pour plus de détails, voir chez Philippe Askenazy.

Encore une : permettre aux salariés de débloquer plus tôt les sommes épargnées dans le cadre de plans d’épargne salariale. Ce qui permettra de répondre dans l’urgence aux problèmes sur le mode « aide-toi, le ciel t’aidera » mais sans apporter de « réelle » hausse du pouvoir d’achat – puisque à tout prendre on dînera aujourd’hui pour se serrer la ceinture demain. Au mieux cela permettra de créer un choc de confiance de demande – au pire on en déduira simplement que M. Sarkozy ne connaît pas la théorie du revenu permanent (ou n’y adhère pas, il la connaît forcément puisqu’il a eu son bac B(2) au rattrapage).

Bref, toutes ces mesures risquent d’avoir un effet mitigé, voire parfois négatif sur le pouvoir d’achat. En revanche elles ne coûteront presque rien au gouvernement, et arrangent les grandes entreprises (pas les petites, le MEDEF ayant applaudi aux annonces de M. Sarkozy, tandis que la CGPME est plus réservée). Pour financer enfin la réforme des universités (une bonne nouvelle au demeurant), il suffira de vendre 3% du capital d’EDF. Aucun changement de priorités à l’ordre du jour.

On se rappelle que les mesures proposées par le PS avaient également fait débat. Signalons immédiatement, dans un esprit d’impartialité, que si effectivement on pourrait s’attendre à ce qu’elles favorisent davantage le pouvoir d’achat (pas seulement des plus riches, et pas toutes – qui a eu cette idée grotesque de supprimer la TIPP sur le kérosène pour les avions ? EDIT celui qui a eu cette bonne idée n’est pas un socialiste, mais un journaleux du Monde, voir commentaires), elles coûtent également plus cher à l’Etat (que ne ferait-on pas si on avait dans les caisses, disons… 15 milliards ?).

Licence Creative Commons – Auteurs:Emmeline Travers-Cоlliard et Jean-Edouard Cоlliard

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